En sommeil, les volcans d'Auvergne peuvent-ils se réveiller ?

Les volcans d’Auvergne sont endormis depuis des milliers d’années. Mais ces géants pourraient-ils se réveiller un jour ? Rien d’impossible. Nous avons posé la question à un scientifique.
 
Vous avez décidé de passer vos vacances en Auvergne, à la découverte de ses superbes volcans. Mais sont-ils complètement endormis ? Dans les DOM-TOM, certains volcans sont régulièrement actifs. Parmi eux, on trouve le Piton de la Fournaise, sur l’Ile de La Réunion. En métropole, la grande majorité est située dans le Massif central, notamment au niveau de la Chaîne des Puys, près de Clermont-Ferrand. Tous ces volcans sont entrés en éruption il y a plusieurs dizaines de milliers d'années mais nous ne sommes pas à l'abri que cela se reproduise. En Auvergne, l’activité volcanique remonte à il y a bien longtemps. Cyril Aumar, doctorant au Laboratoire Magmas et Volcans de Clermont-Ferrand raconte : « Les premières manifestations volcaniques d’Auvergne remontent à environ 60 millions d’années, dans la plaine de la Limagne et la dernière date d’il y a 6 000 ans avec l’éruption du lac Pavin. L’activité volcanique a été discontinue durant ces dernières 60 millions d’années, au départ les éruptions étaient plutôt éparses et de faible intensité. A partir de 15 millions d’années et jusqu’à aujourd’hui, on assiste à la formation des grandes régions volcaniques comme le Mézenc, le Devès ou la Chaîne des Puys et des stratovolcans comme le Cantal (le volcan le plus vaste d’Europe), l’Aubrac, le Cézallier ou le Sancy avec un pic d’activité entre 5 millions d’années et aujourd’hui. La Chaîne des Puys étant la province volcanique la plus récente de France métropolitaine avec une période d’activité débuté il y a un peu plus de 100 000 ans ».

Des techniques de datation

Si les scientifiques sont si précis sur la datation de cette activité volcanique, c’est parce qu’ils ont à leur disposition plusieurs techniques. Cyril Aumar explique : « Des méthodes de datations absolues sont utilisées, on va prélever une roche sur le terrain et on étudie les minéraux qui la constitue. Certains de ces minéraux peuvent être dater et permettent de donner un âge à la roche étudiée. Dans la Chaîne des Puys deux méthodes sont utilisées, la thermoluminescence et le carbone 14, plus connues pour l’archéologie, qui permettent de dater des morceaux de bois carbonisés que l’on retrouve dans les cendres volcaniques donnant l’âge de l’éruption à l’origine de la carbonisation du bois ».

Un réveil possible ?

Se pose alors l’éternelle question : ces volcans d’Auvergne pourraient-ils se réveiller un jour ? « Ma réponse habituelle à cette question est "peut-être mais on ne sait pas". On considère un volcan comme « éteint » à partir de 10 000 ans d’inactivité, ainsi la Chaîne des Puys ne rentre pas dans cette catégorie. Des études récentes expliquent qu’il y a peut-être encore du magma sous la Chaîne des Puys mais qu’il ne peut pas remonter à la surface car il est trop visqueux. Des exemples montrent qu’il y a des provinces volcaniques que l’on considère comme éteintes qui peuvent montrer des signes d’activité comme au Ciomadul en Roumanie ou à Yellowstone aux USA. Mais à l’heure actuelle il n’y a aucun signe de reprise d’activité de la Chaîne des Puys. Donc la réponse est plutôt non aujourd’hui » confie Cyril Aumar.

Différents signes de reprise

Il précise : « Les volcans d’Auvergne sont endormis. Leur réveil est possible. Quand ? On ne peut pas savoir tant qu’il n’y aucun signe d’activité, mais c’est possible. Plusieurs indices montrent le réveil d’un volcan comme l’augmentation de la fréquence des tremblements de terre, les mouvements du sol, l’augmentation de la température du sol ou de la quantité de gaz provenant du sol. Récemment, un article a été publié sur une province volcanique allemande de l’Eifel, qui ressemble à la Chaîne des Puys. Des chercheurs américains ont montré qu’il y avait des mouvements anormaux du sol dans cette région qui pourraient correspondre à une reprise de l’activité du volcanisme. C’est une information à prendre en compte mais qui ne prouve pas avec certitude la possibilité d’une éruption dans les prochaines années. Nous sommes dans une zone où il y a quelques tremblements de terre, non perceptibles par l’homme pour la grande majorité, qui sont mesurées par l’Observatoire de Clermont-Ferrand. Si, d’avenir, il y a une augmentation d’activité sismique, on va peut-être considérer qu’il y a une possible reprise de l’activité volcanique ». Ces signes seront peut-être interprétés par les chercheurs de Clermont-Ferrand.  Car la zone est particulièrement sous surveillance. Cyril Aumar précise : « L’Observatoire de Clermont-Ferrand (OPGC) et le Laboratoire Magmas et Volcans (LMV) étudient et surveillent la Chaîne des Puys. Au LMV, plusieurs études sont actuellement en cours sur la Chaîne des Puys dont une qui visent à savoir s’il y a une réserve de magma sous la Chaîne des Puys. La Chaîne des Puys diffère des volcans actifs, il n’y a pas une surveillance aussi soutenue qu’au Piton de la Fournaise par exemple, car le risque est quasiment nul. »

Considérer l’échelle humaine

Le scientifique rappelle qu’il faut ramener ces hypothèses de réveil à l’échelle humaine, afin de relativiser. Cyril Aumar conclut : « Il y a plus de probabilités que cela reste très calme à l’échelle de l’humain, plutôt que l’on ait une éruption volcanique dans la région du puy de Dôme. A l’échelle de la vie humaine, l’échelle des temps géologiques est beaucoup plus grande. Les phénomènes volcaniques sont courts vis à vis des phénomènes géologiques mais restent très longs par rapport à l’échelle humaine. Cela pourrait arriver dans quelques années ou dans plusieurs milliers d’années. C’est très aléatoire mais on a beaucoup plus de chances de passer à côté d’une reprise de l’activité volcanique que de pouvoir l’observer. Par exemple, dans la Chaîne des Puys, il y a eu des périodes d’inactivité de 10 000 ans. Il n’est pas certains que dans plus de 1 000 ans il y ait encore des êtres humains pour pouvoir observer une éruption. On ne sera peut-être pas là pour observer la reprise de l’activité volcanique si elle se fait attendre… ».

L’idée d’une éruption volcanique n’est peut-être pas une idée saugrenue mais son observation par un être humain semble plutôt relever du fantasme. Même endormis, les volcans de la Chaîne des Puys, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, restent un véritable spectacle.
 
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