Puy-de-Dôme : un vigneron de Dallet condamné pour injures

Le 16 septembre 2016, une trentaine de sympathisants de Benoit Porteilla était venue vendanger avec lui une dernière fois / © Lucie Bazelle
Le 16 septembre 2016, une trentaine de sympathisants de Benoit Porteilla était venue vendanger avec lui une dernière fois / © Lucie Bazelle

Il voulait sauver sa vigne et le 16 septembre 2016, à l’issue de ses dernières vendanges à Dallet, Benoit Porteilla l'a fait savoir aux élus. Des propos qui lui ont valu d’être condamné pour injures publiques envers un dépositaire de l’autorité.

Par Valérie Riffard

C’étaient ses dernières vendanges. Pliées en vingt minutes, car les intempéries s’étaient chargé du reste. Pour l’occasion, une trentaine de personnes avaient rejoint Benoit Porteilla, un agriculteur militant installé depuis des années sur la commune de Dallet.
Ses dernières vendanges, car suite au décès du propriétaire de la parcelle d’un hectare où poussait sa vigne, il avait été averti que son bail ne serait pas renouvelé et que les ceps allaient être arrachés.
Atterrés, une trentaine de sympathisants du viticulteur venus l’aider à vendanger une dernière fois se sont alors rendu à la mairie, bien décidés à demander des explications.


« Menteur ! »


A l’arrivée du petit cortège, les élus, qui étaient en réunion, sont alors sortis. Parmi eux, René Lemerle, premier adjoint et maire par délégation en raison de l’absence, ce jour-là, du premier édile. Un homme que Benoit Porteilla a fini par prendre à partie. Ce qui a conduit ce dernier à déposer plainte, n’ayant pas apprécié de se faire traiter publiquement de "fumier", de "menteur" et de "salaud".

A la barre, Benoit Porteilla, calme et souriant, s’explique.
« Fumier, oui je l’ai dit. Mais la phrase exacte était « tu te comportes comme un fumier avec ton air arrogant », ce qui n’est pas pareil. Menteur, oui je l’ai dit aussi. Et je le réaffirme. Car ce Monsieur disait que la municipalité et lui-même faisaient tout pour sauvegarder la terre et la vigne, mais c’est faux ! Ces dernières années, la commune de Dallet a déjà perdu 40 hectares de terres agricoles !».
Quant à "salaud", le prévenu ne se souvient pas en avoir fait usage d’autant que selon lui, ce mot ne fait pas partie de son vocabulaire.

« Oui j’ai mes convictions, oui j’ai une grosse voix poursuit-il,  mais je n’ai pas voulu insulter Monsieur Lemerle. S’il c'est ce qu’il a ressenti, j’en suis désolé. Aujourd’hui, ce qui me navre c’est que des élus puissent dépenser autant d’argent pour ça. Ils ont vraiment du temps à perdre ! ».


Passion


Un point de vue partagé par son avocat, maître Geoffrey Juarez, qui estime lui aussi que ce dossier n’avait rien à faire devant la justice. « Benoit Porteilla est un petit agriculteur avec ses difficultés » a-t-il expliqué, en parlant d’un homme qui est aussi militant au sein du réseau CIVAM, le centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural.
« Il a la passion de son métier et en a une vision qu’il défend ardemment. Une vision artisanale de la ruralité que l’on veut détruire, ce qui l’a mis en colère et l’a amené à prononcer les mots qui l’ont conduit ici, des mots qu’il assume.  »

Ce qui a mis en colère Benoit Porteilla, c’est qu’il estime que la mairie de Dallet aurait pu sauver sa vigne en modifiant le PLU de la commune.  Une affirmation fermement réfutée à l’audience par René Lemerle, qui a tenu à rappeler que la parcelle avait toujours été sur une zone constructible et que si finalement les enfants du propriétaire avaient décidé de la vendre pour construire ce n’était pas de son fait.


Le poids des mots


Quoiqu’il en soit, pour maître Eliane Pitaud-Quintin, l’avocate de René Lemerle, les mots de Benoit Porteilla sont inadmissibles. « Fumier, vous savez ce que c’est puisque vous êtes paysan ! lance-t-elle au prévenu. C’est un mélange de litière et d’excréments ! Vous ne semblez pas avoir pris conscience de la force de vos propos ! » Et de poursuivre : « Menteur, c’est celui qui veut tromper. Dans notre affaire, ce n’est pas le cas ! »

En réparation à ces injures, son client a demandé un euro symbolique. Une demande de principe car ce qui lui importe, c’est avant tout de faire respecter les valeurs de la république.
Un principe cher aussi au procureur de la République Loïc Erignac, qui a rappelé qu’il est parfaitement inadmissible de « s’en prendre ainsi à un représentant de la république, avec des mots pas adaptés ».

Après en avoir délibéré, le tribunal a reconnu Benoit Porteilla coupable des insultes qui lui sont reprochées. Il a été condamné à une amende de 300 euros avec sursis et devra verser un euro symbolique à Monsieur Lemerle ainsi qu’à l’association des maires ruraux du Puy de Dôme, partie civile dans cette affaire.
A l’issue de l’audience, l’agriculteur militant a exprimé le souhait de faire appel de sa condamnation.


Benoit Porteilla et son conseil maître Geoffrey Juarez / © Valérie Riffard
Benoit Porteilla et son conseil maître Geoffrey Juarez / © Valérie Riffard

 

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