XV de France féminin : Jessy Trémoulière, l'agricultrice en crampons

Samedi 29 avril, Jessy Trémoulière, joueuse incontournable du XV de France féminin, prendra sa retraite internationale. Elle espère dire adieu aux Bleues de la plus belle des manières. La joueuse de Romagnat, près de Clermont-Ferrand, va se consacrer pleinement à sa ferme de Haute-Loire.

Joueuse de la décennie 2010-2020, deux Grands Chelems... Jessy Trémoulière, qui prendra sa retraite internationale après le dernier match du Tournoi contre l'Angleterre samedi 29 avril afin de se consacrer à l'élevage familial de vaches laitières, a longtemps incarné le rugby féminin. A 30 ans, l'arrière ou demie d'ouverture des Bleues (77 sélections), membre de l'équipe de France à VII aux JO-2016 à Rio, a également été championne de France en 2021 avec son club de toujours, Romagnat, dans la banlieue de Clermont-Ferrand, son "plus beau titre". Elle a été élue meilleure joueuse du monde en 2018 par World Rugby. Pendant près de vingt ans, "Jess a marqué de son empreinte le rugby féminin, résume l'ex-capitaine des Bleues Gaëlle Hermet. Et à titre personnel, elle m'a fait grandir et je l'apprécie énormément". "C'est une joueuse incroyable", renchérit la demie de mêlée Pauline Bourdon, "la bible du rugby féminin" selon le manager des Bleus Raphaël Ibanez. Orpheline de mère à 14 ans, Jessy Trémoulière pratique plusieurs sports, dont le football - qui y fera beaucoup plus tard dans son habileté au pied - et débute le rugby au lycée agricole. Rapidement repérée, elle honore sa première sélection le 29 octobre 2011.
        

"Caractère bien trempé" 

"Je ne pensais pas du tout, petite, faire une carrière dans le rugby, un milieu que je ne connaissais pas du tout, encore moins réussir à allier agriculture et rugby. Quant à me dire que grâce au sport, j'irais en Afrique du Sud ou au Brésil... J'aurais bien rigolé!", confie-t-elle à l'AFP. Or, "si je n'avais pas autant voyagé grâce au rugby, je ne serais peut-être pas devenue la femme que je suis", estime l'Auvergnate, se remémorant une rencontre avec des enfants défavorisés et handicapés de Pretoria. Sa carrière décolle dès 2014 pour atteindre son sommet en 2018. Malgré plusieurs blessures, des changements de staff, Trémoulière reste un élément incontournable des Bleues, dont elle dit que "c'est bien d'en être mais le plus dur, c'est d'y rester". Certes, "elle a un gros caractère, un tempérament bien trempé - sûrement parce qu'elle est d'Auvergne, souligne Hermet. Mais elle est aussi très attachante, toujours à la pointe de l'exigence, de la bienveillance dans un groupe, et elle souhaite qu'il s'épanouisse sur et en dehors du terrain". "Tellement de joueuses aimeraient avoir sa carrière, que ce soit à VII ou à XV. D'autant qu'elle a connu des moments très difficiles et malgré ça, elle a su revenir", explique la troisième ligne du Stade toulousain.

"Pas de regrets" 

Si elle reste licenciée à Romagnat, c'est désormais auprès de son frère aîné et de son père de 67 ans, qu'il faut "soulager", qu'elle va s'impliquer, "à 100% contre 25% avant" quand elle était sous contrat fédéral avec la FFR et jonglait entre travail à la ferme, musculation et entraînements. "J'ai envie de continuer à jouer. Physiquement et sportivement, je suis ‘dans les clous’ mais il y a des éléments extérieurs à prendre en compte", explique-t-elle simplement, avant d'ajouter : "Je n'ai pas de regrets". Il va lui falloir à présent "retrouver notre mode de vie à trois" et ses habitudes : lever à 6h00, s'occuper des veaux, nourrir les vaches, faire la traite..."Avec la Coupe du monde, j'ai été énormément absente et ça a mis un gros coup au moral à mon papa, confie-t-elle. Il a eu des soucis de santé et je n'ai pas envie qu'il lui arrive quelque chose, je veux profiter de lui parce que depuis mes 19 ans, le rugby est omniprésent chez nous". Depuis qu'elle a annoncé sa retraite, "Jessy a envie de prendre du plaisir, elle veut transmettre son expérience", conclut Hermet. "Elle a pris une toute autre dimension sur cette fin de Tournoi", acquiesce le co-entraîneur des Bleues David Ortiz. En espérant, souffle Hermet, "qu'on pourra lui offrir la plus belle des sorties" samedi 29 avril, à Twickenham, devant plus de 53 000 personnes dans le "temple" du rugby.

Ecrit avec AFP