Grève et manifestation du 23 mars à Clermont-Ferrand : "Ce n’est pas la foule, c'est le peuple en colère"

A Clermont-Ferrand, selon les syndicats, plus de 50 000 personnes ont manifesté contre la réforme des retraites, ce jeudi 23 mars. Ils étaient 13 500 selon la police. Retrouvez les temps forts de cette manifestation.

Au lendemain des déclarations d’Emmanuel Macron qui ont fait bondir l’opposition et les syndicats, jeudi 23 mars, une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites est prévue. A Clermont-Ferrand, pas moins de 11 syndicats appellent à défiler : la CGT, la CFDT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, l’UNSA, la FSU, Solidaires, l’UNEF, la FedEA et la Voix lycéenne. Le cortège de la manifestation est parti à 10h35 de la place du 1er Mai. Retrouvez les temps forts de cette manifestation.

13h15

Les prises de paroles des organisations syndicales ont commencé. Frédéric Bochard, secrétaire départemental FO, annonce "plus de 50 000 manifestants" à Clermont-Ferrand : "Ce n’est pas la foule, c’est le peuple en colère !". La police évoque une participation de 13 500 personnes.

Frédéric Bochard continue : « Là où Macron ne voit qu’une foule, nous sommes les travailleurs et les jeunes organisés avec les organisations syndicales. Nous disons à Macron que la motion de censure c’est nous par la grève ». A la tribune, Ghislain Dugourd, secrétaire départemental de l’UD CGT, ajoute : « C’est un spectacle consternant que nous a offert hier à 13 heures le bon roi Macron, usant et abusant de rhétoriques toutes plus condescendantes les unes que les autres ». 

12h55

Les manifestants continuent de converger vers la place de Jaude. Parmi eux, Serge Lagane, secrétaire départemental de la FSU territoriale, souligne : « On est toujours là. Cette mobilisation ne faiblit pas. J’ai l’impression qu’elle remporte un peu plus d’adhésions face à ce gouvernement qui nous considère avec un profond mépris. Ils vivent dans une bulle et ne voient pas ce qu’il se passe dans la rue. Tant qu’il y a du monde, on continue. On souhaite une convergence des luttes. Il faut se dresser et résister. Je trouve plaisants les rassemblements à 18 heures devant la préfecture. C’est de l’éveil citoyen. La révolution ne s’est pas faite avec des confettis. C’est évident qu’il y a des gens qui vont casser mais comment maîtriser ça ? On est impuissants face à ça ». 

Des députés de la NUPES du Puy-de-Dôme étaient également au cœur de la manifestation.

12h25

Le cortège est arrivé place de Jaude.


12h00

Parmi les slogans affichés, on peut trouver : « L’eau bout à 100°C. Le peuple à 49.3 », « Moins de rois, plus de galette » ou encore « A 20 ans, au boulot. A 60 ans, au repos. Non à la réforme des retraites ». 

On peut aussi lire sur cette affiche une parodie du succès de Dalida : « Il venait d’avoir 60 ans. C’était le plus bel argument de sa retraiiiiiiteuh ».

Pour la neuvième journée, les syndicats affichent plus que jamais leur unité, face à une réforme jugée "injuste".

L’ambiance reste bon enfant. Le cortège avance à bon rythme vers le centre-ville. Des slogans sont chantés de temps à autres. On trouve une grande mixité au sein du cortège : des retraités, des jeunes, des salariés et même des enfants.

11h45

D'après Frédéric Bochard, secrétaire départemental FO du Puy-de-Dôme, il y aurait "entre 25 et 30 000 manifestants", d'après une première estimation. Mercredi 15 mars, ils étaient près de 12 000 à manifester selon les syndicats, 6 500 selon la police.

Adeline et Mathéo ont 22 et 23 ans. Ils sont apprentis. Ils indiquent : « On n’est pas là que pour les retraites. Il y a un ras-le-bol général. Il y a tellement d’injustices qui sont commises par le gouvernement. Ils sont dans un autre monde. Entre crever dans la rue ou crever du boulot, cela ne change pas grand-chose. On va se battre jusqu’à la fin pour défendre nos droits. Il y aura d’autres actions. On verra comment les politiques réagissent. S’il faut monter à Paris, on montera à Paris. C’est le combat d’une vie. On ne va pas se laisser écraser comme cela. A Paris, la violence est dingue. L’utilisation de la police pour faire régner l’ordre monte les petites gens entre elles. La violence de la police n’est pas légitime mais celle des manifestants l’est davantage. Les manifs pacifiques ne fonctionnent pas ».

11h15

Le cortège passe le long du lycée Blaise-Pascal. Les manifestants invitent les jeunes à les rejoindre. Une dizaine de jeunes ont placé des poubelles devant l'entrée de l'établissement.

Dans le cortège, les visages sont assez fermés mais la motivation semble là : les manifestants tapent des mains à l'appel de l'animatrice de la CGT.

11h00

David, délégué syndical d’une entreprise du bâtiment, est convaincu qu’il ne s’agit pas de la dernière manche : « Si on ne se mobilise pas, on n’aura aucune chance de faire retirer la réforme et de faire reconnaître nos revendications. Il y a beaucoup de gens dans la rue, beaucoup de gens mécontents. J’espère que cela continuera et qu’on sera entendus. La rue peut donner son opinion. Dans des pays, ça change quand il y a de la casse. Si c’est ce que le gouvernement veut, il en sera responsable. Si on n’écoute pas le peuple, on prend des risques. Cela ne sera pas la dernière manifestation, les gens sont mobilisés, ils sont en colère ». 

10h35

Les manifestants commencent à défiler et à quitter la place du 1er Mai.

Une dizaine de véhicules Enedis se sont glissés dans le cortège de la manifestation.

10h30

Alors que le cortège n'est toujours pas parti, Betty, 57 ans, maîtresse en maternelle, explique : « Je me dis que si Macron ne nous entend pas, malgré tous ces gens dans la rue, c’est peut-être qu’il faut aller ailleurs, ne pas sortir sous les bannières des syndicats et des partis politiques, mais en tant que citoyens consommateurs. Notre pouvoir est là, en ne consommant pas ce que produisent les gros profits. Je ne suis pas pour des actions violentes parce que cela ne règle rien. Ici, les manifestations se sont toujours faites tranquillement. J’espère que les gens ne vont pas se rabattre sur la violence car cela ne sert à rien. On peut avancer autrement, ensemble ».

10h00

Caroline, 36 ans, est coiffeuse à domicile et AESH (accompagnant d’élève en situation de handicap) en même temps. Elle manifeste ce jeudi pour la première fois contre la réforme des retraites : « Je me rends compte des gros soucis de l’Education nationale. Je me dis que pour les pauvres enseignants, aller jusqu’à 67 ans ne va pas être possible. Avec le recours au 49.3, on a le sentiment encore une fois de ne pas être entendus. Passer par la force n’est pas très correct et c’est pour cela que je suis là aujourd’hui. On espère que le gouvernement va changer de décision. Il faut y croire mais l’espoir est mince. Je suis venue avec mon fils. Si cela devient trop violent, on partira ». 

Je ne me sens pas trop en démocratie : on ne laisse pas la parole au peuple

Lou, 19 ans

Cette étudiante ne cache pas sa colère : « Le 49.3 est totalement injuste. Je trouve ce culot un peu honteux. Quand Macron a été élu, je me suis sentie sauvée de l’extrême-droite, mais là, ça ne va pas. Je ne vais pas aux rassemblements de 18 heures car j’ai l’impression que c’est un peu dangereux. On n’est pas à Paris non plus, mais j’évite. J’espère qu’on va être entendus ».

>>> CARTE. Grève du 23 mars à Clermont-Ferrand : le parcours de la manifestation contre la réforme des retraites

9h30

Les premiers manifestants commencent à se rassembler place du 1er Mai. Parmi eux, Babette, 57 ans, éducatrice spécialisée et adhérente chez Solidaires, est arrivée de bonne heure : « C’est inadmissible, c’est un foutage de gueule pas possible. Il est impensable qu’on donne autant de notre personne toute une vie pour être considérés de la sorte. Dès que je commence à écouter Emmanuel Macron, ce n’est pas supportable. On nous inflige une maltraitance psychologique. Même si on est une majorité à ne pas l’avoir élu directement, il continue à maltraiter les gens. Ce qui nous motive c’est qu’on va peut-être arriver à le faire plier. J’espère que la manifestation va bien se passer ».

Frédéric, 42 ans, représentant du personnel FO dans une entreprise de métallurgie, est venu avec son fils de 5 ans. Lui aussi est arrivé tôt : « Je suis très déçu de notre gouvernement. On ne pensait pas qu’on en arriverait là. Il va falloir durcir le mouvement pour que les gens comprennent qu’on ne pourra pas travailler jusqu’à 64 ans dans certains domaines. Bloquer la France est une bonne solution mais financièrement, c’est difficile pour beaucoup de personnes. On va essayer de trouver des solutions pour que tout le monde puisse participer à son échelle. Je suis assez choqué par les propos d’Emmanuel Macron, qui sont individualistes. Il y a 70% des Français qui sont contre cette réforme et lui n’attend qu’une chose, que la réforme passe, pour défendre le budget du pays. Il y a sans doute d’autres moyens d’améliorer les choses ». 

Voici le parcours de la manifestation.

Des syndicats galvanisés

A la veille de cette journée d’actions, les organisations syndicales étaient plus que jamais déterminées. Frédéric Bochard, secrétaire départemental FO, indiquait : « Je constate que depuis jeudi dernier avec l’annonce du 49.3 et le rejet de la motion de censure, des manifestations se déroulent, des blocages se font. La grève se développe, en particulier dans les raffineries, dans les ports, chez les éboueurs. Il y a plein d’endroits où se tiennent des réunions, des assemblées générales. Depuis le 19 janvier, la lutte a commencé et ne pourra cesser que par le retrait de la loi Macron-Borne-Dussopt ». Valérie Guillaume, secrétaire générale adjointe CFDT Auvergne-Rhône-Alpes, ajoutait : « Il y a une mobilisation prévue jeudi. On fait en sorte en intersyndicale d’être fortement mobilisés, pas seulement dans la rue mais aussi en entreprise. On souhaite le retrait de la réforme. C’est notre objectif ». Ghislain Dugourd, secrétaire départemental UD CGT du Puy-de-Dôme, insistait : « Je ne pense que son intervention va calmer la colère de la rue, au contraire. Il faudra que le gouvernement en porte les responsabilités. Avant de parler de bordélisation du pays ou de désordre lié à la contestation, il faut chercher le responsable du désordre. On pense que c’est Macron et son gouvernement. La lutte continue. On va faire en sorte de faire que jeudi soit une puissante journée de grève et de mobilisation. On se pose déjà la question de la reconduction. On sait que ce n’est pas sur une journée que les choses risquent de changer ».