Ils ne peuvent pas voter mais veulent s’exprimer : des lycéens sont dans la rue à Clermont-Ferrand

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Au lendemain du débat qui a opposé Emmanuel Macron à Marine Le Pen, les lycéens se sont à nouveau mobilisés devant le lycée Jeanne d’Arc à Clermont-Ferrand. Mineurs et ne pouvant accéder aux urnes, ils voulaient quand même se faire entendre et exprimer leur hostilité au Front National.

Ils ont seize ou dix-sept ans et ne pourront pas voter le 7 mai. Quand ils entreront dans la vie active, le président en place sera celui ou celle élu dimanche. Pour exprimer leur désarroi face à l’éventualité de démarrer leur vie d’adulte dans un pays aux mains du Front National, ils n’ont qu’un moyen d’action : descendre dans la rue.

Les deux cents lycéens rassemblés devant les portes de Jeanne d'Arc à Clermont-Ferrand insistent sur le fait qu’il s’agit d’une mobilisation lycéenne et pas d’un blocus : ceux qui veulent entrer au lycée le peuvent : on ne veut pas empêcher les terminales de travailler pour leur bac.

Aurélie, Selma, Isée ou Aaron sont en seconde ou en première. Des adolescents ordinaires, plutôt bons élèves. Certains d’entre eux sont déjà descendus dans la rue l’an dernier contre la loi travail mais pour la plupart c’est une première mobilisation. Ils sont calmes et plutôt réfléchis. Ils discutent entre eux plutôt que de s’exprimer par slogans tous faits. Plus que leur colère, on ressent surtout leur malaise face à une situation contre laquelle ils ne peuvent rien.

On n’a pas la possibilité de s’exprimer par le vote, on veut se faire entendre, les candidats vont faire des choix pour nos études, pour notre futur.

Leur avenir. C’est ce qui les inquiète. Si Marine Le Pen passe, c’est l’inconnu.
Colette est en première Abibac (elle passe le bac français et son équivalent allemand) elle voudrait bien poursuivre son cursus à l’étranger. Isée veut être danseuse. Que vont devenir les artistes ? D’autres n’ont pas encore choisi mais ont devant eux le champ des possibles. Pour l’instant. Tous frais émoulus de leur programme d’histoire, ils croient en l’Europe même s’ils la trouvent imparfaite. Ils se sentent impuissants. Les adultes vont décider pour eux et ils ne les trouvent pas assez mobilisés :
Là, c’est Le Pen au deuxième tour quand même ! En 2002, les gens étaient dans la rue et là, il n’y a que nous…



Emmanuel Macron est loin de susciter chez ces jeunes gens un véritable engouement. Mais ils sont viscéralement contre le Pen et la plupart déplorent le vote blanc ou l’abstention. Une banderole affichant " ni Le Pen ni Macron " est repliée devant la demande de la majorité. Les discussions s’engagent :
- Si j’avais dix-huit ans, je voterai Macron par défaut...
- Pas moi. Je crois que je voterai blanc.
- On ne veut pas de Le Pen, on ne veut pas de Macron mais il faut bien faire un choix. Le vote blanc ou l’abstention, ça profite à Marine Le Pen.
- Il faudrait reconnaître le vote blanc!

- Oui mais pour l’instant, il n’est pas reconnu. Moi si j’avais dix-huit ans j’irais voter Macron et j’irais manifester après. C’est un rassemblement contre le Front National et pas pour le ni-ni.

Angel, seize ans, est le seul engagé dans la politique. Avant le premier tour, il était porte-parole du mouvement Les jeunes avec Hamon. Pour lui, c’est clair, Marine Le Pen n’est pas un avenir pour la France : Macron c’est pas terrible mais c’est moins pire…

Ces jeunes gens concernés par la politique se sont couchés tard hier mercredi et ils ont une petite mine. Manque de sommeil ou consternation ? la plupart d’entre eux ont regardé le débat opposant Marine Le Pen à Emmanuel Macron.
Selma a trouvé la candidate du Front National agressive : elle voulait pousser Macron à sortir de ses gonds. Pour Angel, face à Le Pen, le candidat d'En Marche a réussi à gérer : j’avais peur mais il a su répondre avec intelligence.
Oui, il a balancé des bonnes petites punchlines conclut Selma dans un rire.
Car derrière l’engagement, l’insouciance n’est jamais loin. Les commentaires fusent sur ce débat. Comme leurs aînés, ils l’ont trouvé déplorable : cour de maternelle, muppet show…

Entraînés par cette présidentielle dans des considérations d'adultes en devenir, ils trouvent que leurs parents ne les prennent pas assez au sérieux.
Hier, je me suis fait engueuler : "ça sert à quoi de manifester ? tu n’as que seize ans!"
Oui je n’ai que seize ans mais je suis une femme. Marine Le Pen, elle utilise sa féminité pour faire passer des messages contre les femmes. C'est la pire candidate pour le droit des femmes. Elle dit qu’elle va laisser le droit à l’avortement mais je suis sûre qu’elle est contre…
Colette a le soutien de ses parents : je suis une élève sérieuse et ils le savent. On n’est pas là pour faire péter les cours mais parce qu’on a des idées. Si je ne pouvais pas manifester, je me sentirais baillonnée.
Sacha et Eléonore, descendus du lycée de Chamalières pour soutenir leurs camarades renchérissent. Eux aussi sont de bons élèves. Ils n’ont pas l’habitude de manifester mais là, ils se sentent concernés : on peut mettre en suspens deux heures de cours contre le FN et ses idées.

Ils n’ont pas encore le droit de vote mais une conscience aigüe du devoir de citoyen.
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