Cette phrase de l’hommage de Macron à Maradona qui agace le député communiste du Puy-de-Dôme André Chassaigne

Dans une lettre ouverte adressée au président de la République dimanche 29 novembre, le député communiste du Puy-de-Dôme André Chassaigne a manifesté sa colère après une phrase d'Emmanuel Macron dans son hommage à Diego Maradona. Explications.
 
Diego Maradona est mort le 25 novembre à l'âge de 60 ans, ce qui a succédé de nombreux hommages.
Diego Maradona est mort le 25 novembre à l'âge de 60 ans, ce qui a succédé de nombreux hommages. © RONALDO SCHEMIDT / AFP
C’est une petite phrase qui ne passe pas. Mercredi 25 novembre, le président de la République a publié un hommage à Diego Maradona, football argentin disparu à l’âge de 60 ans. Dans le communiqué, Emmanuel Macron commence : « La main de Dieu avait déposé un génie du football sur terre. Elle vient de nous le reprendre, d’un dribble imprévu qui a trompé toutes nos défenses ». Un peu plus loin il écrit : « Ce goût du peuple, Diego Maradona le vivra aussi hors des terrains. Mais ses expéditions auprès de Fidel Castro comme de Hugo Chavez auront le goût d’une défaite amère. C’est bien sur les terrains que Maradona a fait la révolution ». Une phrase qui est restée en travers de la gorge d’André Chassaigne, le député communiste du Puy-de-Dôme. Sur son blog, il s’est fendu d’une lettre ouverte au président de la République. Il y écrit : «  Quelle « défaite amère » ? Celle de ne pas voir l’avenir à genoux en laissant le pouvoir à une main étrangère ? Cette lamentable tribulation de contrebande idéologique est bien éloignée des si belles pages d’un Pablo Neruda ou d’un Gabriel Garcia Marquez qui affirmait « S’il n’y avait pas eu Cuba, les Etats-Unis s’étendraient jusqu’à la Patagonie ». Pourquoi, Monsieur le Président, reprenez-vous à votre compte les discours haineux d’un Donald Trump et des faucons des Etats-Unis contre la révolution cubaine, conduite par Fidel Castro, et la révolution bolivarienne d’Hugo Chavez ? ».

Un style "pompeux"

Contacté, le député communiste explique : « Quand j’ai lu ce communiqué, dans un premier temps, j’ai trouvé que c’était un style plutôt pompeux, suffisant. Mais le communiqué était très bien écrit. Malgré ce style emphatique qui correspond à ce type de communiqués, je trouvais que c’était plutôt de bon aloi. Il ne tombait pas dans la médiocrité en s’étalant sur des anecdotes concernant les liens que Maradona avait pu entretenir avec des personnes douteuses, comme la Camorra. Ce n’était pas un sujet opportun et c’était la moindre des choses dans l’expression d’un président de la République ». Mais André Chassaigne nuance : « Une phrase m’a vraiment choqué. Quand je lis : « Ce goût du peuple, Diego Maradona le vivra aussi hors des terrains. Mais ses expéditions auprès de Fidel Castro comme de Hugo Chavez auront le goût d’une défaite amère. C’est bien sur les terrains que Maradona a fait la révolution ». En définitive cette phrase peut paraître sans grand intérêt mais elle est l’expression de la doxa présidentielle, qui au niveau diplomatique pour des raisons quelques fois difficiles, a justifié un soutien dans les grandes lignes et dans les faits à la politique extérieure conduite par Trump. Cela traduit une méconnaissance complète de ce qu’est l’Amérique Latine. Il y a un parti pris du président de la République de laisser faire Trump dans toutes les entreprises qu’il peut conduire, pour déstabiliser le continent qui a échappé depuis plusieurs décennies à l’impérialisme américain ».

C'est scandaleux


Ces quelques lignes, sans doute écrites par une plume du président et non par Emmanuel Macron lui-même, hérissent le poil d’André Chassaigne. Il précise : « C’est scandaleux. Pourquoi la révolution cubaine et Fidel Castro seraient une défaite ? C’est incroyable. Tenir des propos comme ceux-ci envers un pays de 11 millions d’habitants soumis à une asphyxie par le blocus scandaleux, illégal et ignoble conduit par les USA, avec pour objectif de faire crever ce peuple à petit feu est absolument scandaleux. Quand on voit le rôle de Cuba au niveau de l’Amérique latine et au-delà, auprès de nations en développement, c’est une méconnaissance au niveau diplomatique. Ce type de phrase est décalé, contre-productif. Je n’ai rien à redire en tant que tel au sujet de l’hommage de Macron à Maradona. Mais on profite au sein de cet hommage pour placer une phrase qui a des conséquences politiques et qui est méprisante pour le peuple cubain. Ca montre le manque de hauteur de vue politique ».

C’est très révélateur d’une diplomatie aux petits pieds

Le chef de file des députés communistes à l’Assemblée nationale a du mal à cacher sa colère. Il ajoute : « Jamais une voix ne s’est élevée contre la dictature bolivienne. Au contraire. Il y a un alignement systématique du gouvernement français actuel, ce qui n’était pas le cas avant, sur la diplomatie américaine en Amérique du Sud et sur les coups de force américains là-bas. Il faut être au niveau -100 de la politique pour ne pas comprendre que les USA essaient de toutes leurs forces de déstabiliser des régimes de gauche qui ont pu se mettre en place, comme au Brésil, au Chili et au Venezuela par exemple. C’est une lamentable saillie. A partir d’un communiqué d’hommage à une personnalité comme Maradona, la seule chose qu’on trouve à lui reprocher est ses liens privilégiés avec Fidel Castro et Hugo Chavez. Je crois rêver. C’est très révélateur d’une diplomatie aux petits pieds ».

La France sur la scène internationale

André Chassaigne a adressé sa lettre ouverte à la conseillère parlementaire d’Emmanuel Macron mais n’a eu pour le moment aucun retour. Il s’indigne de l’image du pays sur le plan international :  « L’image de la France est en train de se dégrader considérablement dans le monde. On a vu un président de la République au Liban, se montrer comme un donneur de leçons. Il se permet d’aller dans un pays en voulant apparaître comme le leader suprême. Inutile de dire qu’au Moyen-Orient ça fait rire tout le monde. En Afrique, il ne marque aucun soutien pour les mouvements démocratiques face aux dictateurs. En Amérique Latine c’est une catastrophe. En Arménie, la France est passée sous la table alors qu’elle participe au groupe de Minsk. Il y a une multitude d’exemples où la France n’est pas à la hauteur des enjeux internationaux et perd l’aura qu’elle avait ». Comme le rapporte Courrier International, la phrase d’Emmanuel Macron n’a pas plu du tout au régime vénézuélien, héritier idéologique de la révolution bolivarienne initiée par Hugo Chávez (mort en 2013). Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, le Venezuela a répliqué avec un avertissement subliminal au président français sur la propre “défaite” qu’il pourrait bien subir face au mouvement des Gilets jaunes.
 
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