Déconfinement : en quoi les masques nuisent à la communication ?

Avec l'épidémie de coronavirus COVID 19, le port du masque s'est largement généralisé. En recouvrant une partie du visage, il nous prive de certaines expressions faciales. Des psychologues de Clermont-Ferrand et son agglomération font le point sur l'impact du masque sur notre communication.
 

Selon les psychologues "les masques brouillent la communication".
Selon les psychologues "les masques brouillent la communication". © MaxPPP/Joël Philippon
Dans la rue, dans les commerces, au travail … nous sommes nombreux à porter des masques pour limiter la propagation du coronavirus COVID 19. Ils sont désormais omniprésents dans nos vies. Mais porter un masque chirurgical ou en tissu n’est pas toujours évident surtout pour communiquer. Si les personnes sourdes et malentendantes sont évidemment les plus impactées, les personnes entendantes se voient aussi privées d'une communication non-verbale.

Des émotions difficiles à capter

Il y a encore quelques semaines, le masque était réservé au personnel soignant et aux malades. Mais avec l’épidémie de COVID 19, il s’est imposé dans nos vies et ce n’est pas sans conséquence. Notre quotidien et nos repères sont bouleversés. Nous sommes tout d’abord perturbés car nous ne reconnaissons pas les visages. "Le mot masque vient de l’italien maschera, qui veut dire faux visage. Comment reconnaît-on quelqu’un et comment l’identifie-t-on si ce n’est avec le visage? A partir du moment où l’on cache le visage, il y a un problème d’identité qui se pose d’emblée" explique André Soler, psychologue à Clermont-Ferrand.

Le masque cache une grande partie de notre visage donc de nos expressions. Seuls les yeux restent apparents. Impossible donc de voir un sourire, un pincement de lèvres ou encore une moue. André Soler ajoute : "Toutes ces mimiques donnent des informations sur la qualité et le contenu de la relation que l’on établit avec l’autre. Le masque supprime tout cela. La communication est donc amputée".

Deux de ses collègues basées à Cournon-d’Auvergne parlent de "communication brouillée". Laure Planidis indique : "Nous sommes privés d’une grande partie de la communication non-verbale qui représente à elle seule 60% de la communication" et Hélène Frayssinet d’ajouter : "La communication comme le partage émotionnel sont complexifiés. Il n’est pas simple de capter la réelle intention des gens lorsqu’ils nous parlent masqués".

Pour Pascal Olivier, psychologue à Clermont-Ferrand, la lecture du visage est essentielle dans la communication. Il précise : "Beaucoup de choses passent par le visage. Il donne énormément d’informations. Comme il est masqué, nous perdons toutes ces indications". Même s'il est nécessaire, le masque perturbe les relations sociales. Il faut parler plus fort, parfois se répéter. "Il n’empêche pas la communication mais la gêne énormément" ajoute-t-il.
 

Adapter notre façon de communiquer

En l’absence de la communication non-verbale, nous sommes souvent obligés d’exprimer plus largement nos pensées et nos émotions. "Nous sommes coupés d’une partie de nous. Nous communiquons moins nos émotions. Les gens ne voient pas si l’on sourit, si l’on fait la tête, si l’on fait une moue avec les lèvres. Il ne faut pas hésiter à dire : cela ne se voit pas mais je suis en train de vous sourire" conseille Sabine Chavarot psychologue à Clermont-Ferrand. Elle préconise également de reformuler si nécessaire : "Si on voit que le personne en face de nous n’a pas l’air de comprendre, on s’adapte, on répète, on reformule pour s’assurer que la personne a bien compris. Dire si besoin que l’on plaisante, que l’on rigole… Nous le faisons traditionnellement, mais là, il faut le faire encore plus". De son côté, Pascal Olivier, psychologue à Clermont-Ferrand préconise d’être "plus attentif que d’ordinaire à la voix, à la gestuelle ou encore à la posture". Mais surtout au regard qui "prend une plus grande ampleur".
 

La peur des autres

Avec le déconfinement, nous devons nous habituer à vivre en respectant les mesures sanitaires destinées à empêcher un sursaut de l’épidémie de COVID 19. Parmi elles le port du masque ou encore la distance entre chaque personne de plus d’un mètre. Des gestes qui impactent notre sociabilité. "L’évitement est provoqué par le masque. Les gens ont peur car on leur explique que l’autre peut être porteur du virus. En latin, virus vient de poison. Cela veut dire que celui qui est face à nous est perçue comme un poison…" déclare André Soler.

Pascal Olivier, psychologue à Clermont-Ferrand indique également que "le masque renvoie à la maladie et change la relation à l’autre. Il y a une stigmatisation négative si l’on sort sans masque. Le jugement est récurrent". Quant à Hélène Frayssinet, psychologue à Issoire et Cournon d’Auvergne, elle note de la défiance et de la colère à l’encontre des personnes qui n'en portent pas. "Les gens sont très sensibles au port du masque. Qui l’a et qui ne l’a pas. Il est régulier d’entendre que ceux qui n’en portent pas ne respectent pas les autres" précise-t-elle.

Avec le virus, le constat est là, nous mettons plus de distance entre nous. "Si les gens ne sont pas dans la proximité, ils sont forcément dans l’éloignement. Or nous avons tous besoin de proximité et de contact. Nous avons besoin de nous rapprocher, nous toucher, de nous embrasser…  c’est essentiel dans la vie" conclut André Soler.
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