Bioéthanol : avantages et inconvénients d'un carburant économique

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Écrit par Solenne Barlot .

Avec la hausse des prix du carburant, de plus en plus de Français se tournent vers le bioéthanol. Une solution économique, plus écologique mais qui demande plus d’entretien pour les véhicules. Prix, fonctionnement, boitiers… on vous en dit plus sur ce carburant d’origine végétale.

Le prix du carburant à la pompe a fortement augmenté ces dernières semaines. Dans le Puy-de-Dôme par exemple, sur les 46 stations qui fournissent du Sans Plomb 95, les prix varient entre 1,78€ et 1,588€ le litre, indique le gouvernement. Alors, de plus en plus d’automobilistes se tournent vers le bioéthanol. Toujours selon le site Prix Carburant, le bioéthanol, que l’on trouve à la pompe sous le sigle E85, est vendu dans une trentaine de stations du Puy-de-Dôme. Il est vendu à des prix défiant toute concurrence : 0,66€ le litre pour la station la moins chère à Clermont-Ferrand et jusqu’à 0,85€ à Veyre-Monton.

Un "effet d'aubaine"

Ces prix très incitatifs attirent de plus en plus de clients, comme le remarque Francis Pousse, président national des stations-service au sein du syndicat des métiers de l’automobile. Il représente l’ensemble des 5 800 stations-service de France : « Le prix, c’est ce que regardent les gens ! Il y a évidemment une part de renouvelable puisque du puits à la roue, l’éthanol est quasiment neutre, mais c’est surtout grâce à la moindre taxation de la partie éthanol dans le E85 qu’on atteint un prix comme ça. Je ne suis pas sûr que les consommateurs seraient aussi vertueux si l’éthanol était 10 centimes plus cher que le Sans Plomb 95. Tant mieux, il y a un effet d’aubaine. En revanche, si demain on taxait le bioéthanol à hauteur du Sans Plomb, il serait plus cher. »

Entre 10 et 30% d'augmentation de la vente

Ces prix très attractifs conduisent à une augmentation de la demande, qui se constate en point de vente. Francis Pousse explique : « On peut avoir, selon les points de vente, entre 10 et 30% d’augmentation de la vente de bioéthanol. C’est diffus, car il y a également de plus en plus de stations qui en proposent. Moi qui en vends, je vois bien un « effet prix », depuis qu’on dit partout que le carburant est cher. » Promu par Jacques Chirac au début des années 2000, il fait son grand retour : « C’est un peu tombé dans l’oubli puis les périodes de hausse de carburant l’ont remis à la mode mais c’est surtout il y a 3 ans, l’homologation par le gouvernement des fameux boîtiers éthanol qui a permis l’envol du E85, puisqu’avant il y avait un espèce de flou juridique, par exemple sur la carte grise. »

Une augmentation de l'installation de boîtiers

Ces boîtiers sont installés dans les garages homologués, comme le garage Jarrige à Clermont-Ferrand qui voit sa clientèle augmenter : « On a pas mal de demandes en plus, je dirais 20% à peu près. Le prix, parfois rebute un peu les gens. Ça va de 800 euros jusqu’à 1 200 selon le type d’injection et le type de véhicule », explique Serge Jarrige. Pour monter un kit bioéthanol, il travaille entre 1 heure et 4 heures. « En général, mes clients amortissent leur investissement en un an environ, en fonction de la fréquence à laquelle ils roulent », se félicite-t-il. Si cet investissement peut en rebuter certains, il est une étape nécessaire dans la transition vers le bioéthanol.

"Quand on l’utilise sans l’équipement adapté, c’est problématique"

Francis Pousse alerte sur les risques encourus lorsque l’on utilise ce carburant sans équipement adapté : « Je le recommande, mais dans les règles de l’art : soit pour un véhicule équipé d’origine, essentiellement Ford aujourd’hui, soit équipé d’un boîtier éthanol. Or, dans les faits, on a tout un tas de gens qui mettent de l’éthanol dans un véhicule essence sans adaptation. A terme, ça peut être un peu préjudiciable au moteur. Quand on l’utilise sans l’équipement adapté, c’est problématique l’hiver pour démarrer, il n’y a pas la correction d’injection. Une voiture qui roule à l’éthanol depuis 5 ou 6 ans sans boitier, il peut y avoir des soucis d’injecteur mais je n’ai pas de retours précis ».

Un investissement "intéressant"

L’hiver est, en effet, une saison où les boîtiers peuvent causer des désagréments, selon le professionnel Serge Jarrige : « Il y a très peu de contraintes. La seule contrainte qu’il y a, c’est l’hiver, quand il fait très froid. Quand il y a des gelées matinales par exemple, ça pose quelques petits problèmes, mais moins avec les nouveaux boîtiers, qui sont plus performants, on a moins de soucis. Malgré tout, il faut parfois rajouter un peu d’essence. » Quelques contraintes qui ne viennent pas entacher de réelles économies, comme le constate Flavien Neuvy, directeur de l’observatoire Cetelem de l’automobile : « Une voiture qui roule au bioéthanol paye beaucoup moins cher le litre de carburant. La voiture consomme plus. La surconsommation vient rogner le gain, mais ça reste quand même avantageux pour les automobilistes. Pour éviter d’avoir une dégradation trop rapide du moteur, il faut l’équiper donc il faut aussi amortir le surcoût de l’équipement mais ça reste intéressant, bien sûr. »

"Le contexte est favorable"

Le contexte est également « favorable » à un regain d’intérêt selon lui : « Quand on regarde la consommation de bioéthanol, on s’aperçoit qu’elle augmente chaque année. En face, on voit qu’il y a de plus en plus de stations qui en distribuent. Le succès est grandissant et plus les prix des carburants sont importants, plus les gens s’interrogent sur l’opportunité de passer au bioéthanol. On est dans une période où le prix des carburants est très élevé et donc forcément, ça fait basculer un certain nombre d’automobilistes qui pouvaient être hésitants et qui se demandaient si c’était bien ou pas. Le contexte est favorable. »

Comment fonctionne un boitier éthanol ? 

Mais alors, comment fonctionnent ces fameux boitiers et pourquoi sont-ils indispensables ? Dans son garage d’Issoire, Pierre Pomel est spécialisé dans cette installation : « On fait tout ce qui est transformation éthanol. On va prendre des véhicules essence et on va soit adapter le programme informatique du calculateur, soit installer un boitier additionnel, selon la technologie du véhicule, pour leur permettre de rouler à l’éthanol ».

Pour adapter les véhicules à ce nouveau carburant, Pierre Pomel applique deux méthodes : « La première solution s’appelle la reprogrammation dans le calculateur d’origine. Votre moteur est géré par un boitier électronique qui contient des données informatiques, que l’on va modifier. Pour que ça fonctionne correctement, il faut injecter de l’éthanol plus que de l’essence. De par ses caractéristiques intrinsèques, l’éthanol a un pouvoir calorifique inférieur à celui du Sans Plomb, donc il faut en envoyer plus. On va donc autoriser le calculateur, quand il détecte de l’éthanol, à pouvoir envoyer suffisamment de carburant pour garder un bon fonctionnement du véhicule. Le boîtier, lui, va analyser le taux d’éthanol qui passe à travers lui grâce à un capteur. En fonction de ça, il va faire un pré-enrichissement et, à l’aide des sondes du véhicules, va transmettre l’information au calculateur moteur en lui disant « Il y a X% d’éthanol, il faut que tu enrichisses à hauteur de X ». Il va tout simplement adapter le système d’injection au carburant présent dans le réservoir. »

Une rentabilisation rapide 

Le dispositif est également compatible avec certaines motos. Pierre Pomel peine à satisfaire une importante demande : il compte déjà deux semaines de délai dans son établissement : « Souvent, on a plutôt des demandes pour l’augmentation de la puissance. Là, c’est vrai que la demande est surtout orientée sur de l’éthanol. On peut faire l’un ou l’autre sur certains véhicules, et quand on dit aux gens qu’il faudra peut-être faire un choix entre les deux, ils nous disent de faire l’éthanol dans 90% des cas. » Avec une surconsommation d’environ 20% mais un carburant souvent plus de deux fois moins cher, sur 100 kilomètres, le consommateur qui consomme 10 litres / 100km économisera 7 euros, soit environ 40 euros par plein. En 10 000 kilomètres, l’investissement est rentabilisé.

Un entretien plus fréquent

Cependant, quelques contraintes supplémentaires d’entretien sont à prévoir selon le spécialiste : « Les deux inconvénients, c’est qu’au niveau de l’entretien il faut resserrer les intervalles. Nous, on conseille de changer les bougies tous les 20 000 et de faire la vidange tous les 10 000. L’éthanol aime bien l’humidité, ça l’attire dans le moteur avec la condensation. On conseille aussi d’utiliser un additif. De temps en temps, on a aussi des démarrages à froid qui sont parfois plus compliqués, il faut mettre plusieurs coups de démarreur ou parfois rajouter un peu de Sans Plomb en hiver mais, pour moi, le jeu en vaut la chandelle. » Ce dispositif s’adresse à tous les automobilistes, quel que soit le modèle de leur voiture ou la fréquence à laquelle ils roulent : « Entre rouler à 70 centimes et rouler à 1,60€, rouler avec un carburant fossile et un carburant écologique, c’est intéressant pour tout le monde. Les voitures qui datent d’avant les années 2000, c’est un peu plus compliqué parce qu’on n’a pas forcément le matériel pour travailler dessus. » 

De quoi est composé le bioéthanol ?

En plus d’être économique, le bioéthanol est une énergie renouvelable, produite à plus de 95% en France selon le site du ministère de la Transition Ecologique : « En France, la betterave à sucre et les céréales (blé, maïs) sont les principales ressources utilisées pour la production d’éthanol d’origine agricole, aussi appelé bioéthanol. Il peut être également obtenu avec certains résidus vinicoles (marcs de raisin et lies de vin). Les sucres (glucose ou saccharose) contenus dans les plantes sucrières (betterave à sucre, canne à sucre) et les plantes amylacées (céréales comme le blé ou le maïs) sont transformés en alcool par un procédé de fermentation industrielle. L’alcool est ensuite distillé et déshydraté pour obtenir du bioéthanol. Les coproduits obtenus lors du processus de production (drêches et pulpes) sont destinés à l’alimentation animale. »

Une concurrence avec l'alimentation

Selon Francis Pousse, président de la branche des stations essence, ce processus peut encore être amélioré pour ne pas sur-solliciter les terres agricoles : « Il y a de grands questionnements sur l’ensemble des carburants bio car ils utilisent de la terre. Moi, je ne suis pas assez spécialiste pour vous dire qu’on ne retire pas de la terre destinée à l’alimentation animale ou humaine pour le biocarburant. Ça peut être une crainte dans l’avenir, sauf si on parvient à faire des carburants de 2ème génération, ce qui n’est pas le cas du bioéthanol. Ce sont des carburants qui utilisent non pas la partie noble de la plante, mais la partie déchet. »

Cet avis est partagé par Flavien Neuvy : « Pour les agriculteurs, c’est un débouché de plus. Par contre, il ne faut pas que les terres agricoles, qui servent en priorité à nourrir les gens, deviennent des terres qui servent à se déplacer. Il y a une espèce de concurrence sur les terrains cultivables. L’autonomie alimentaire, notre capacité à produire les aliments dont on a besoin, c’est un enjeu stratégique. La priorité, c’est quand même de manger. Après, si ça peut permettre aussi de réduire la facture énergétique, c’est très bien, mais on ne peut pas augmenter à l’infini la part des surfaces consacrées au biocarburant. »

Un produit complémentaire pour les stations

Pour autant, ce produit est très intéressant pour les stations essence, explique Francis Pousse : « ça permet d’avoir un produit complémentaire qui marche et qui peut être stocké et distribué dans les mêmes conditions que le Sans Plomb, il n’y a pas de conditions différentes. C’est très intéressant pour nous car il n’y a pas besoin de rajouter une cuve ou un volucompteur spécifique. On serait beaucoup moins à en proposer car nos capacités d’investissement sont quasiment nulles. Ce n’est pas du tout la même chose par exemple pour l’hydrogène, le jour où on y viendra, ou le gaz à destination des camions. Ce sont des investissements colossaux que la station rurale ne pourra pas assumer. » Pour des raisons légales, si vous passez au bioéthanol, la carte grise doit mentionner la bi-énergie. Le professionnel agréé qui monte le boitier sur votre véhicule est à même de faire la modification. Si le véhicule est sous garantie, le constructeur automobile a la possibilité de se retourner contre le fabriquant du boitier en cas de souci et la modification doit être signalée à l’assureur du véhicule.  

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