TEMOIGNAGES. Au CHU de Clermont-Ferrand, des personnels au bord de la rupture

Au CHU de Clermont-Ferrand, une nouvelle journée d'action est prévue le 13 février prochain par les différents services hospitaliers en grève. Ils manifestaient le 14 novembre dernier à l'hôpital d'Estaing. (Photo d'archive) / © C. Da Silva / France 3 Auvergne
Au CHU de Clermont-Ferrand, une nouvelle journée d'action est prévue le 13 février prochain par les différents services hospitaliers en grève. Ils manifestaient le 14 novembre dernier à l'hôpital d'Estaing. (Photo d'archive) / © C. Da Silva / France 3 Auvergne

Au CHU de Clermont-Ferrand, plusieurs services hospitaliers ont entamé dès le mois de décembre un mouvement de grève. Manque de moyens mal-être, absence de reconnaissance, des personnels grévistes racontent leur quotidien.

Par Solenne Barlot

A Clermont-Ferrand, le mouvement de grève se poursuit dans plusieurs services. Une mobilisation aura lieu jeudi 13 février sur le parvis de l’hôpital Estaing. Infirmiers, aides-soignants mais aussi personnels de la sécurité incendie souhaitent faire entendre leur mal-être et dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail. C’est le cas de Gaëlle, infirmière dans le service de chirurgie digestive depuis 7 ans : « On soigne des personnes atteintes de pathologies lourdes et les soins prennent du temps. On fait énormément d’heures supplémentaires, souvent on ne prend même pas de pause pour manger ou aller aux toilettes. Malgré ça, on n’arrive pas à prodiguer des soins satisfaisants car on n’est pas assez nombreux ». Selon Gaëlle, infirmiers et aides-soignants de son service cumulent souvent entre 70 et 100 heures supplémentaires chaque année.

Un manque de personnel dénoncé

Le problème s’est amplifié lors de l’ouverture d’une quatrième salle d’opération début 2019. Si la nouvelle a d’abord été accueillie positivement dans le service, les personnels ont ensuite déchanté. En effet, s’il y a une salle d’opération en plus, l'infirmière déplore que le nombre de lits en réanimation et en soins intensifs reste inchangé. Ces services gardent donc les patients moins longtemps. « Ils reviennent chez nous de manière précoce, ils sont moins bien, ça nous fait une charge de travail supplémentaire car ils ne sont pas stables et doivent être surveillés davantage », explique Gaëlle, avant d’ajouter « On a demandé du personnel en plus dès le mois de mars 2019, on nous a fait comprendre que c’était nous qui étions mal organisées. On fait quasiment tous une heure supplémentaire par jour, je ne vois pas ce qu’on pourrait enlever dans notre planning pour le décharger. » Le service compte 28 infirmiers et 26 aides-soignants. Gaëlle constate que les arrêts maladie causés par l’épuisement professionnel y sont de plus en plus présents.

Des agents de sûreté incendie dépassés

Le service de sécurité incendie est également en grève. Ce métier méconnu est pourtant indispensable à la bonne marche de l’hôpital. S’il consiste normalement à faire de la prévention incendie et de la mise en sécurité, les agents sont de plus en plus sollicités pour des tâches qui ne relèvent normalement pas de leurs compétences : « On nous a rajouté la sûreté, c’est-à-dire gérer les agressions et les incivilités, mais on est aussi agents de parking, on gère les chambres mortuaires la nuit, l’attribution des clefs, on monte les plateaux repas aux internes, alors que tout ça n’est pas dans nos fonctions », regrette Eric Chastang. Agent de sécurité incendie depuis 10 ans, il est indigné par le manque de reconnaissance des risques liés à son métier : « On nous demande d’être pompiers et policiers, et lorsqu’une prime pour les agents qui subissent des agressions est accordée, nous ne sommes pas concernés, alors que lorsqu’un agent a un problème avec une personne alcoolisée ou agressive, c’est nous qui intervenons. »

Des perspectives d'évolution de carrière jugées insatisfaisantes

Le déroulement de carrière est également un point sensible dans le service : les agents sont dans la catégorie C avec peu de perspectives d’évolution au niveau du grade et du salaire. Eric Chastang s’est décidé à taper du poing sur la table : « Moi, je n’ai pas signé pour ça. Dans tous les hôpitaux c’est pareil, comme nous sommes là 24 heures sur 24 on nous fait faire n’importe quelles tâches. Par exemple, c’est à nous qu’on demande d'assurer la sécurité des enfants à la maternité ! C’est très risqué et il n’y a aucun protocole, on est livrés à nous-mêmes ». Face à cette situation, Eric Chastang a choisi de créer un comité des services de sécurité des hôpitaux de France afin de faire remonter les insatisfactions. Les agents de sécurité incendie menacent de ne plus effectuer ces tâches qui ne leur incombent pas, en cas de refus de reconnaissance des risques et de revalorisation des salaires. Sollicitée, la direction de l'hôpital n'a, pour l'heure, pas souhaité réagir.

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