Montagne. Le Sancy dans la tourmente : ce pays où la neige tombe de travers

C’est le point culminant du massif Central. Le Sancy, du haut de ses 1885 mètres, incarne l’Auvergne. On dit qu’il s’agit de moyenne montagne… Mais rien n’est moyen ici ! Tout est puissant, impressionnant...

Et c’est ce qui plaît aux amoureux de cette montagne aux multiples facettes comme Alexandre, Robin et Patrice. Ce jour-là, la météo avait annoncé de la neige et un vent fort. Rien d'inquiétant, c'est l'hiver. Mais se confronter aux colères du Sancy est une expérience en soi. Un véritable blizzard que je n'avais jusqu'ici connu qu'au Québec lors des fameuses "poudreries", cette neige pulvérulente balayée par le vent, qui forme des congères et rend la conduite pour le moins délicate. Mais hors du véhicule, c'était encore pire : le vent hurlant nous empêchait de nous tenir debout et nous collait à la barrière de sécurité. Nous n'étions qu'à 1450 mètres d'altitude, en route vers le col de la Croix Morand.

"Ça n’est pas si exceptionnel que ça", explique le météorologue Alexandre Letort.

Le Sancy est le premier haut-relief lorsque le vent et les perturbations arrivent de l’Atlantique. Il force la masse d’air à s’élever d’un coup sur ses pentes. Cela provoque d’un côté des précipitations abondantes, et de l’autre un tourbillon venteux particulièrement spectaculaire.

Alexandre Letort, météorologue

Ainsi va la vie au Sancy

Pour se faire une image : il suffit d’observer un rocher au milieu d’une rivière. Contre le courant, l’eau s’élève devant l’obstacle assez régulièrement. Mais à l’opposé, les remous sont importants et désordonnés. Ainsi va la vie au Sancy : la taille modeste de la montagne n’empêche en rien un climat déchaîné lorsque les conditions sont au rendez-vous. Sur le versant opposé au courant océanique : la neige ne tombe jamais droit. C'est contre-intuitif, mais souvenez-vous du caillou au milieu de la rivière... D’où les nombreux piquets disséminés tout au long des routes. Ils ne servent pas à signaler les dangers, mais à trouver l'asphalte lorsqu’elle est recouverte par les congères ! Les gens du pays le savent et bien peu se servent de parapluie. À quoi serviraient-ils lorsque rien ne tombe droit ?

Ici, chaque versant possède son propre climat

Alexandre est passionné de météo et fin connaisseur de celle, très complexe, du Sancy. "Ici, chaque versant possède son propre climat. Entre les soulèvements orographiques à l'ouest et le versant foëné à l'est : il n'est pas rare de passer du simple au quintuple en matière de précipitations. C'est ce qui fait tout le charme et toute la difficulté de la prévision fine dans ce massif. Les gens d'ici le savent, mais pour les vacanciers, c'est souvent une surprise".

Pour preuve : le jour de notre rencontre, il neigeait fort sur la Banne d'Ordanche au nord ouest, alors qu'un vent tourbillonnant soulevait la neige dans un ciel bleu à quelques kilomètres seulement à vol d'oiseau. Le même jour, à la même heure, on peut passer d'un temps gris et neigeux à un temps sec, mais tempétueux, voire parfois à un temps calme et ensoleillé. De quoi attiser les appétits des chasseurs d'images.

Patrice Villeméjane est un "hivernophile maniaco-compulsif" assumé. En clair : cet amoureux des temps puissants ou spectaculaires a trouvé ici de quoi satisfaire son addiction photographique. Tel le cinéaste animalier capable d'attendre plusieurs jours le rut d'un phacochère de passage pour en faire la bonne image, lui peut rester posté des heures sur un col glacial en attendant que la fameuse "mer de nuages" monte ou descende pour photographier cet univers d'océan virtuel qui transforme chaque sommet en île... Une passion dévorante qui demande patience et abnégation... "Combien de fois, j'ai gravi la montagne pour me retrouver en plein brouillard, alors que je cherche à le dépasser pour, justement, immortaliser cet océan de nuage qu'il forme dans les vallées. Plus que jamais, l'art de la bonne photo est lié à celui d'être au bon endroit au bon moment". Patrice avoue ne rien laisser au hasard et pour aiguiller ses pas et ses sorties, il compte sur les prévisions de son ami Alexandre. "Même si j'ai fait des mers de nuages ma spécialité : tous les temps puissants m'inspirent. En hiver, le moindre détail qui sort du brouillard, la moindre forme sculptée par le givre peut être une source d'inspiration et de satisfaction." L'hiver ne le déçoit jamais. Le Sancy non plus.

Cette montagne est un monde en soi

À quelques encablures de Clermont-Ferrand. Robin Bar est un ancien alpin déraciné au pied du Sancy, dont il a appris depuis les codes et les secrets. "Ici, tout est possible. De la pire tempête au bleu immaculé, de l'escalade au ski extrême, de la randonnée familiale au bivouac sur un piton vertigineux". Il a créé "les Sancy Monkees", une association d'amoureux de sorties en montagne, et de passionnés de sensations fortes. "Pas besoin d'aller loin pour vivre tout cela, on a tout sous la main". Cet ancien Grenoblois ne regrette pas les hauts massifs alpins. "Je me souviens qu'en fonction de la circulation, on mettait souvent plus d'une heure et demie pour rallier notre point de rendez-vous en montagne. Il fallait quitter la ville et affronter les bouchons... Ici, je suis à 40 minutes du centre-ville. Et au cœur d'une réserve naturelle où la nature est immaculée, ressourçante : la vallée de Chaudefour". Pourquoi aller ailleurs ? Robin n'y a jamais songé.

Le vent s'est enfin calmé, après la tourmente des dernières heures. Le Sancy se pare d'un rayon de soleil perdu dans un ciel d'encre. Sur les routes des cols, les congères témoignent de la virulence des rafales et du froid vif. Au loin, au-dessus de Clermont : le ciel est resté bleu. Il n'a jamais plu. 

>> "Sancy, le seigneur des nuages" un magazine de 26 minutes présenté par Laurent Guillaume, réalisé par Frédéric Fiol, diffusé le dimanche 28 janvier à 12H50 dans "Chroniques d'en Haut" sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes

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