Couvre-feu à 23 heures : à Clermont-Ferrand, "les salles de cinéma commencent à revivre"

A compter du mercredi 9 juin, le couvre-feu est décalé à 23 heures. Un soulagement pour les exploitants des salles de cinéma de Clermont-Ferrand, qui vont pouvoir accueillir davantage de spectateurs.

Les cinémas vont bénéficier du décalage du couvre-feu à 23 heures à partir du 9 juin.
Les cinémas vont bénéficier du décalage du couvre-feu à 23 heures à partir du 9 juin. © Jean-François Fernandez / MAXPPP

A partir du mercredi 9 juin, la France entame la 3e phase de son déconfinement. Le couvre-feu passe de 21 heures à 23 heures. A Clermont-Ferrand, les exploitants de salles de cinéma, ne boudent pas leur plaisir. C’est le cas de Kévin Soust, gérant du CGR Val Arena à Clermont-Ferrand : « On se réjouit du passage du couvre-feu à 23 heures. On va regagner la fameuse séance de 20 heures qui est quand même une institution dans le monde du cinéma. En semaine, quand vous travaillez et que vous sortez du travail à 18 heures, que vous repassez chez vous, la séance de 19 heures est déjà commencée. On le ressent moins en week-end parce que les gens peuvent décaler et prendre la séance de 19 heures. Le fameux resto-ciné qui n’existe plus va pouvoir reprendre à partir de demain ». Il ajoute : « C’est un soulagement car on sent qu’on avance. Le fait de rouvrir le 19 mai dernier a été une petite bouffée d’oxygène, même si on restait sous assistance respiratoire. Là, les salles de cinéma commencent à revivre, sachant que de grosses sorties s’annoncent ».

 Il n’y a pas que le couvre-feu mais tout le reste qui nous rend enthousiastes.

Même son de cloche auprès de Jérôme Lefebvre, directeur du Ciné Dôme à Aubière : « Il n’y a pas que le couvre-feu mais tout le reste qui nous rend enthousiastes. On va pouvoir augmenter nos capacités d’accueil à 65 %. Il y aura aussi un peu moins de distance entre les spectateurs, avec un fauteuil d'écart entre les personnes. Le couvre-feu à 23 heures signifie qu’on va pouvoir enfin proposer une séance le soir. On était cantonnés à proposer la dernière séance autour de 18h30-18h45 donc là on va pouvoir proposer une belle séance entre 20h30 et 21 heures. Les séances du soir sont beaucoup plus fréquentées que celles en après-midi ou en début de journée car les gens seront déjà rentrés du travail. Ils pourront peut-être après avoir bu un verre en terrasse, profiter d’un bon film avant de rentrer à la maison ».

De bons résultats

En effet, à compter de ce mercredi, les jauges dans les salles obscures seront désormais limitées à 65 % de leur capacité. Depuis le 19 mai, les exploitants sont surpris par la fréquentation des cinémas. Kévin Soust souligne : « On est très agréablement surpris parce qu’on flirte avec les chiffres qu’on avait avant le COVID. Pour nous c’est énorme car on fait quasiment autant avec 2 séances de moins. Nos jauges sont limitées à 35 %. On affiche quasiment complet sur toutes nos séances. En week-end, on fait environ 1 000 entrées par jour, ce qui n’est pas rien ». Jérôme Lefebvre confirme : « La fréquentation est plutôt encourageante, même si la jauge est limitée. Sur les premières semaines, le temps a été favorable, c’était un temps à cinéma. On a pu afficher complet sur certaines séances, ce qui est très bien. On a fait une première semaine à un peu plus de 4 500 entrées. C’était l’engouement de la reprise. Après ça s’est un peu étiolé parce qu’il a fait un peu plus beau et que les gens voulaient davantage profiter des terrasses. Les distributeurs qui proposent de gros films ont aussi préféré que l’on ait de plus grosses capacités d’accueil pour être sûrs de rentabiliser leur investissement ».

De nouvelles habitudes

Avec des capacités limitées, les professionnels ont dû s’adapter. Kévin Soust, gérant du CGR Val Arena à Clermont-Ferrand indique : « Avec le fait que les séances soient complètes, c’est à nous de faire de la gymnastique au niveau de la programmation pour adapter les capacités de salles. Il faut sentir le film qui va faire le plus d’entrées. Le week-end dernier, ça nous a permis de ne refuser personne ». Les clients eux aussi ont revu leurs habitudes. Jérôme Lefebvre, directeur du Ciné Dôme à Aubière, souligne : « La dématérialisation a fait un bond. On affiche environ 70 % de dématérialisation et de personnes qui anticipent leur venue au cinéma. Avec une jauge à 35 %, si vous vouliez avoir une place, il fallait obligatoirement réserver en ligne car vous risquiez de trouver une salle pleine en arrivant au dernier moment en caisse ».

De grosses sorties annoncées

Tout l’été, les grosses sorties vont s’enchaîner. Certains films marchent déjà bien. Kévin Soust affirme : « Les films familiaux fonctionnent bien, comme « Les bouchetrous » et « Tom et Jerry ». On a aussi « Adieu les cons », qui est en tête du box-office français. L’autre bonne surprise est « 30 jours max ». On ne redoute pas l’embouteillage car les distributeurs communiquent entre eux et arrivent à se mettre d’accord. Toutes les sorties sont étalées. On a des gros films tout l’été et chaque film sera exploité correctement. Il n’y aura pas de souci à ce niveau-là ». Jérôme Lefebvre poursuit : « Il y a une véritable appétence à voir des films sur grand écran, à renouer avec les salles, à reprendre du lien social. C’est aussi une de nos missions, rassembler les gens. On n’a que des messages d’encouragement. Les gens sont ravis de revenir nous voir ».

La question de l'équilibre financier

Malgré cet engouement, après des mois de fermeture, la santé financière des cinémas demeure fragile. Kévin Soust confie : « Question santé financière, on a connu mieux. Mais avec la programmation annoncée, on espère pouvoir refaire un peu de trésorerie. Il ne faut pas croire que tout va bien parce qu’on a rouvert, on s’est tiré une balle dans le pied mais il y a un travail sur plusieurs années pour se refaire une santé financière ». Jérôme Lefebvre conclut : « Notre santé financière est toujours très fragile. On sait que la reprise est un peu plus coûteuse. On a remis nos salariés au travail, même si on bénéficie toujours de l’activité partielle à 50 %. On avait mis en stand-by tout ce qui pouvait attendre, pour les travaux et les aménagements. On a pu les reprendre et c’est forcément coûteux. On va vraiment aller crescendo jusqu’au 30 juin. On va avoir des gros films, des blockbusters, des valeurs sûres. On ne peut qu’être enthousiastes ». Désormais, les exploitants ont le regard tourné vers le 30 juin. A cette date, les spectateurs pourront célébrer la Fête du cinéma et la fin du couvre-feu.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
cinéma culture déconfinement société