Clermont-Ferrand : un peloton de cyclistes féminin sur la route du Tour de France

Un mois avant les hommes, une quinzaine de cyclistes féminines amateures emprunte les étapes du tour de France pour promouvoir l’égalité sportive. Pour cette quatorzième étape, ce mercredi 12 août, elles sont parties de Clermont-Ferrand.
 

Les cyclistes de " Donnons des elles au vélo" ont complété ce mercredi 12 août une nouvelle étape du Tour de France, en reliant Clermont-Ferrand à Lyon.
Les cyclistes de " Donnons des elles au vélo" ont complété ce mercredi 12 août une nouvelle étape du Tour de France, en reliant Clermont-Ferrand à Lyon. © J.Teiller / FTV
Pour la quatorzième étape de leur tour de France, le peloton de cyclistes féminines de l’opération parisienne « Donnons des elles au vélo » s’était donné rendez-vous ce mercredi 12 août au matin, place de Jaude à Clermont-Ferrand, pour rallier Lyon. Depuis le 29 juillet 2020, ces treize femmes de nationalités différentes suivent le tracé du tour de France de manière amatrice, pour promouvoir le cyclisme féminin et revendiquer la mise en place d’une grande course à étapes féminine. Un pari sportif réalisé chaque année depuis 6 ans, qui, malgré sa difficulté et le peu de logistique « vaut le coup », précise Solenne Marquet, l’une des participantes originaires d’Auvergne. « Ce parcours est le meilleur moyen de prouver que si les hommes peuvent le faire, les femmes aussi. » 

Un défi ambitieux

Si cette opération n’est pas une compétition à l’image du Tour de France, il s’agit d’un pari de taille pour ces cyclistes féminines. Sélectionnées pour leurs qualités sportives, elles s’entrainent, pour certaines, depuis 8 mois : « Nous avons dû passer un certain nombre de tests physiques pour pouvoir participer à cette opération. Le fait de faire du triathlon m’a beaucoup aidée », ajoute Solène Marquet. Pour cette Auvergnate qui connait bien sa région, certains parcours, comme ceux d’Auvergne, sont davantage physiques : « Hier nous avons pédalés de Châtel-Guyon au Puy Mary , il y avait beaucoup de côtes et des dénivelés très importants. » Un parcours d’autant plus complexe qu’il n’est pas balisé comme pour le tour de France. « Heureusement nous sommes très bien entourées par notre staff constitué d’une moto ouvreuse, d’une voiture suiveuse et de 5 kinés-ostéopathes. Il arrive souvent que des motards de la région nous ouvrent la voie également »,  précise la jeune femme.  Mais pour elle comme pour les autres cyclistes de cette opération, le véritable moteur de ce défi se trouve dans le soutien des proches et des gens qui, comme elles, ont à cœur d’encourager le cyclisme féminin.

Soutenir le cyclisme féminin

« Nous sommes une quinzaine de cyclistes à faire le tour en entier, mais de nombreuses cyclistes se joignent à nous au fur et à mesure des étapes pour nous témoigner leur soutien », explique Solenne Marquet.  Des cyclistes comme Amandine Debrouver qui ont choisi de participer uniquement aux étapes auvergnates : « A Lyon il faudra que je m’organise pour rentrer seule car je ne fais pas partie de l’organisation du collectif mais c’était très important pour moi de leur témoigner mon soutien. Depuis 1989 il n’existe pas de course cycliste par étapes féminine en France, j’espère que cela fera bouger les choses et donnera encore plus envie aux femmes de faire du vélo ». Du soutien féminin mais également d’autres cyclistes et organisations, et des mairies, comme celle de Clermont-Ferrand : « Nous avons entendu dire que l’organisateur du tour de France Christian Prudhomme réfléchissait à un tour de France féminin en 2022, si c’est le cas la ville de Clermont se tiendra prête à accueillir une étape. Nous avions proposé de le faire lorsqu'il existait encore un Tour féminin, mais le projet n'était pas arrivé à terme », précise Christine Dulac-Rougerie, 1ère adjointe au maire.

Pourquoi un tel retard ?

Selon Christine Reille, présidente de la ligue Auvergne-Rhône-Alpes de cyclisme, l’annulation du Tour féminin depuis 1989 est en grande partie due à un manque de préparation pour accueillir les femmes : « Dans les années 1980 les deux évènements (le tour masculin et le tour féminin NDLR) étaient réalisés en même temps, mais il était très dur d’optimiser la sécurité. Aujourd’hui avec les mesures attentats et l’ampleur qu’a pris le Tour de France c’est impossible. Cela demande une certaine préparation d’accueillir des femmes, et pour cela il faut l’avoir anticipé.» Un manque de préparation qui se ressent au niveau local dans les clubs sportifs : « En Auvergne-Rhône-Alpes, seuls 10% des licenciés sont des femmes, car il existe très peu de clubs féminins. Les clubs ne sont pas prêts à les encadrer selon leurs différents niveaux comme c’est le cas pour les hommes et donc de leur permettre de participer à de grandes compétitions. » Solenne Marquet acquiesce : « De nombreuses femmes sont intéressées par le cyclisme mais ne trouvent pas de club près de chez elle, alors elles s’exercent de manière autonome. » Ce manque de compétitions et de clubs féminins s’explique aussi pour la présidente, par un fort désintérêt médiatique : « Le Tour de France actuel 100% masculin passionne les médias, mais il existe un tas d’autres compétitions comme le Paris-Roubaix féminin qui ne réunissent que les médias locaux. Il y a un changement dans les mentalités à effectuer ». Alors en attendant de savoir si un tour de France aura lieu en 2022, les femmes de l’opération « Donnons des elles au vélo » continueront leur course pour prouver que « le cyclisme n’est pas un sport de garçon ». 

 
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