Fin de la gratuité de la fac : en Auvergne, les propos d’Emmanuel Macron passent mal

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Mi-janvier, le président de la République, Emmanuel Macron, a proposé une réforme systémique de l’université, en la rendant plus professionnalisante et payante. Une prise de parole qui a choqué les organisations étudiantes en Auvergne.

Des déclarations qui ont mis le feu aux poudres. Mi-janvier, le président de la République s’est exprimé en clôture du congrès de France Universités – nouvelle appellation de la Conférence des présidents d’université dévoilée à l’occasion des cinquante ans de l’association. Emmanuel Macron a notamment déclaré : « On ne pourra pas rester durablement dans un système où l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants, où un tiers des étudiants sont considérés comme boursiers et où, pourtant, nous avons tant de précarité étudiante, et une difficulté à financer un modèle beaucoup plus financé par l’argent public que partout dans le monde ».

"Un vrai changement de paradigme"

Pour les associations étudiantes d’Auvergne, ces propos passent mal. Ainsi, Mayke Fustier, présidement de paradigme. On avait déjà eu énormément de mesures qui allaient dans le sens d’une université de moins en moins accessible, comme par l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers ou par la mise en place de la sélection avec Parcoursup. Le président remet en cause tous les fondements de notre système universitaire. C’est choquant et on va s’y opposer ».

"L’université est déjà payante pour deux tiers d’entre nous"

Il ajoute : « Le couple entre Parcoursup et la réforme du bac fait que les classes populaires ont encore plus de barrières pour accéder à l’université. Si on augmente les frais d’inscription, si on augmente la CVEC (contribution vie étudiante et de campus, NDLR), qui est un impôt étudiant, cela met des barrières également. De plus, si les étudiants n’ont pas d’aides à côté pour pouvoir se focaliser sur leurs études et ne pas avoir à travailler comme c’est le cas pour la moitié d’entre eux, cela rajoute des difficultés. Plus ça va, plus ça va coûter cher et exclure des étudiants de l’enseignement supérieur. L’université est déjà payante pour deux tiers d’entre nous ».

"Un droit constitutionnel en danger"

Même son de cloche pour la Fédération des étudiants d’Auvergne. Véronica Oltéanu, présidente de la structure, indique : « On était assez surpris car on ne s’attendait pas à ce genre d’annonces, encore moins en période de crise sanitaire. On s’est dit que c’est inquiétant parce que ce ne sont pas des annonces officielles mais quand on se rend compte que certains présidents d’universités soutiennent ce genre de propos, on se dit que ce droit pourtant si constitutionnel, d’avoir accès à l’enseignement supérieur, est peut-être en danger ». Elle poursuit : « Ces propos ont choqué et inquiété notre fédération. Quand il évoque de privatiser l’enseignement supérieur c’est problématique. On va avoir des difficultés au niveau des universités pour gérer les budgets. Ca va augmenter les droits d’inscription. Ce sont déjà des frais que les étudiants n’arrivent pas à couvrir et à cela s’est ajoutée la crise sanitaire ».

"Des propos relativement ambigus"

De son côté, Mathias Bernard, président de l’Université Clermont Auvergne, s’interroge sur la pertinence des déclarations d’Emmanuel Macron : « Les propos du président de la République ont été relativement ambigus, il n’a pas annoncé la fin de la gratuité et il a dit qu’il fallait se poser un certain nombre de questions. Il n’a pas dit qu’il allait augmenter les droits d’inscription. Dire que l’enseignement supérieur n’a pas de prix ce n’est vrai car être étudiant ça coûte, même si les droits d’inscription sont modiques voire symboliques. A l’UCA c’est 170 euros par an pour un étudiant de licence. Mais on sait qu’il y a le logement, la restauration, les frais liés à la formation, les stages qui peuvent générer des coûts. On voit aujourd’hui que la moitié de nos étudiants doivent travailler à côté de leurs études ».

La question du financement des universités

Mathias Bernard pointe du doigt d’autres approximations : « Je trouve que ces propos ne correspondent pas à la réalité. Dire que le modèle français est plus financé par l’argent public que partout dans le monde est aussi faux. En Allemagne, l’université est plus financée par des fonds publics qu’en France : c’est 85 % là-bas et 78 % chez nous. Quand on évoque tous les pays d’Europe du Nord, c’est encore plus élevé. Dans ces propos, il y a des constats biaisés voire exagérés. Il me semble qu’il a posé une bonne question, celle du sous-financement des universités françaises. Mais la réponse qu’il évoque, avec la remise à plat de la problématique des droits d’inscription, des aides sociales, car il parle des bourses, n’est pas une réponse qu’on attend au niveau des présidents des universités ». Le président de l’Université Clermont Auvergne insiste : « On est un grand nombre à tenir à ce que l’université reste ouverte à tous, et soit un élément de démocratisation et d’ascenseur social. Il faut garder à l’esprit cette notion de service public, d’égalité d’accès et d’égalité des chances ».

Ces déclarations semblent être celles d’un président quasi candidat. Pas sûr pour autant que le thème du financement des universités soit repris par l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle pendant la campagne. La ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a assuré mardi 18 janvier à l'Assemblée nationale qu'Emmanuel Macron n'avait "pas parlé une seconde d'augmenter les droits d'inscription".