Déconfinement : en Auvergne, les centres de contrôle technique automobile en surchauffe

Même s’ils ont pu rouvrir avant la fin du confinement, les centres de contrôle technique ont fonctionné au ralenti jusqu’au 11 mai. Aujourd’hui, leur activité repart sur les chapeaux de roues et les délais s’allongent, entre une semaine et un mois voire plus pour avoir un rendez-vous.
D'une semaine à un mois d'attente ou plus pour le contrôle technique (photo d'illustration)
D'une semaine à un mois d'attente ou plus pour le contrôle technique (photo d'illustration) © T. Thorel/MAXPPP
Le 23 mars dernier, le ministère de la Transition écologique et solidaire, qui gère les transports, a autorisé les centres de contrôle technique à rester ouverts pendant la période de confinement. Dans le même temps, une tolérance a été accordée aux automobilistes : une rallonge de 3 mois pour le contrôle et les contre-visites en ce qui concerne les véhicules légers. Mais, depuis le 11 mai, partout l'activité redémarre très fort. 

Délais rallongés


« Le téléphone n’arrête pas de sonner ! », constate Frédéric Vigier qui emploie 25 salariés dans 7 centres de contrôle technique dont celui de Chamalières dans le Puy-de-Dôme. « Habituellement, il faut compter 2 jours pour obtenir un rendez-vous, en ce moment, le délai est plutôt de 3 semaines ».
Son collègue de Craponne-sur-Arzon, en Haute-Loire, qui lui travaille seul avec une secrétaire, fait le même constat : « Je suis surchargé, je travaille deux heures de plus par jour, j’ai ouvert le samedi après-midi et deux lundis par mois pour les véhicules des professionnels ». Chez lui, le délai est actuellement d’un mois !
A Montluçon, Sylvain Dutouya, gérant de quatre centres de contrôle technique dans l’Allier, le Cher, l’Indre et la Nièvre, observe lui aussi que l’activité redémarre. « Nous avons repris fin avril, nous avions surtout des véhicules des infirmières et des professionnels comme les artisans, les gens roulaient peu, c’était calme. Mais depuis le déconfinement, nous avons vraiment des pics d’appels et de réservations ». Chez lui, le délai varie de 3 semaines pour Montluçon jusqu’à un mois et demi à Bourges ou Nevers.

Des mesures barrière qui prennent du temps


A Riom-ès-Montagnes, dans le Cantal, Julien Serre est seul pour contrôler une quinzaine de véhicules par jour. Pour lui aussi, les journées de travail se sont rallongées à cause de la crise sanitaire. Il est à l’atelier vers 7h30 le matin et jusqu’à 19h30 le soir. « Il faut faire plus attention, par exemple lorsqu’on récupère la carte grise, j’ai des gants jetables que je change à chaque fois, et surtout lors du contrôle, ça prend plus de temps ».
« Je commence par désinfecter les clefs lorsque le client arrive, explique dans le détail Jean-François Farissier à Craponne-sur-Arzon (Haute-Loire), je protège systématiquement les sièges et le tapis du véhicule, le volant, le pommeau de vitesse, le levier de frein à main mais en plus je passe du temps à désinfecter les commandes d’essuie-glaces, de clignotants, les poignées des portières… ça me prend facilement un quart d’heure de plus pour chaque voiture ! ». Résultat : actuellement, il « passe » une dizaine de véhicules par jour au lieu d’une quinzaine en temps ordinaire. 
Les centres ont aussi dû adapter leurs salles d’attente. Certains ont équipé leur banque d’accueil de protection en Plexiglas, tous ont enlevé les revues, les fauteuils et prient leurs clients d’attendre leur véhicule à l’extérieur.
Le réseau Autosur a envoyé en avril un message avec des consignes très précises à ses adhérents, comme par exemple : « demander au client de venir seul ou à deux maximum et de laisser les fenêtres de sa voiture ouvertes lors de la prise en charge ». Au passage, le document rappelle que le chef d'entreprise est responsable de la sécurité de ses salariés à qui il doit fournir des masques et du gel hydroalcoolique sur le lieu de travail.
« Les clients sont assez disciplinés et compréhensifs, ils respectent les distances de sécurité avec notre personnel », estime Frédéric Vigier du centre Sécuritest de Chamalières. Cependant, il fustige certains comportements comme cet automobiliste qui laisse trainer ses mouchoirs usagers dans le véhicule confié au contrôleur.

Des pertes de chiffre d’affaires très variables


Durant les deux mois derniers, les centres de contrôle technique ont évidemment tous connu une baisse d’activité. Certains, comme celui de Craponne-sur-Arzon, ont redémarré début avril, d’autres, comme à Chamalières, seulement début mai. A Montluçon, le gérant dit avoir perdu 80 000 euros de chiffre d’affaires sur les 4 centres qu’il dirige. En Haute-Loire, Jean-François Farissier estime lui avoir « perdu une centaine de voitures, soit 4000 euros de chiffre" . Il ajoute : " Il va me falloir au moins 3 mois pour absorber la surcharge de travail liée au coronavirus et aussi à la nouvelle règlementation du contrôle mise en place il y a 2 ans ».
Son collègue de Riom-ès-Montagnes dans le Cantal évalue à 40% sa perte d’activité par rapport à l’an dernier sur mars et avril. Mais, se rassure Julien Serre, « Ça va se rattraper puisque le service est obligatoire ! ». Il est en effet, rappelons-le, obligatoire de faire contrôler sa voiture à partir de la 4ème année (dans un délai de 6 mois précédent la 4ème année de mise en circulation) et ensuite tous les deux ans. L’ensemble des personnes que nous avons contactées reconnaissent aussi que les forces de l’ordre ont jusqu’ici été clémentes avec les automobilistes qui n’étaient pas en règle. Reste maintenant à savoir comment, avec les délais de contrôle rallongés du fait de la surcharge de travail dans les centres, les autorités vont gérer la situation. Il serait question de prolonger le « délai de tolérance »  jusqu’en juin ou plus, mais les gérants des centres reconnaissent ne pas avoir, pour l’heure, d’informations très précises.
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