Près de 400 personnes seraient menacées d’expulsion dans le Puy-de-Dôme

Selon la députée Marianne Maximi (LFI), près de 400 personnes en situation irrégulières seraient menacées d’expulsion de leurs hébergements d’urgence dans le Puy-de-Dôme. Parmi ces personnes, une majorité de familles avec enfants.

Des familles sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français seront bientôt expulsées de leurs hébergements d’urgence, selon la députée Marianne Maximi (LFI). Dans le Puy-de-Dôme, quelques 400 personnes seraient ainsi concernées et se retrouveraient prochainement sans solution de logement, ce qui inquiète l’élue :  “Ça sera, à mon avis, partout dans le département. Ce sont des personnes qui bénéficient du 115 et il y a des hébergements hôteliers dans d'autres villes que Clermont-Ferrand". Il y a des familles qui ne savent pas qu’il y a des associations qui peuvent les accompagner et donc qui sont très isolées et qui se retrouvent à la rue sans soutien. C'est difficile à évaluer et à suivre.” Elle affirme qu’il y a “déjà des familles qui sont dehors, une centaine de personnes ont été déjà sorties”. Marianne Maximi dénonce “un choix politique de la préfecture”.  

Je suis très inquiète du sort de ces quelque 400 personnes qui vont se retrouver dehors dans les semaines à venir. 

Marianne Maximi, députée

La situation des enfants de ces familles interpelle particulièrement la députée : “Quel est l'objectif de cette de cette opération violente ? Parce que ça concerne aussi de très nombreux enfants ! C'est une majorité d'enfants qui vont se retrouver à la rue, tous les enfants de plus de 18 mois. Ça laisse des enfants très petits qui vont être sans solution d'hébergement. Que vont faire ces familles ? Elles vont survivre avec la solidarité des associations et des citoyens. Mais ce n'est absolument pas une perspective à la hauteur de ce qu'on devrait faire dans notre pays.” Ainsi, Marianne Maximi en appelle à la préfecture : “Je leur demande de respecter ce qu'est la loi, c'est à dire l'hébergement de manière inconditionnelle. L'hébergement d'urgence est normalement inscrit dans la loi. Le code d'action sociale et des familles dit que l'accueil en hébergement d'urgence se fait de manière inconditionnelle, sans critères de situation administrative, de nationalité. La seule question qui compte c'est la vulnérabilité. C'est normalement un des principes importants de notre droit et il est complètement bafoué depuis la loi immigration. On observe qu'ici, ça se passe de manière assez zélée.” 

Une scolarité mise en péril 

Selon elle, ces enfants sont scolarisés en France, parfois depuis de nombreuses années. Certains sont même nés sur le sol français : “Il faut entendre que ce sont des familles qui sont là depuis de nombreuses années pour certaines, des enfants qui n'ont connu que la France, que l'école publique de la République. Cela rend toute cette scolarité beaucoup plus difficile évidemment, parce que quand on dort dehors, aller à l'école après, c'est évidemment bien plus compliqué que quand on a un toit sur la tête. C'est vraiment stigmatiser et mettre encore plus de difficulté là où on en a déjà. Cette situation-là, elle créée des sans-abris de toutes pièces”, dénonce Marianne Maximi. 

Une politique “restrictive” 

La députée pointe du doigt “un contexte national” et une idée diffusée dans la société “qui est que si on a des problèmes, c'est à cause du nombre d'étrangers en France.” Elle ajoute : “Le gouvernement applique une politique de plus en plus restrictive du côté de l'accueil et ces personnes sont les premières victimes de cette politique-là, malheureusement. L''argumentaire de la préfecture est de dire, il y a trop de d'étrangers, il y a trop peu de place, ça coûte trop cher, donc on les met dehors. Le fond de l'affaire, c'est qu’on pense qu’en maltraitant les gens, ils vont repartir. Sauf qu'en fait, si les familles sont ici, si les enfants sont ici dans les écoles, notamment à Clermont-Ferrand, ce n'est pas parce qu'ils sont venus toucher des allocations familiales, mais c'est parce qu'ils ont fui soit la misère, soit la violence, soit la guerre.” 

Une “bataille politique” 

Pour l’élue, “une vraie bataille politique” est en cours aujourd'hui et notamment dans le département. “On a une préfecture qui fabrique des sans-papiers à Clermont-Ferrand, qui est extrêmement en retard dans les traitements des dossiers, qui est maltraitante parce qu'il y a des gens qui étaient en situation régulière, qui perdent leur titre de séjour, parce que la préfecture n'a pas les moyens humains de traiter ces demandes. Ces gens pouvaient être en situation de CDI et, faute de traitement de leur situation en préfecture, se retrouvent sans travail et en situation irrégulière.” 

La préfecture se défend : "S’agissant de l’aide au retour volontaire proposée aux personnes en situation irrégulière (déboutés du droit d'asile, etc.), l’État propose une solution d’hébergement d’urgence dans le cadre du dispositif de préparation au retour volontaire et les dispositifs d’accompagnement départementaux sont ainsi mobilisés, parmi lesquels les mesures mises en œuvre par l’OFII (aide logistique, aide financière ou accompagnement au projet d’insertion dans le pays d’origine, etc.) et des places d’hébergement. "

Une “crise de l’accueil” 

Pour elle, les solutions consistent à augmenter la capacité des hébergements d’urgence et de faciliter l’obtention de titres de séjour : “La question de l'immigration ne se réglera pas par la maltraitance des gens. C'est un leurre. C'est un une diversion politique qui nourrit l'extrême droite. C'est extrêmement grave. Il se passe quelque chose dans notre pays qui est très inquiétant. Il n'y a pas de crise de l'immigration. Nous avons une crise de l'accueil. Si on laisse les gens dans des situations précaires au niveau administratif, c'est à dire qu'on ne donne pas de titre de séjour, qu'on ne les autorise pas à travailler et qu'on les laisse dans des situations d'irrégularité, ces gens vont être en difficulté et il va falloir les accompagner. Si on prenait la situation à l'inverse, c'est à dire en accueillant correctement, en donnant le droit aux gens de vivre ici et de pouvoir travailler, ce sont des gens qui feraient leur vie sans être une charge pour la société, comme on essaie de leur reprocher.” Le sans-abrisme tue et a emporté en France en 2023 656 personnes dont 10 enfants de moins de 4 ans. Depuis le début de l’année 2024, on compte déjà plusieurs dizaines de victimes 

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