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Procès Fiona - Nicolas Chafoulais à Cécile Bourgeon : "Tu sais très bien où elle est !"

C'est dans un silence de cathédrale que Nicolas Chafoulais a témoigné lundi après-midi devant la Cour d'assises du Puy-de-Dôme. Le père de Fiona a parlé de sa fille, morte en mai 2013, et s'est attaqué directement à son ancienne compagne qu'il a accusée de cacher une vérité qu'elle connait.
Nicolas Chafoulais, le père de Fiona.
Nicolas Chafoulais, le père de Fiona. © Thierry Zoccolan / AFP
Moment émouvant à Riom, lundi après-midi, quand Me Fribourg, l'avocat de Nicolas Chafoulais, a demandé au père de parler de sa fille, de sa naissance, de lui redonner vie. "La naissance de Fiona, c'est le plus beau jour de ma vie", se souvient-il. La voix tremblante, il raconte ce moment où il a accompagné les sage-femmes pour la laver, l'émotion quand il l'a prise dans ses bras, "c'était ma fille". Fiona, son père la décrit comme une enfant qui "n'était pas difficile à vivre, elle était mignonne, sage, pas colérique". Il marque une pause. "Elle ne méritait pas ça", dit-il en regardant avec insistance Cécile Bourgeon. La mère reste sans réaction.

Le public écoute, attentif. L'ambiance est lourde. Quelques mouchoirs apparaissent. Nicolas Chafoulais continue le portrait de sa fille. "Elle n'avait pas de jalousie quand sa soeur est née, Fiona était toujours à côté de moi, elle lui faisait des câlins". Et puis il parle de la petite soeur, "tout ce qui lui reste". Aujourd'hui, Nicolas Chafoulais a l'autorité parentale exclusive sur son deuxième enfant. Il parle de ses deux années qu'elle a passée confiée aux services sociaux "à cause de sa mère et de sa grand-mère". Les larmes montent quand il explique qu'elle ne se souvient pas de Fiona et qu'il redoute le jour où il va falloir tout lui expliquer.

Un homme en colère

Quelques minutes plus tôt, c'est un père en colère qui a quitté le premier rang de la salle d'audience du palais de justice de Riom qu'il occupe depuis le premier jour pour rejoindre la barre, face à la cour. "Qu'attendez-vous de ce procès ?", lui demande le président. "J'attends la vérité et savoir où elle est", répond Nicolas Chafoulais en se retournant vers Cécile Bourgeon, "madame Bourgeon", comme il l'appelle. "Tu sais très bien où elle est ! Vous savez très bien ce qui lui est arrivé !", lui lance-t-il.

Nicolas Chafoulais revient sur sa séparation avec Cécile Bourgeon, en mars 2012. A l'époque, il allait garder les petites quand Cécile Bourgeon était prise par le travail le soir. Il n'avait pas de difficultés à voir Fiona et sa soeur, les mercredis, les week-ends. Et puis est arrivé Berkane Makhlouf. Les relations se sont alors détériorées rapidement. Le fossé se creusait d'autant plus que Nicolas Chafoulais voulait se sortir de l'enfer de la drogue. 
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L'arrivée de Berkane Makhlouf change la donne

Un jour de septembre 2012, Fiona lui dit que "le compagnon de madame Bourgeon lui avait fait mal". Il veut avoir une explication et part au domicile du couple. Le ton monte avec la mère qui appelle Berkane Makhlouf. Nicolas Chafoulais s'énerve, et préférant ne pas toucher à l'homme qui se dresse face à lui, il frappe un lampadaire avec la jambe. Il se brise le tibia. Il ne reverra plus Fiona.

Dans les mois qui suivent, le père peut s'entretenir de temps en temps avec sa fille au téléphone, rien de plus. Quand il apprendra plus tard qu'elle pouvait être difficile à gérer, il ne comprend pas pourquoi Cécile Bourgeon ne l'a pas appelé si Fiona était si dure. Il la regarde. Elle se lève : "Je voulais, j'allais le faire...", il la coupe : "Tu voulais ? T'attendais quoi ?". Nicolas Chafoulais est "persuadé" au fond de lui que les deux accusés refusent de dire la vérité et que la mémoire ne leur fait pas défaut. 

Les crises de nerfs de Cécile Bourgeon 

"Quand madame Bourgeon perd ses moyens, elle devient violente. Il m'est arrivé de lui mettre deux ou trois calottes pour la calmer", reconnait Nicolas Chafoulais. Assis depuis une semaine face au box, il n'a pas manqué de constater que Cécile Bourgeon s'était emportée plusieurs fois depuis le début de son procès et qu'elle avait pris Me Marie Grimaud en grippe. L'avocate de l'association "Innocence en Danger" lui fait remarquer. "Pourquoi selon vous ?". "Parce que vous êtes blonde avec des yeux bleus, vous devez lui rappeler sa fille", avance-t-il. Cette ressemblance est encore plus évidente entre le père et la fille. "Elle avait les mêmes yeux, on était identique". Un peu plus tard, Nicolas Chafoulais dira les sanglots dans la voix : "Fiona est morte parce qu'elle me ressemblait".
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