Les stations de ski du Puy-de-Dôme se défendent après le rapport alarmiste de la Cour des comptes

Le 6 février, la Cour des comptes a publié un rapport sur les stations de montagne face au changement climatique. Le rapport examine comment les stations de montagne ont été affectées par le réchauffement climatique et évalue leur niveau d'adaptation à ces changements. Deux stations d'Auvergne sont épinglées.

Mardi 6 février, quelques jours avant les vacances de ski, la Cour des comptes a publié un rapport. Dans ce dernier, le message est plutôt clair : si toutes ne vont pas mourir, une grande partie des stations de ski va voir son équilibre bouleverser, face au réchauffement climatique. Pour réaliser ce rapport de 147 pages, un audit a été réalisé un an auparavant, auprès de 42 stations de tous les massifs.

Le constat que l’on retrouve dans ce bloc de feuilles, c’est que le modèle du ski français "s’essouffle". En cause, la baisse de l’enneigement, mais aussi du nombre de skieurs, sans oublier les coûts des remontées mécaniques.

Faible enneigement et neige de culture

Dans ce rapport, deux stations d’Auvergne sont épinglées : Super Besse (Puy-de-Dôme) et Mont-Dore (Puy-de-Dôme). La première, pour son recours à la neige de culture, et la seconde, pour son faible enneigement.

Contacté, Vincent Gatignol, directeur de la station de Super Besse, confie ne pas être surpris par ce rapport, mais estime qu’il ne reflète pas la réalité aujourd’hui. Il est vrai que, si on regarde sur un plan, la station dispose de 150 canons à neige, avec la capacité de pouvoir enneiger 50 % du domaine skiable. Mais Vincent Gatignol, tient à préciser une chose : "Je n’ai pas l’usine à neige ni la retenue d’eau nécessaires pour pouvoir enneiger 50 % du domaine. En réalité, on en utilise 30 et on recouvre grand maximum 25 % du domaine. Notre stratégie est plutôt d’enneiger en couche épaisse sur des zones précises et chercher à pérenniser l’enneigement pour pouvoir faire une saison."

Cette technique est d’ailleurs la même du côté de la station du Mont-Dore. Christophe Boivin, directeur de la station, explique si avant, la stratégie était de couvrir un maximum de m2 aujourd’hui, l’objectif est d’avoir un maximum d’épaisseur afin de garantir un enneigement, même s’il y a du redoux ou de la pluie. "De par nos capacités de volume d’eau, on a opté pour concentrer notre neige de culture selon les périodes et les zones. Nous, notre objectif est de concentrer nos dépenses et notre consommation d’électricité pour faire de la neige de culture, et maximiser l’épaisseur de la neige." Cependant, il tient à souligner qu’en cette année 2023, ils sont excédentaires, avec une pluviométrie jamais atteinte depuis 1991.

Un équilibre d'exploitation délicat 

Il tient à souligner un autre aspect abordé dans le rapport, qui indique que la station est "fortement déficitaire" du fait de ne pas être en capacité d’atteindre l’équilibre d’exploitation. "Si on regarde sur une décennie, oui. Mais depuis trois ans, nous ne sommes pas déficitaires. On a su gérer au plus juste nos dépenses. C’est un équilibre délicat et incertain, et il y a 20 ans, on était sûr de l’avoir cet équilibre d’exploitation et on était sûr d’être excédentaires."

Mais Christophe Boivin est conscient de la réalité, et depuis plusieurs années, il a déjà fait le choix de proposer des activités quatre saisons en parallèle du ski. "On sait qu’on est limité au niveau de la production de neige de culture car la prise d’eau est réduite. On connait nos capacités d’enneigement et on ne peut pas aller plus loin. Donc le choix facile à faire et la décision facile à prendre."

Et pour lui, le mois de février qui arrive sera déterminant. "Fin février, on aura des réponses et on verra la tendance et le souhait des clients. Si au Mont-Dore, je vois mes clients prendre la voiture pour aller skier à Super Besse… Voilà. Mais s’ils restent ici, ça voudra dire qu’on aura pris la bonne décision. Mais même si l’état d’esprit des personnes évolue, la priorité reste au ski. C’est progressif, il faut du temps."

Mais le cas sera le même du côté de Super Besse. Pour Vincent Gatignol, ce mois de février est "un cas d’école". "On a un enneigement réduit, on proposera des activités quatre saisons… On va être dans le futur de ce qui atteint les stations de moyenne montagne. Et on aura la réponse, on saura si le client est venu, s’il est satisfait, et quelles activités il aura faites.". La station de Super Besse compte actuellement neuf pistes d’ouvertes, contre quatre au Mont-Dore.

Les remontées mécaniques, un gouffre financier

Et tous les deux s’accordent aussi à dire que ce qui pèse dans cet équilibre d’exploitation, en plus de la baisse de l’enneigement, ce sont les remontées mécaniques. De plus en plus performantes, les coûts d’entretien sont de plus en plus élevés. "C’est là qu’est la problématique. Ce sont les deux en parallèle. Des hivers sans neige, il y en a eu plein, mais les remontées mécaniques étaient simples avec un coût d’entretien faible", souligne Christophe Boivin. Pour lui, la solution à envisager, est peut-être de revenir au téléski, de "revenir un peu en arrière".

Et Vincent Gatignol est forcément d’accord avec ce constat. "On a à peu près l’équilibre, mais la maintenance des remontées, c’est un gros morceau des dépenses. Ce sont des frais fixes". Car même si l’enneigement n’est pas bon, même si les remontées ne tournent pas, les contrôles, eux, doivent être faits et les pièces doivent être changées. "Les solutions pour l’avenir, ça serait de réduire le nombre de remontées, de réduire ou de maintenir au plus juste la production de neige de culture…"

Rendez-vous donc au moins de mars, pour voir quel chemin les deux stations de ski vont prendre et quelles sont les habitudes des clients. 

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