Une "vague sans précédent de cambriolages" inquiète les buralistes du Puy-de-Dôme

La fédération des buralistes du Puy-de-Dôme alerte sur la multiplication des cambriolages ces derniers mois. En cause, selon elle, l'augmentation du prix du tabac qui fait des paquets de cigarettes "des produits à forte valeur".

Ils font face à "une vague sans précédent". Vingt-huit cambriolages ou tentatives de cambriolage ont eu lieu dans des bureaux de tabac du Puy-de-Dôme ces deux derniers mois, contre deux l'an dernier à la même période, selon la fédération des buralistes du 63. Son président, Vincent Charbonnel, a tiré la sonnette d'alarme lors d'une réunion avec le préfet jeudi 7 mars, afin d'alerter sur les difficultés et l'inquiétude de la profession. 

Une de ses collègues, Caroline Devessier, en a fait la double expérience. Son bureau de tabac à Pontaumur a subi une première effraction en octobre et une deuxième en janvier avec, à chaque fois, l'équivalent de 7000 euros de cartouches de cigarettes volées.

Après le premier cambriolage, la commerçante avait pourtant renforcé la sécurité de sa boutique avec l'installation, en plus de son alarme, de caméras de surveillance et d'un générateur de brouillard, censé désorienter les voleurs et les empêcher de sortir. "Mais ça ne les a pas dérangé, explique-t-elle. La gendarmerie pense que ce sont les mêmes car la deuxième fois, ils sont allés directement vers ma réserve." 

Un préjudice économique

Cambriolée deux fois en l'espace de trois mois, Caroline Devessier se dit "en colère" et "angoissée". "Toutes les nuits, je me dis que mon téléphone va sonner, que je vais encore avoir un cambriolage qui va mettre mon entreprise en péril", confie-t-elle.

Si l'assurance prend en charge le montant de la marchandise volée, les délais ont creusé un trou dans sa trésorerie. "Certains fournisseurs ont été conciliants pour me permettre de retarder mes paiements mais d'autres non. Les deux cambriolages sont arrivés coup sur coup, on n'a pas eu le temps de se refaire", raconte-t-elle. 

"Des produits à forte valeur" 

Une multiplication des vols liée, selon la fédération des buralistes, à l'augmentation du prix des paquets. "Maintenant dans les tabacs, on a des produits à forte valeur, le prix du paquet de cigarettes est à 12€ ou 12€50, et les cambrioleurs vont les revendre ensuite sur le marché parallèle", affirme Vincent Charbonnel.

Un marché parallèle illicite qui inquiète de plus en plus les buralistes, et qui impacte leur chiffre d'affaires, rapporte Vincent Charbonnel. Selon lui, l'Auvergne est particulièrement touchée à cause de sa situation géographique au centre de la France. "Quand vous êtes à côté de l'Espagne ou du Luxembourg, vous pouvez plus facilement aller acheter du tabac dans ces pays où il est moins cher. Si vous êtes à Clermont-Ferrand ou dans le Puy-de-Dôme, c'est plus compliqué", explique-t-il. Face au prix du tabac qui augmente, les consommateurs se rapporteraient donc sur le marché illicite. 

"Prendre en flagrant délit ces infractions"

A l'issue de la réunion avec le préfet, le représentant de la profession dit avoir été entendu par les autorités. La préfecture assure que les effectifs ont été renforcés, et que des agents patrouillent sur le terrain. "Dans la série de cambriolages que nous connaissons, les forces de l'ordre ont monté des équipes dédiées de police pour essayer de prendre en flagrant délit ces infractions", précise le directeur de cabinet du préfet, Jérôme Malet.

La préfecture promet aussi de prendre des mesures pour faire fermer les établissements qui vendent du tabac sans autorisation. Par ailleurs, les référents sureté de la gendarmerie et de la police seront à disposition des buralistes pour les conseiller et les aider dans la mise en place de systèmes de sécurité. 

Dans un communiqué de décembre dernier, le ministre chargé des Comptes publics, Thomas Cazenave, parlait de "l’ampleur inédite prise par le marché parallèle du tabac". Selon lui, en 2023 au 1er décembre, près de 503 tonnes de contrefaçons avaient été saisies par les douanes, ce qui constitue "d’ores et déjà une année exceptionnelle".   

Propos recueillis par Chloé Peltin