Confinement : pourquoi c’est le bon moment pour remplir sa cuve de fioul

La baisse des prix du pétrole pousse les particuliers à remplir leur cuve de fioul. Par rapport au début de 2020, un particulier peut gagner environ 300 euros sur un plein de 1 000 litres. La crise sanitaire du coronavirus COVID 19 est l'une des explications de cet effondrement des prix.
 
Depuis la crise sanitaire, les livraisons de fioul ont fortement augmenté, car les prix sont bas.
Depuis la crise sanitaire, les livraisons de fioul ont fortement augmenté, car les prix sont bas. © Jean-Francois FREY / MAXPPP
Depuis plusieurs semaines, avec le confinement généralisé, le prix du carburant et du fioul est en chute libre. Une situation inédite qui surprend même les professionnels du secteur. Francis Sardier, gérant d’Auvergne énergie à Riom, près de Clermont-Ferrand, souligne : « Actuellement le fioul est à 0,62 euros TTC le litre. Il était à 0,95 euros TTC début 2020. Un particulier qui remplit sa cuve de 1 000 litres le paie aujourd’hui 620 euros contre 950 il y a quelques mois ». Cette économie réalisée pousse de nombreux particuliers à faire le plein de fioul pour leur chaudière. Le professionnel riomois redoute des problèmes d’approvisionnement et doit contingenter par moment les livraisons. Il précise : « On réalise une vingtaine de livraisons par jour. La demande a facilement augmenté de 30 à 40 % par rapport à la même époque l’année dernière. Depuis le confinement, les gens ont fait du stock, d’autant plus que l’hiver n’a pas été très rigoureux ».

On a triplé la demande

Même constat chez Leclerc à la Pardieu de Clermont-Ferrand. Jean-Jacques Biamonti, directeur de l’entreprise, indique : « On a triplé la demande en fioul. On a dû contigenter et limiter à 1 500 litres les livraisons. En effet, on n’arrivait pas à fournir tout le monde. Les gens profitent des bas prix pour remplir leur cuve à pas cher. Ils se chauffent aussi un peu plus en raison du confinement à la maison ». Le professionnel clermontois assure environ 40 livraisons par jour et les délais sont actuellement de 2 semaines après la commande.

Le cours du pétrole qui s'effondre

Si les prix sont en baisse, c'est à cause du prix du baril de pétrole. Lundi 20 avril, le cours a même été un temps négatif. Un phénomène dû en partie à la crise du coronavirus COVID 19 et à une économie grippée elle aussi. Flavien Neuvy, économiste et directeur de l’Observatoire Cetelem explique : « C’est historique d’avoir un prix en territoire négatif. Au-delà de l’anecdote du cours d’hier, cela reflète le choc extrêmement violent que subit l’industrie pétrolière, avec d’un côté une demande de pétrole qui s’effondre au niveau mondial, tous les pays sont confinés, les avions ne volent plus, et de l’autre le monde regorge de pétrole. C’est la loi de l’offre et de la demande qui fait que les cours du pétrole sont historiquement faibles ».

Une reprise incertaine

Selon Flavien Neuvy, la vraie question est de savoir ce qui pourrait se passer au cours des prochains mois : « La reprise économique sera très progressive et les avions ne vont pas se remettre à voler du jour au lendemain. En 2020, la demande de pétrole va baisser par rapport à 2019, ce qui n’est arrivé que 3 fois depuis le début des années 80. C’est incroyable. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat du consommateur et sa facture de carburant ».

Une bonne nouvelle qui passe au second plan

Il précise : « Cette bonne nouvelle pour le pouvoird'achat des Français passera très loin derrière les inquiétudes liées à l’économie en général, les suppressions d’emplois, les entreprises qui ferment. C’est ce qui prime dans l’esprit des Français plutôt que de se dire qu’ils ont gagné quelques dizaines d’euros par mois grâce à la baisse du prix du pétrole ». Francis Sardier, distributeur dans l'agglomération de Clermont-Ferrand, se réjouit d’un tel rush sur le fioul mais redoute un fléchissement dans les semaines à venir. Il conclut : « On fonctionne bien mais on va avoir un souci dans 1 mois ou 2. Ca va s’arrêter. Les gens commandent mais consomment peu. J’ai peur d’un ralentissement en juin. Mais je ne suis pas trop devin ! »
 
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