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Des naufragés du train Paris-Clermont-Ferrand racontent leur nuit de galère

Près de 300 passagers ont connu une nuit de galère jeudi 27 juin, bloqués dans un train entre Paris et Clermont-Ferrand. / © Pierre Chapdelaine
Près de 300 passagers ont connu une nuit de galère jeudi 27 juin, bloqués dans un train entre Paris et Clermont-Ferrand. / © Pierre Chapdelaine

Partis de Paris jeudi 27 juin à 17h57, les 300 passagers d’un train sont arrivés vendredi 28 juin à 8 heures à Clermont-Ferrand. Ils ont passé la nuit bloqués dans le train, à Montargis. Un voyage qui a duré près de 12 heures. Un énième retard sur une ligne en souffrance.
 

Par Catherine Lopes

Les 300 passagers du train Paris-Clermont-Ferrand qui devait partir à 17h57 jeudi 27 juin ont connu une galère dont ils se souviendront longtemps. Ils sont arrivés à destination vendredi 28 juin à 8 heures, soit avec un retard de près de douze heures sur l'arrivée initialement prévue. L’un des passagers, Pierre Chapdelaine, nous fait le récit de sa mésaventure : « Je devais prendre un train à 18h57. Mais comme le 17h57 avait du retard, j’ai eu la bonne idée de changer de train et de prendre celui qui devait partir à 17h57. Cela a commencé par une tentative de suicide à Maison-Alfort : on a perdu 2 heures et demi. Ensuite on a eu une rupture de caténaire à Montargis. Nous sommes restés 6 heures dans le train sans climatisation. Nous avons eu un transbordement à 4h30. Nous sommes finalement arrivés à Clermont-Ferrand à 8 heures ».

J’en ai connu des retards mais là j’ai battu mon record

Il poursuit : « On ne savait absolument rien. On nous a évoqué plusieurs scénarios de secours. Pendant ce temps-là, les pompiers sont passés dans les rames pour nous ravitailler en eau et savoir si tout allait bien. Une femme enceinte a été évacuée. Il y avait une bonne ambiance à bord du train. C’était épuisant, éprouvant, mais il n’y a pas mort d’homme ». « Je suis un usager régulier de la ligne Paris-Clermont. Je prends le train environ 3 week-ends par mois. J’en ai connu des retards mais là j’ai battu mon record » explique Pierre Chapdelaine. Thierry Berger, chef d’entreprise lyonnais, était lui aussi l’un des naufragés du Paris-Clermont-Ferrand. Il souligne : « Bizarrement à bord, je n’ai pas perçu d’énervement. Les gens étaient entre fatigue et lassitude. Les habitués étaient fatalistes car il y a de nombreux incidents sur la ligne ».
Ce passager ce montre un peu plus caustique sur Twitter, en affirmant : "Je viens de mettre autant de temps pour faire Paris-Clermont-Ferrand que pour aller en Chine ou en Inde".
 Il pointe du doigt un manque de communication de la part de la SNCF.

Un concours de circonstances

De son côté, la SNCF explique que le train a joué de malchance. Laurent Perrier, représentant de la SNCF, explique : « Il y a d’abord eu une tentative de suicide en gare de Vert-de-Maisons, qui a engendré un premier retard. Ensuite le train, parti avec près de 3 heures de retard a connu un gros problème électrique, avec une rupture de caténaire ». Il affirme : « Un tel retard est exceptionnel. Ce sont des choses qui n’arrivent normalement jamais. Je n’ai jamais connu cela. Il s’agit d’un concours de circonstances ». La SNCF indique que les passagers du train 5977 seront remboursés à hauteur de 200 %. 

"L'incident de trop"

 Patrick Wolff, président d’Objectif capitales, une association engagée pour une meilleure connexion du territoire clermontois à Paris, Lyon et l’Europe, ne mâche pas ses mots après cette mésaventure : « La plaisanterie a assez duré. C’est l’incident de trop. L’attitude de la SNCF et du gouvernement vis-à-vis de l’Auvergne est humiliante ». Alors que l’association tenait jeudi 27 juin sa première assemblée générale après un an de fonctionnement, son président déclare : « Clermont-Ferrand est la risée de tout le réseau. La SNCF reconnaît arriver à un point de rupture. La balle est dans le camp du gouvernement qui doit donner un calendrier précis d’affectation des travaux. Nous voulons que la ministre débloque les fonds ».
 

 Un concentré d'incompétence  et de jmenfoutisme (...) de la SNCF et de l'Etat

Unanimement, la classe politique auvergnate s’indigne, suite au retard du Paris-Clermont. En première ligne, le maire PS de Clermont-Ferrand, Olivier Bianchi réagit : « Paris-Clermont : plus de 12h…Record pulvérisé ! Mais surtout record de colère des usagers et des élus, quelques jours après des promesses de meilleur fonctionnement par l’Etat ».
 

Un communiqué de Laurent Wauquiez, président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes, explique : "Suite aux dysfonctionnements inadmissibles qui ont affecté la ligne Paris-Clermont cette nuit, avec un trajet en train de 12 heures pour relier les deux villes, dans des conditions indignes et de nature à mettre en danger la sécurité des usagers, Laurent Wauquiez, Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, demande des comptes à la SNCF. Un courrier en ce sens est adressé ce jour au président de la SNCF pour exiger des explications sur cet incident majeur et particulièrement incompréhensible".

Fréderic Aguilera, le maire LR de Vichy, s’emporte : « Je suis atterré, une fois de plus, par le mépris de la SNCF et de l’Etat Elisabeth Borne pour notre territoire. Ce n’est pas qu’un problème de moyen, c’est aussi de l’incompétence manifeste. Et dans le même temps, il y a des zozos qui souhaitent supprimer nos lignes aériennes ! ».

Autre élu à pester contre la SNCF et l’Etat : Frédéric Bonnichon, maire LR de Châtel-Guyon et élu au Conseil régional : « Concentré d’incompétence de jmenfoutisme et de stratégie scandaleuse de la SNCF et de l’Etat. On ne traiterait pas un train de bovins comme cela ».



Une ligne en souffrance

Depuis de nombreuses années, les retards sur la ligne Paris-Clermont-Ferrand s'accumulent, au grand dam des passagers. En avril dernier, l'humoriste Fabrice Eboué avait ironisé sur la liaison ferroviaire avec la capitale. Il racontait alors : "Je suis venu à plusieurs reprises en train à Clermont-Ferrand et c’est vrai qu’on hallucine. On va à Clermont-Ferrand, c’est quand même une ville que l’on connaît. On croit que l’on va y aller comme à Lyon, que ça va aller rapidement. Et puis tout d’un coup on avance très lentement c’est tout juste si il n’y a pas de la fumée qui sort de la locomotive, si vous n’avez pas le contrôleur qui a plein de suie de charbon sur le visage. Et c’est tout juste, à la fin s’il n’y a pas une attaque d’Indiens".
 

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