Procès Fiona - "Je crois que c'était un peu des attentes et des espoirs perdus d'avance" (Joël Montcriol, ancien président de la Cour d'assises du Puy-de-Dôme)

Jeudi soir, Joël Montcriol, l'ancien président de la Cour d'Assises du Puy-de-Dôme était l'invité du journal de France 3 Auvergne. Selon lui, il n'y avait pas grand chose à attendre du procès de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, accusés de coups mortels sur Fiona, 5 ans.

Amnésie, mensonges, approximations… A quelques heures du verdict, on n'en sait pas vraiment plus que ce qu'il y avait dans le dossier d'instruction, quelles sont selon vous les entraves à l'émergence de la vérité ?
Joël Montcriol : C'est un procès qui suscitait beaucoup d'attentes et beaucoup d'espoirs. D'abord l'espoir pour le père de Fiona qui avait envie qu'on lui dise pourquoi et comment sa fille était morte, et surtout pour qu'on lui dise où se trouvait le corps, et puis l'espoir de tous ces gens qui s'étaient mobilisés quand ils avaient appris la disparition de Fiona, mais je crois que c'était un peu des attentes et des espoirs qui étaient perdus d'avance. Je crois que compte tenu de la médiatisation, de la personnalité des accusés, on ne pouvait pas attendre grand chose.

Au moment des faits, Cécile Bourgeon était enceinte, ça a pu jouer dans leur déroulement ?
Dans les rapports entre Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, je pense que le fait qu'elle soit enceinte était très important. Elle changeait de vie en définitive. 

Pour prouver son amour, elle était prête à frapper Fiona, on peut imaginer ça ?
On peut tout imaginer mais c'est parfois une explication.
 
Comment faire jaillir la vérité dans un procès comme celui-ci dans lequel les accusés mentent ? Comment, vous, président de Cour d'assises, pouvez-vous faire émerger la vérité ?
La présidence de la Cour d'assises, c'est quelque chose de très personnel donc chaque président a ses techniques, son approche du dossier. En ce qui concerne Cécile Bourgeon, je crois qu'elle avait un système de défense tellement psycho-rigide, avec beaucoup de public, des gens qui pouvaient peut-être la bloquer, il était très difficile de l'aborder et très difficile de la faire parler si on était un peu trop directif et agressif avec elle. Les instants du procès où elle a un petit peu parler, où elle s'est un peu livrée, c'est quand une femme lui parlait. 
Ses avocats qui ont mené une défense de rupture, l'interrompant dès qu'elle commençait à parler, pensez-vous que c'est la bonne stratégie ?
C'est la défense qui a été choisie. Effectivement, je pense que c'est une défense de rupture mais je ne sais pas si elle se serait livrée beaucoup plus. Je crois qu'il est trop tard.

A quel moment quelque chose n'a pas été fait pour qu'elle puisse dire où a été enterrée sa fille ?
C'est difficile. Je crois que durant la première semaine de procès, on eu peut-être l'impression de piétiner. On a entendu beaucoup de témoins, il n'y a pas grand chose qui ce soit passé. Elle était figée dans ce système de défense qu'elle avait choisi. Il aurait peut-être fallu essayer de l'aborder un peu plus en douceur. Je crois que, effectivement, elle peut s'identifier à une femme. Et cette avocate (ndlr: Me Marie Grimaud, avocate de Innocence en Danger) qui a réussi parfois à lui faire lâcher quelques petites bribes de vérité, c'est une femme qui pour elle devait peut-être représenter un idéal féminin, la femme qu'elle aurait aimé être. 

Propos recueillis par Pierre-Olivier Belle

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