TEMOIGNAGE. Coronavirus : le chef de l’orchestre d’Auvergne raconte son confinement en Espagne

Depuis début mars, Roberto Forés Veses est à Valence en Espagne, son pays d’origine. Le directeur musical de l’Orchestre d’Auvergne nous raconte son quotidien, l’isolement imposé par le coronavirus n’empêche pas la créativité.
 

Roberto Forés Veses, le chef de l'Orchestre national d'Auvergne devant sa bibliothèque, un élément très important de son confinement chez lui à Valence en Espagne.
Roberto Forés Veses, le chef de l'Orchestre national d'Auvergne devant sa bibliothèque, un élément très important de son confinement chez lui à Valence en Espagne. © Roberto Forés Veses
Le directeur musical de l’Orchestre national d’Auvergne vit son confinement lié au coronavirus à 1000 kilomètres de Clermont-Ferrand. Roberto Forés Veses est avec sa famille à Valence, sa ville d’origine.
 

Depuis début mars il est donc en Espagne, le deuxième pays d’Europe le plus endeuillé par le coronavirus après l’Italie. Là-bas, le confinement est plus drastique qu’en France, les Espagnols ne peuvent pas prendre l’air pour se promener ou faire du sport, même une heure. Ils peuvent simplement sortir deux fois par semaine pour acheter à manger ou aller chez le médecin.

De l'ambiance aux balcons

"En mars, je devais faire des concerts au Japon et en avril à Clermont-Ferrand. Tout a été annulé, alors depuis je suis chez moi à Valence et le maximum que je puisse faire avec mon fils, c’est descendre au parking pour jouer au ballon. Bien sûr, à vingt mois il ne comprend pas la situation et il a besoin de se défouler un peu."

Comme la moitié de la population mondiale, Roberto Forés Veses ne peut s’évader qu’en se postant à sa fenêtre.
"Ici on a de la chance, de la fenêtre au loin on voit le bleu de la mer. Mais tout est désert, les rues, la plage, pas un bateau sur l’eau. On entend des mouettes et le silence. Le seul moment où les Espagnols se réveillent et retrouvent le sens de la fête, c’est le soir à vingt heures, il y a de l’ambiance aux balcons pour rendre hommage aux gens qui  soignent les autres dans les hôpitaux."

Les journées s’étirent entre musique, travail et lecture.
Pour se changer les idées, un chef d’orchestre de chambre écoute de la musique symphonique : "Le matin au réveil j’écoute Stravinsky, Rachmaninov ou Ravel. Ça me distrait parce qu’ensuite je télétravaille avec l’orchestre sur de la musique susceptible d’être programmée."

Des vidéos comme des petits cadeaux

Car bien sûr, le travail ne s’arrête pas avec le confinement et Roberto Forés Veses pense à la suite de la saison et aux nombreux concerts prévus : "L’espoir est une chose et la réalité une autre. On se projette sur le mois de juin, il y a un concert prévu le 9 aux Invalides à Paris, le festival Orchestre en Cathédrales dans toute la région Auvergne est déjà annulé, on ne sait pas quand sera notre prochain rendez-vous avec le public. Il faut pouvoir se réunir à plus de 300 personnes et penser aussi aux musiciens, ils jouent à 30 centimètres de distance ! Pour l'instant les musiciens travaillent à la maison, on lâche pas, c’est important."

Et beaucoup postent des vidéos musicales, comme autant de petits cadeaux, leur équilibre repose sur le partage de la musique.
 
Pour le chef d'orchestre, tout le monde a son rôle à jouer dans cette situation inédite : "Je suis conscient que nous ne sommes pas la partie la plus importante, bien sûr on soutient les médecins, les infirmières et tous ceux qui travaillent à l’extérieur mais on va continuer à faire de la musique."

Roberto Forés Veses est un intellectuel, alors il vit le confinement comme un intellectuel et pense que la culture peut être une aide pour mieux supporter la situation : "La culture fait revivre ce qui a été vécu et aide à relativiser. Quand vous avez appelé, j’écoutais Beethoven, j’étais plongé dans le 19 éme siècle et je lisais un livre sur Napoléon et la campagne d’Autriche. A Vienne aussi le temps s’était arrêté en 1809. Ce n’est qu’à la fin du mois de juillet qu’on permet aux bourgeois de respirer, en leur ouvrant l’accès des jardins publics et des promenades extra muros. Vous voyez, c’était comme nous. L’histoire fait revivre ce qui a été vécu, la culture nous nourrit, nous forme et nous construit. Les artistes sont des patrons de vie !"
 
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