“Le patou ne fait pas tout” : l'association V.I.E. mène une étude pour mieux choisir et éduquer les chiens de protection

 / © Cédric Lepoittevin/France 3 Alpes
/ © Cédric Lepoittevin/France 3 Alpes

Comment choisir son chien de protection ? Comment l'éduquer pour qu'il défende efficacement les moutons, sans pour autant attaquer les randonneurs ? Soutenue par l'association V.I.E., une éthologue mène une étude comportementale d'envergure pour apporter des réponses scientifiques à ces questions.

Par Jean-Christophe Pain


Tout bientôt, les troupeaux de moutons monteront en alpage pour l'été, avec le risque d'être attaqués par le loup. Pour s'en protéger, de plus en plus d'éleveurs se dotent de "chiens de protection" en partie pris en charge par l'Etat dans le cadre du Plan Loup.

Mais les connaissances scientifiques sont encore rares en la matière. Comment choisir son chien, comment l'éduquer pour qu'il défende efficacement le troupeau, sans pour autant attaquer les randonneurs ?

Une éthologue, Camille Fraissard, cherche à répondre à ces questions en menant une étude d'envergure, avec le soutien de l'association V.I.E.

D'ici 3 ans, Camille Fraissard envisage d'observer le comportement de 50 chiens dans tout le Sud-Est de la France. 

C'est le "Sosbligudo project" : Social to Spatial Behaviors of Livestock Guarding Dogs. Une étude plus communément appelée "Le patou ne fait pas tout".
 
"Le patou ne fait pas tout" : une étude comportementale des chiens de protection
Intervenants : Camille Fraissard éthologue association V.I.E., Elizabeth Moreau GAEC Bos Gigors-et-Lozeron (Drôme). Reportage : JC Pain, D. Semet, P. Maillard


Nous avons suivi Camille Fraissard sur le terrain. Ce jour-là, elle a rendez-vous à Gigors et Lozeron dans la Drôme, tout au Sud du Vercors. Au GAEC Bos plus précisément.

Camille vient y observer le comportement d'Olly, 1 an et demi, bergère d'Anatolie. Cet été, avec 8 autres chiens de protection, Olly montera sur les Hauts-Plateaux du Vercors, protéger du loup les 1600 moutons d'Elizabeth Moreau.

L'éthologue étudie comment le chien se comporte vis-à-vis de son maître, des moutons, mais aussi des intrus, humains ou animaux. Ce jour-là, elle bénéficie de l'aide fournie par le Parc Naturel Régional du Vercors. 

Nous assistons à l'éxécution d'un protocole scientifique de 4 tests minutés, filmés en continu, qui seront ensuite analysés dans le détail. Camille Fraissard recoupera ses observations avec le suivi de chiens (munis de colliers GPS) en alpage l'été.
 

Une étude qui permettra de corriger quelques a-priori


Cette étude permettra de valider l'expérience de certains éleveurs, mais aussi de corriger quelques a priori : un chien né dans le troupeau n'y est pas forcément plus attaché, un chien agressif vis à vis des randonneurs ne l'est pas forcément envers les loups.

Camille Fraissard étudie l'évolution des chiens de protection entre 2 mois et 3 ans.

Elle envisage d'étudier une cinquantaine de chiens dans tout le Sud-Est de la France. De 3 races différentes : le Patou des Pyrénées, le Kangal d'Anatolie (Turquie) et le Cao de Gado (Portugal), trois races particulièrement prisées des éleveurs actuellement.

 
© France 3 RA
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Une étude scientifique participative


La conception du protocole de recherche a commencé il y a 8 ans. Sa mise en oeuvre sur le terrain a ensuite été permise dès 2015 par le soutien de l’association V.I.E. au travers d’une étude participative où bénévoles, membres, partenaires et éleveurs travaillent ensemble.

L’étude vise à enrichir les connaissances fondamentales sur les chiens de protection (déplacements, comportements, lignées, etc.), pour une meilleure compréhension de leurs besoins et de leurs aptitudes.

Ceci devrait bénéficier au collectif de travail éleveurs-chiens-brebis dans sa définition et son organisation, et ainsi permettre d'améliorer la protection des troupeaux mais aussi réduire les conflits d’usage qui peuvent découler de leur utilisation.


Une étude qui réunit plusieurs compétences et soutiens


Soutien scientifique à l’origine : l'INRA de Montpellier et le LBBE de Lyon. Soutien d’experts tels que R. Coppinger et L. Boitani. Soutiens universitaires (InBioS Research Center de l’Université de Liège, F. Benhammou).

Des partenariats sont nés avec des Parcs Naturels Régionaux, des Associations pastorales, des Directions Départementales des Territoires, qui mettent en relation les chercheurs avec des éleveurs ovins ou caprins et des naisseurs de chiens de protection.






 

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