Coronavirus COVID 19. Alcool et confinement : attention danger

Le phénomène des apéros virtuels se développe en cette période de confinement dû au coronavirus et pourrait provoquer des problèmes de dépendance selon plusieurs spécialistes. / © Josselin CLAIR / MAXPPP
Le phénomène des apéros virtuels se développe en cette période de confinement dû au coronavirus et pourrait provoquer des problèmes de dépendance selon plusieurs spécialistes. / © Josselin CLAIR / MAXPPP

Véritable rempart à l'angoisse provoquée par l'épidémie de coronavirus COVID 19, moyen de se changer les idées, la consommation d'alcool pourrait augmenter pendant le confinement. Des spécialistes s’en inquiètent déjà.
 

Par Catherine Lopes

Le Pr Georges Brousse est chef du service d’addictologie au CHU de Clermont-Ferrand et président du Comité régional de l’ANPAA Auvergne (Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie). En cette période de confinement dû au coronavirus, il s’inquiète des dangers d’une consommation excessive d’alcool. Il explique : « Du fait du confinement, on a plusieurs indicateurs qui peuvent nous faire craindre des problèmes liés à la consommation d’alcool. Ce peut être une surconsommation d’alcool et paradoxalement, à l’inverse, des difficultés de sevrage chez certains patients. Plusieurs facteurs peuvent expliquer la surconsommation d’alcool : il y a d’une part le confinement, les stress ambiant, l’anxiété de se retrouver enfermé chez soi, l’anxiété liée aux informations. Chacun sait que l’alcool est l’anxiolytique le plus accessible mais c’est aussi le pire de tous. Il crée une dépendance, des répercussions psychologiques comme la déprime, de l’irritabilité, des troubles du comportement et peut être à l’origine de violences intra familiales. Dans un contexte de crise, les gens vont avoir tendance à se rabattre sur l’alcool pour atténuer ces effets d’anxiété ».

Le phénomène des apéros virtuels


Le médecin est aussi sensible à la multiplication des apéros virtuels, un phénomène qui se répand facilement chez les plus jeunes. Le Pr Brousse souligne : « On peut aussi voir que l’alcool est une substance très liée à la convivialité, au partage, à la fête. Dans ces moments-là, on a besoin d’augmenter les interactions, via les réseaux sociaux, lors d’ « apéros-Skype ». Les gens consomment plus dans ce contexte. Ce sont des moments conviviaux. On peut craindre une augmentation de la consommation. De plus on voit que dans les grandes surfaces, les alcools sont en tête de gondole. On remarque aussi que les cavistes sont des commerces qui sont restés ouverts ».

Une consommation de substitution

Il redoute aussi une augmentation de la consommation d’alcool chez certains publics. Il indique : « Il y a aussi des personnes qui consomment d’autres produits comme le cannabis ou d’autres drogues. Ils y avaient classiquement accès en période normale mais là ils rencontrent des difficultés et ont tendance à se rabattre sur l’alcool, la drogue la plus accessible, et sur le tabac ».

De nombreux risques

Avec une hausse de la consommation d’alcool, de nombreuses conséquences sanitaires sont à redouter. Le Pr Brousse affirme : "Les risques sont bien sûr l’ivresse, les risques pour la santé, des possibilités d’accidents domestiques, des risques de violences intra familiales. Les pouvoirs publics devraient davantage communiquer sur les risques de consommation d’alcool. On ne va pas dire aux gens de ne plus boire d’alcool. On ne va pas interdire non plus sa consommation. La prohibition n’a jamais été un moyen efficace de réguler les consommations de drogue par exemple. Il faut informer, éduquer. Il y a en France environ 2 millions de personnes qui sont en difficulté avec l’alcool et 2 millions qui contrôlent plus ou moins leur consommation d’alcool".

"La recommandation de Santé Publique France est de ne pas dépasser 10 verres d’alcool par semaine, soit un peu moins de deux verres par jour, pas tous les jours. Il faut que les gens soient vigilants sur leur contrôle de consommation. S’il y a des moments de tension, ils peuvent diminuer leur consommation d’alcool. A l’inverse, un sevrage d’alcool suite à une prise de conscience, ils peuvent avoir des signes d’un arrêt brutal de consommation. Cela peut être mortel chez des personnes très consommatrices, il faut donc être prudent et suivre les recommandations des médecins. Des sites gouvernementaux relaient aussi des informations, tout comme les médecins traitants et les services d’addictologie"
.

Enfin, le Pr Georges Brousse rappelle qu’il y a des risques pour tout le monde, étudiants comme personnes plus âgées. Il donne 3 conseils pour éviter toute dépendance :
  • Toujours être vigilant sur sa consommation. Voir ou on en est.
  • Pas plus de 10 verres par semaine et pas tous les jours.
  • Lors des apéros virtuels, se fixer un jour sans alcool.

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