A Clermont-Ferrand, des milliers d'agriculteurs dans le centre-ville : "Au bout d'un moment, la soupape explose"

Jeudi 25 mars, quelque 800 tracteurs et entre 4 000 et 5 000 manifestants selon les organisateurs (375 tracteurs et 1 500 personnes selon la préfecture) se sont rendus place de Jaude à Clermont-Ferrand, à l’appel de la FNSEA. Ces agriculteurs veulent obtenir des prix plus rémunérateurs.

Depuis 11 heures ce jeudi 25 mars, les tracteurs d'agriculteurs en colère affluent sur la place de Jaude à Clermont-Ferrand.
Depuis 11 heures ce jeudi 25 mars, les tracteurs d'agriculteurs en colère affluent sur la place de Jaude à Clermont-Ferrand. © A.Albert/FTV

C'est une manifestation "d’envergure" que promettaient la FNSEA du Puy-de-Dôme et les Jeunes Agriculteurs, ce jeudi 25 mars. Entre 4 000 et 5 000 manifestants selon les organisateurs (1 500 selon la préfecture) et surtout 800 tracteurs (375 selon la préfecture) ont convergé vers la place de Jaude à Clermont Ferrand. Il s’agit de la 3ème manifestation d’agriculteurs de l’année. Dans un communiqué, les syndicats dénoncent « d’un côté, la loi Egalim qui depuis plus de deux ans ne donne pas les résultats escomptés avec des prix agricoles largement inférieurs aux coûts de production. Elle doit être renforcée lourdement. De l’autre, une réforme de la PAC dont les premières propositions du Ministère vise à soutenir les hectares au lieu des Hommes. En outre, la position sur les aides couplées fragilise encore plus l’élevage allaitant. » 

17 heures : la manifestation se disperse

En quittant la place de Jaude, des agriculteurs ont laissé un message comme une promesse : si leurs revendications ne sont pas prises en compte et si des mesures concrètes ne sont pas actées, ils sont prêts à mener de nouvelles actions.

Les agriculteurs quittent progressivement la place de Jaude.
Les agriculteurs quittent progressivement la place de Jaude. © A.Albert/FTV

Les tracteurs quittent la place de Jaude sous les applaudissements de quelques passants.

16h30 : les premiers agriculteurs quittent la place de Jaude

Après avoir eu confirmation du rendez-vous au ministère de l'agriculture, les premiers agriculteurs quittent la place de Jaude. "Suite aux instructions du Président de la Chambre d’agriculture et en lien étroit avec le Préfet, la dispersion des manifestants, place de Jaude commence. Le Préfet en appelle à la vigilance des usagers de la route dans le centre-ville", indique la préfecture du Puy-de-Dôme.

16h15 : les agriculteurs reçus par le ministre Julien Denormandie en début de semaine prochaine 

Reçus par le ministre Julien Denormandie en tout début de semaine prochaine, les agriculteurs en colère ont dû taper du poing sur la table pour obtenir ce rendez-vous : « On a exigé, au vu de la mobilisation d’aujourd’hui, un rendez-vous avec le ministre qui a tardé un peu à venir, on n’a pas eu de réponse instantanée. Les choses trainaient et les Jeunes Agriculteurs, qui sont peut-être aujourd’hui les plus exaspérés vu leur manque de perspectives, ont souhaité mettre un coup de pression sur la préfecture. Vingt minutes après, j’avais un coup de téléphone du préfet comme quoi le rendez-vous était obtenu pour le tout début de semaine prochaine en direct à Paris avec le ministre », explique David Chauve, président de la FRSEA d’Auvergne-Rhône-Alpes.

16 heures : les tensions se maintiennent, les agriculteurs obtiennent un rendez-vous avec le ministre de l'agriculture

Selon Pierre Picard, président des Jeunes Agriculteurs d’Auvergne-Rhône-Alpes, les tensions sont nées de la rencontre avec le préfet du Puy-de-Dôme Philippe Chopin : « On a eu un rendez-vous avec le préfet qui n’a pas compris les craintes du monde agricole et notamment de l’élevage. Avec ce feu, on a voulu mettre un coup de pression supplémentaire. Pour moi, les forces de l’ordre ont réagi un peu violemment et c’est pour cela que ça a dérapé. On a demandé un rendez-vous avec le ministre au préfet. On lui a laissé une heure et il n’a pas entendu, il n’a pas cru au désarroi du monde agricole. Les jeunes agriculteurs en ont eu marre d’attendre et les Jeunes Agriculteurs ont décidé d’emmener tout le monde vers la préfecture. Au bout d’un moment, la soupape explose. » Ils ont finalement obtenu gain de cause : selon David Chauve, le ministre de l’agriculture Julien Denormandie recevra une délégation régionale la semaine prochaine.

15h15 : des tensions entre police et manifestants apparaissent

Des tensions apparaissent près de la préfecture. Des manifestants ont mis le feu au fumier déversé devant le bâtiment. Une centaine de gendarmes mobiles sont présents sur place. Les pompiers sont également intervenus pour éteindre le feu. Quelques bombes lacrymogènes ont été envoyées pour disperser les manifestants. 

Quelques heurts ont éclaté entre les forces de l'ordre et les manifestants place de Jaude à Clermont-Ferrand.
Quelques heurts ont éclaté entre les forces de l'ordre et les manifestants place de Jaude à Clermont-Ferrand. © DR
Un feu a été allumé par les manifestants devant la préfecture du Puy-de-Dôme.
Un feu a été allumé par les manifestants devant la préfecture du Puy-de-Dôme. © A.Albert/FTV

12h45 : les discours des représentants syndicaux débutent

Les discours des représentants syndicaux ont débuté un peu avant 13 heures. On dénombre selon eux près de 800 tracteurs et entre 4 000 et 5 000 manifestants. « On a des convictions qu’on porte haut et fort aujourd’hui. La PAC et le prix sont intimement liés et représentent une partie importante de nos revenus. Nous connaissons tous les bénéfices et les conséquences des décisions qui vont être prises dans les jours qui viennent sur ces 2 sujets. L’échéance qui arrive est importante, vous l’avez tous compris et vous avez fait preuve de détermination en venant de très loin en tracteur, en vous levant de bonne heure. On a relevé le défi. On est à la croisée des chemins », a déclaré au micro David Chauve, secrétaire général de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes.

 

Agriculteur à Condat, dans le Cantal, Francis Flagel craint de ne pas pouvoir maintenir son salaire : « La politique agricole est défavorable pour l’élevage. On risque de perdre 10 000 euros, et pour donner une idée 10 000 euros, c’est le salaire que je me sors par an. Ca veut dire que je n’aurais plus de salaire, c’est assez dur à concevoir. On travaille pour 5 euros de l’heure. Ce n’est pas normal, on est un métier essentiel et on est payés 2 fois moins que les autres » En GAEC avec ses parents, il élève 90 vaches sur 130 hectares.

12h30 : des tracteurs déversent du fumier et de la laine devant la préfecture du Puy-de-Dôme

Comme un symbôle de leur colère, plusieurs tracteurs ont deversé du fumier ainsi que de la laine devant l'entrée de la préfecture du Puy-de-Dôme. 

Parmi les manifestants, devant la préfecture, des agriculteurs en devenir qui hésitent de plus en plus à se lancer : « Je suis là pour défendre mon futur métier. Moi, je suis à l’école d’agriculture. Aujourd’hui, il y a un gros mal-être dans la profession. Moi, ça me fait beaucoup réfléchir sur le fait de m’installer quand je vois la conjoncture actuelle. Je ne sais pas si une ferme, c’est viable », s’inquiète Alexandre Thenot, un jeune homme de 18 ans qui étudie au lycée agricole de Brioude-Bonnefont. Il est venu manifester depuis Ambert pour défendre ce métier qu’il rêve d’exercer prochainement.

12 heures : des dizaines de tracteurs sont arrivés place de Jaude

Des dizaines de tracteurs venus de tout le Massif Central occupent la place de Jaude :

11h30 : Des agriculteurs arrivent de Corrèze et du Cantal

Comme Emmanuel Lissajoux, agriculteur corrézien, ils sont plusieurs à avoir fait le voyage en bus ou en tracteur depuis la Corrèze pour manifester à Clermont-Ferrand : « On est venus aujourd’hui pour défendre les prix sur nos produits qui ne sont pas rémunérateurs et pour protester contre la future PAC qui est en train de détruire l’élevage. On est là pour soutenir nos élevages dans les zones de montagne et pour qu’on puisse vivre de notre métier. On est obligé de venir sur des journées comme ça », déclare l’éleveur.

Une file de tracteurs s'est formée rue Blatin à Clermont-Ferrand.
Une file de tracteurs s'est formée rue Blatin à Clermont-Ferrand. © A.Albert/FTV

Dans le Cantal, l’objectif fixé de 200 tracteurs a été atteint, selon Delphine Freyssinet, représentante syndicale de la FDSEA du Cantal, syndicat présent dans toutes les communes du département : « Au départ de Massiac on était un peu plus de 150 tracteurs et on en a rejoint d’autres car il y avait 2 points de ralliement. On a mobilisé, ça a très bien marché. Pour tout ce qui est bus et voitures, on doit être à 1 000 personnes. C’est super mais ça veut aussi dire que ça ne va pas bien ». Selon elle, un vrai ras-le-bol existe dans le département : « Aujourd’hui, il n’y a rien qui va. C’est une catastrophe, on nous annonce jusqu’à 15 000 euros de perte par exploitation. Les gars sont très remontés, on nous dit merci tout le temps mais nous, on s’en fiche du merci. Ce qu’on veut c’est que notre travail soit rémunéré à sa juste valeur ». Delphine Freyssinet élève 90 vaches Salers sur la commune de Trizac.

11h15 : Les tracteurs provoquent des perturbations de circulation

Les convois de tracteurs commencent à affluer vers la place de Jaude. Ces arrivées ne sont pas sans conséquences pour le trafic routier : la préfecture indique que des "perturbations de circulation sont en cours" en centre-ville et en périphérie de l'agglomération. 

En centre-ville, la rue Blatin est complétement bloquée :

Suivez l'évolution de la circulation grâce à cet outil : 

11 heures : Les premiers tracteurs arrivent à Clermont-Ferrand

Les premiers tracteurs de la manifestation font leur entrée sur la place de Jaude. Ils arrivent de toute l'Auvergne. 

Sébastien Laubanie, éleveur d’Aubracs à Perpezat, est venu manifester avec sa fille Marion. Ils ont emmené leurs vaches avec eux. «  On a décidé de venir avec nos bêtes parce que la réforme de la PAC concerne beaucoup les bovins. On voulait montrer ce que c’était aux citadins. On est venus avec une vache de 5 ans et son veau, et un taureau de 2 ans. Aujourd’hui on vend des bêtes à perte. Pour un couple, on sort 1 200 euros par mois », explique Sébastien. S’il est venu manifester, c’est pour lui, mais surtout pour sa fille : « Moi, ma fille de 16 ans est motivée pour reprendre l’exploitation. C’est l’avenir qui se joue aujourd’hui. »

Sébastien et sa fille Marion sont venus manifester place de Jaude à Clermont-Ferrand.
Sébastien et sa fille Marion sont venus manifester place de Jaude à Clermont-Ferrand. © A.Albert/FTV

10h30 : Les tracteurs arrivent en nombre à Clermont-Ferrand

De plus en plus de tracteurs arrivent à Clermont-Ferrand. La préfecture indique : "Convois en cours des véhicules agricoles sur les axes autoroutiers du département A75/A71/A89. Arrivée prévue sur l'agglomération de Clermont-Ferrand à partir de 11 heures. Adaptez votre vitesse, respectez les distances de sécurité et ne tentez pas de dépassements."

Une centaine de tracteurs venus de l'Allier et du Puy-de-Dôme se sont rejoints sur l'aire d'autoroute des Volcans. Ils se sont ensuite dirigés vers le péage de Gerzat en direction de Clermont-Ferrand. Les véhicules agricoles n'occupent qu'une seule voie, la circulation n'est donc pas bloquée. Ils devraient arriver place de Jaude vers 11h30.

"On a des revenus qui sont inférieurs à 800 euros par mois"

Pour Bruno Dufayet, président de la fédération nationale bovine, venir manifester est indispensable : « Chez les éleveurs de vaches allaitantes, on a des revenus qui sont inférieurs à 800 euros par mois. Ça parle de lui-même. Après la loi Egalim, nos revenus ont continué à diminuer. Les chiffres sont plus têtus que les discours. On a ensuite appris que pour la prochaine PAC (politique agricole commune), 250 000 euros de soutien direct à la production de vaches allaitantes allaient disparaître. On ne peut pas vivre avec aussi peu. » Il attend une forte mobilisation de la part des agriculteurs : « Quand on annonce plus de 2 000 agriculteurs et plus de 500 tracteurs, qui sont des chiffres minimums, dans un contexte où les éleveurs ont beaucoup de travail, on est très satisfaits de la mobilisation. C’est encourageant de voir qu’il y a encore des gens qui ont envie de croire en leur métier », explique Bruno Dufayet. Il attend désormais des actions « concrètes » et une « prise de conscience » des pouvoirs publics.

"Je fais entre 80 et 100 heures par semaine et je n’arrive même pas à vivre dignement de mon métier "

Rémi James, un éleveur bovin de 26 ans installé près de Saint-Gervais-d’Auvergne, a prévu de venir manifester ce jeudi. Cette année, il n’est pas parvenu à se sortir un salaire. « Je n’ai eu aucun revenu sur l’exploitation. Si on n’a pas un conjoint ou quelqu’un pour nous nourrir, ça devient très compliqué. C’est catastrophique, je fais entre 80 et 100 heures par semaine et je n’arrive même pas à vivre dignement de mon métier », regrette Rémi James. Il est très inquiet : « Je suis obligé d’aller manifester. Une exploitation, ce n’est pas une vanne qu’on peut fermer comme ça. Même si on sait qu’on perd des sous, on est obligé de continuer à nourrir nos bêtes. D’ici 2 ou 3 ans, si rien n’est fait, si l’orientation politique de la PAC reste inchangée, énormément d’exploitations fermeront en France. Tous mes ancêtres ont travaillé pour faire prospérer la ferme, je ne veux pas être la génération qui la perdra », ajoute Rémi James.

Alors, il va manifester pour lui-même et pour tous les autres agriculteurs qui connaissent des difficultés financières : « En agricole, maintenant, on ne voit pas beaucoup de domaines où les gars s’en sortent. C’est quand même malheureux de se lever tous les matins en se disant qu’on va perdre de l’argent. On a travaillé comme des chiens pour agrandir le cheptel, pour faire vivre l’exploitation et faire du bon boulot. Quand le gars bosse, qu’il tient son exploitation de sa famille, il ne veut pas avoir la honte d’être celui qui a fait couler la société ».

Un important dispositif policier est mobilisé pour encadrer cette manifestation, comme l'indique la police sur son compte Twitter :

Sur son compte Twitter, la FNSEA du Cantal a publié une vidéo. Le syndicat explique que les tracteurs de Haute-Loire et du Cantal se sont rejoints en convoi sur l'A75.

 

Le trafic routier perturbé

Les conditions de circulation risquent d'être perturbées sur plusieurs routes du département mais aussi des départements limitrophes (Allier, Cantal). Les tracteurs sont partis de :

" Comme beaucoup de mes collègues éleveurs ce matin je quitte ma ferme de bonne heure pour rejoindre Clermont-Ferrand avec mon tracteur", raconte Cédric, agriculteur, sur son compte twitter. 

Selon la préfecture  du Puy-de-Dôme, des perturbations sont attendues sur les axes suivants : autoroute A89 Est, route nationale RN89, route départementale D941. La circulation est également difficile sur les autoroutes A71 et A75 à l’approche de Clermont-Ferrand. Il est recommandé par l’APRR de choisir un autre itinéraire ce jeudi matin entre 7 et 10 heures et cet après-midi à partir de 15 heures. Vous pouvez suivre les conditions de circulation en temps réel grâce à la carte ci-dessous. 

A Clermont-Ferrand, les axes concernés par la manifestation sont, selon la préfecture, les principales artères menant au centre-ville de Clermont-Ferrand : avenue Edouard Michelin, boulevard Lafayette, boulevard Desaix, avenue de l’Agriculture, sortie A71 Brezet, avenue du Brézet, avenue Raymond Bergougnan, boulevard Berthelot, Avenue Julien, la Baraque Orcines notamment. Des restrictions de stationnement place du 1er Mai et à proximité immédiate de la place Jaude sont en vigueur jusqu'à 19 heures ce jeudi.

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