Comment ces consommateurs du Puy-de-Dôme réussissent à faire baisser leur facture de fioul

Publié le
Écrit par Catherine Lopes
Dans le Puy-de-Dôme, des solutions existent pour effectuer des achats groupés de fioul.
Dans le Puy-de-Dôme, des solutions existent pour effectuer des achats groupés de fioul. © GAETAN BALLY / MAXPPP

Gaz, électricité, essence...depuis début octobre, les prix de l’énergie n’en finissent pas de flamber. Dans le Puy-de-Dôme, certains ont compris que l'union fait la force. Ils sont parvenus à obtenir des prix plus bas pour leur fioul domestique. On vous explique comment ils ont fait.

Dans le Puy-de-Dôme, Joël Meunier est agriculteur à la retraite depuis 6 ans à Saint-Floret, dans le Puy-de-Dôme. Avec la flambée des prix des carburants, il n'a pas hésité à se lancer pour la première fois dans les achats groupés pour chauffer sa maison.
C’est une démarche lancée en septembre dernier dans le Puy-de-Dôme et qui a séduit Joël. L’association Terre Agri 63, née sous l’impulsion des Jeunes Agriculteurs 63 et de la FNSEA 63, permet aux agriculteurs d’effectuer des achats groupés pour leur fioul domestique et leur gazole non routier (GNR) destiné aux tracteurs et aux engins agricoles. Quand il a eu vent de cette démarche, Joël Meunier a tout de suite franchi le pas. Il a reçu sa première livraison en octobre. L’ancien céréalier et arboriculteur raconte : « Je fais partie de Terri Agri 63 parce que j’ai vu qu’il y a des commandes groupées qui s’étaient faites entre tous les agriculteurs. On a pu passer commande en septembre car ça a été ouvert à tout le département, après un test dans le Livradois. J’en ai profité car pour moi ça valait le coup, car il y a une vraie différence de prix. J’ai commandé du fioul pour le chauffage de ma maison ».

Ca fait déjà une belle économie

Il poursuit : « J’ai passé une commande en septembre. Avant, j’ai interrogé mon ancien fournisseur, mais il était à environ 0,97 euros le litre et ça faisait 970 euros les 1 000 litres. Là je l’ai touché à 900 euros avec Terre Agri 63. Ca fait déjà une belle économie ». Le retraité ne regrette pas son choix : « Je trouve que ce système est vraiment intéressant. En plus, ça a été fait dans les règles de l’art. J’ai passé commande auprès de la FNSEA. Je ne me suis occupé de rien. J’ai été livré dans les temps. Je passe environ 2 000 litres de fioul par an. Là, je viens de faire rentrer directement  1 500 litres. Je devrais pratiquement passer l’hiver ».

910 euros de retraite

Lui qui nous dit ne toucher que 910 euros net de retraite par mois cherche naturellement à faire des économies : « Cette hausse des carburants est inquiétante car je ne vais pas changer de mode de chauffage. Ma chaudière n’est pas vieille, elle n’a qu’une dizaine d’années. Changer de chauffage pour une chaudière à granulés c’est peut-être bien mais cela reste un sacré coût, malgré les aides. Il faut sortir 10 000 euros de sa poche et les granulés ne sont pas gratuits. Je pense que ce système d’achats groupés est très bien. J’espère que de plus en plus de gens adhèreront, car plus on sera nombreux, plus on sera forts sur le marché et on aura des prix plus intéressants. J’en ai parlé à plein de monde autour de moi. C’est toujours intéressant de récupérer près de 100 euros sur 1 000 litres ».

Je gagne entre 20 et 30 euros sur 1 000 litres

Eric Garde, agriculteur à Novacelles dans le Puy-de-Dôme, a lui aussi testé les achats groupés de carburant, grâce à Terre Agri 63. Pour son exploitation de 180 bovins, il a cherché à réduire ses dépenses : « Au départ, j’ai adhéré à Terre Agri 63 pour les achats de fourrage. Je continue aussi pour le GNR, gazole non routier, pour mettre dans les tracteurs et le matériel agricole. Chaque année, je passe entre 10 et 12 000 litres de GNR. Cela représente une grosse part de mon budget. C’est dans mon secteur qu’a commencé le test, en février 2021. Le but est de gagner sur les prix. En ayant des gros volumes, les fournisseurs sont plus intéressés à livrer. Je n’ai pas encore fait de bilan, il faudra le faire sur une année. Il y a déjà un peu de différence. Je gagne entre 20 et 30 euros sur 1 000 litres, mais cela dépend des mois. J’essaie de commander tous les mois ». L’éleveur apprécie la simplicité de la démarche : « Ce service est pratique. On reçoit un SMS pour commander le vendredi. Il faut qu’on passe commande avant le lundi 18 heures, donc ça laisse un peu de souplesse. On précise le litrage et ils lancent l’appel d’offres. On est livrés dans la semaine ».

Une hausse des prix inquiétante

Eric Garde s’inquiète de la montée du prix de l’énergie : « Tout est important en agriculture. Ca me fait gagner 300 euros par an. Ce n’est pas la panacée mais c’est mieux que rien, surtout aujourd’hui quand on voit le prix des énergies qui flambe. C’est une situation qui m’inquiète. En effet, une année normale, on paie le GNR à 0,70 euros le litre. S’il passe à 1 euro, ça me fait augmenter ma facture de 3 000 euros sur l’année. Le prix du lait ou de la viande n’augmente pas. C’est très préoccupant. S’il n’y a pas de baisse avant le printemps, ça va être très compliqué. On n’a pas solutions, hormis ce système de commande groupée ».

Une association née en 2019

Ce système d’achats groupés a initialement été créé pour venir en aide aux agriculteurs. David Chaize, président de Terre Agri 63, indique : « Initialement, on a créé Terre Agri 63 en 2019 après la sécheresse, pour pouvoir rapatrier du fourrage à un prix raisonnable. L’idée est de se regrouper pour avoir un prix correct. La carburant étant un budget important sur les exploitations, on a décidé de proposer un achat groupé de carburant, pour limiter les coût et organiser le marché ». Il précise : « On fait un appel d’offres une fois par mois. Tous les mois on demande aux agriculteurs adhérents et non adhérents de nous dire leurs besoins et les volumes nécessaires. Ils s’engagent à acheter ces volumes, sans connaître le prix. Quand on a ces volumes, on fait un appel d’offres auprès des fournisseurs, par canton car les fournisseurs ne livrent pas forcément dans tout le département. En fonction du prix, on attribue l’appel d’offres au mieux-disant ».

Réaliser des économies

L’association n’a pas encore assez de recul pour mesurer les effets d’une telle démarche : « Les économies sont faites en fonction du volume qu’on peut avoir. L’opération démarre dans le Puy-de-Dôme et existe déjà dans d’autres départements. Avec des petits volumes, on arrive à faire des petites économies aujourd’hui mais dans des départements où ils sont habitués à pratiquer ce genre d’opération, on arrive à économiser 30 ou 40 euros pour 1 000 litres. On a fait un test au printemps sur le secteur d’Ambert et des Dômes. On a eu des bons retours. On a lancé l’opération sur tout le département depuis le mois de septembre. On a commandé environ 50 000 litres de carburant pour cette période. On a réussi à gagner entre 10 et 20 euros pour 1 000 litres environ, selon les secteurs ».

 Le carburant est vraiment un poste budgétaire important dans les charges

Le président de Terre Agri 63 rappelle que le budget carburant est un poste majeur dans le fonctionnement des exploitations agricoles : « Le carburant est vraiment un poste budgétaire important dans les charges et ça se confirme, vu que les cours sont en train de flamber. Pour moi ça représente 15% des charges de l’exploitation ». Il souligne l’intérêt de ces achats groupés : « Dans la convention signée avec les fournisseurs, un des objectifs de l’appel d’offres est d’organiser leur tournée. Souvent, les agriculteurs ont besoin de carburant quand il n’y en a plus dans la cuve. On appelle et on souhaite être livré le lendemain. Avec Terre Agri 63, les fournisseurs connaissent les volumes et ils ont 10 jours pour livrer. On demande un paiement comptant à la livraison. On a des agriculteurs qui reviennent tous les mois ou tous les deux mois donc je pense qu’ils sont satisfaits. C’est pour eux une organisation qui est différente ».

Etre "plus forts" ensemble

David Chaize conclut : « Le système est ouvert à tous les agriculteurs au départ mais au bout de la troisième commande, on demande une adhésion à la FNSEA car cela engendre des frais pour la structure. J’espère bien que d’autres agriculteurs suivront. Plus on a des agriculteurs, plus on aura des volumes et plus on pourra agir sur les prix. L’achat groupé est une solution qui nous permet d’être ensemble et d’être plus forts ».

L'exemple de l'UFC Que Choisir

L’achat groupé de fioul n’est pas uniquement réservé aux agriculteurs. L’association de consommateurs UFC Que Choisir a déjà mis cela en place il y a 7 ans. Daniel Bideau, vice-président de l’UFC Que Choisir et président de l’UFC Que Choisir du Puy-de-Dôme, raconte : « Le principe est d’avoir des achats groupés organisés via la filiale d’UFC Que Choisir, la SAS Que Choisir. L’objectif est d’aider les 3,5 millions de foyers qui se chauffent au fioul, pour faire baisser leur facture d’énergie. On regroupe les demandes des consommateurs sur le territoire pour obtenir des distributeurs locaux le meilleur prix pour remplir leur cuve. Il y a une participation quelle que soit la période choisie pour remplir la cuve, en pré ou en pleine saison de chauffe. On fixe un calendrier sur lequel vous pouvez vous inscrire en fonction de votre décision d’achat. Il y a 26 opérations de négociation qui sont programmées pour l’année 2021. Une inscription seule suffit, elle est gratuite et sans aucun engagement. Après cette inscription réalisée chaque vendredi d’action, vous choisissez en fonction de vos dates de remplissage. Ensuite, les distributeurs locaux sont mis en concurrence pour obtenir le meilleur prix du fioul, puis les lauréats sont identifiés dans les 320 zones qui maillent le territoire. Vous recevez une proposition personnalisée le lundi suivant. Vous décidez ou pas de souscrire à l’offre retenue. Le remplissage de la cuve intervient dans les 15 jours qui suivent. Compte-tenu du problème des coûts d’organisation de la campagne, une participation de 5 euros est ajoutée à la facture du fournisseur puis elle est reversée à l’UFC Que Choisir ».

Réduire sa facture

Pour Daniel Bideau, ces achats groupés permettent de faire baisser sa facture de fioul : « En 2020, il y a eu 50 000 consommateurs qui ont manifesté leur intérêt à la démarche « Choisir son fioul ». Parmi eux, il y en a eu 14 300 qui ont décidé de commander, ce qui représente 28 %. Ils ont réalisé une économie moyenne de 66 euros pour un remplissage de 1 233 litres de fioul, c’est-à-dire 7 % d’économie en moyenne. Ces achats groupés restent une bonne solution. Cela permet d’avoir au moins les prix les plus bas du marché, même si, en ce moment tous les prix sont à la hausse ». Les prochaines opérations ont lieu le 29 octobre, le 12 novembre, le 26 novembre, le 10 décembre et le 24 décembre.

D'autres énergies concernées

D’autres démarches existent aussi au sujet des autres énergies. « Pour l’électricité et le gaz, il s’agit d’enchères inversées le 31 janvier 2022. On va mettre en concurrence les différents offreurs pour avoir une offre la plus intéressante pour le consommateur. Cela signifie que chacun donne son prix et va essayer de remporter l’offre groupée de l’UFC Que Choisir. On a actuellement plus de 240 000 inscrits sur cette offre » indique Daniel Bideau.
Il conclut : « On souhaite une baisse de la TVA parce qu’on pense qu’elle doit être placée sur des biens de première nécessité et qu’elle doit baisser fortement sur l’énergie. Pour nous, le gaz, l’électricité et le fioul sont des biens de première nécessité. On pense aussi qu’il faut trouver des moyens pour aider les ménages en difficulté et pour qu’ils puissent mieux isoler leur habitation ». Face à la flambée des prix de l’énergie, le gouvernement pourrait prochainement annoncer un « chèque carburant » pour aider les ménages les plus modestes.

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

Participez à la consultation citoyenne sur la présidentielle 2022

Faites-vous entendre ! France 3 Régions s'associe à la consultation Ma France 2022, initiée par France Bleu sur la plateforme Make.org. Le but ? Vous permettre de peser dans le débat démocratique en mettant vos idées les plus plébiscitées au centre de la campagne présidentielle.