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Procès Fiona - Le sort du corps de la fillette de 5 ans en question

Dès le lendemain de la disparition de Fiona à Clermont-Ferrand, soit le lundi 13 mai 2013, les policiers suspectent le couple formé par Cécile Bourgeon, la mère, et Berkane Makhlouf, de ne pas leur dire la vérité. / © MaxPPP
Dès le lendemain de la disparition de Fiona à Clermont-Ferrand, soit le lundi 13 mai 2013, les policiers suspectent le couple formé par Cécile Bourgeon, la mère, et Berkane Makhlouf, de ne pas leur dire la vérité. / © MaxPPP

Huitième jour d'audience devant la Cour d'assises du Puy-de-Dôme dans le procès de l'affaire Fiona. Mercredi, les enquêteurs ont expliqué à la barre que les soupçons ont très vite pesé sur Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf.

Par Stéphane Moccozet

Où se trouve le corps de Fiona ? La question reste sans réponse au matin du 8e jour du procès de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf. Elle a été au coeur de la déposition de Marc Fernandez, le Directeur départemental de la Sûreté Publique du Puy-de-Dôme. Le policier a donné son sentiment à la barre, estimant que "mettre un corps à la poubelle est une manière parfaite de le faire disparaître". Il a rappelé qu'un témoin a vu Berkane Makhlouf porter un gros sac poubelle sur son dos, le dimanche 12 mai 2013 vers 17h30, heure à laquelle Cécile Bourgeon se trouve dans le parc Montjuzet et signale la disparition de sa fille.

"A quel moment les policiers sont allés faire des recherches à la décharge de Puy-Long (ndlr : à Clermont-Ferrand) s'ils avaient la conviction que le corps pouvait s'y trouver", lui demande Me Gilles-Jean Portejoie, l'avocat de Cécile Bourgeon. La discussion entre les deux parties est tendue. Cette conviction affichée par l'enquêteur devant la cour déplait à la défense. "On ne va pas faire le procès de la police à qui on a menti", répond le DDSP. Le chef de la Sûreté Publique du Puy-de-Dôme expliquait quelques minutes plus tôt que la recherche de Fiona au moment du signalement de sa disparition a très vite mobilisé l'ensemble de son effectif, on parle d'une quarantaine de personnes, "c'était devenu notre priorité et, pendant ce temps, les officiers de police judiciaire ne travaillaient plus sur d'autres affaires".

On ré-entendait les parents et on commençait à voir des incohérences dans les déclarations de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf. - Marc Fernandez, DDSP 63


Marc Fernandez raconte à la Cour d'assises que "de nombreuses pistes s'offraient à eux" au soir de la disparition et le lendemain. Le lundi, ce sont plusieurs centaines de coups de téléphones que les enquêteurs reçoivent mais, très vite, ils ont des doutes. "On ré-entendait les parents et on commençait à voir des incohérences dans les déclarations de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf", se souvient le DDSP. Au sein de son équipe, les avis sont partagés. Une partie, minoritaire, disait : "ça peut être un enlèvement", l'autre pensait : "on nous ment, il faut les placer en garde-à-vue". 

Ces doutes sont nourris par le comportement de la mère et de son compagnon qui cherchaient à les orienter vers d'autres pistes. "Ils nous parlent de deux personnes qui auraient pu être violentes avec Fiona, comme si on nous préparait à la découverte du corps", ajoute le commissaire divisionnaire. Parmi les personnes montrées du doigt par le couple, le père de Fiona, mais la piste a été très vite écartée.

La thèse de l'enterrement du corps, François Bernard, le directeur du SRPJ de Clermont-Ferrand, n'y adhère pas non plus. "On a eu le sentiment qu'on nous promenait dès le départ car les indications ne correspondaient pas à grand chose ou alors à beaucoup de choses", se souvient-il face à la Cour. “Depuis le début ils ont menti, de la première à la dernière heure de manière déterminée, afin d'échapper à leurs responsabilités", poursuit l'officier de police dont la conviction est que Cécile Bourgeon faisait "semblant" de les aider. Quant à la possibilité "de creuser un trou de 50 cm avec une pelle en 10 minutes", cela paraît "improbable" aux yeux de François Bernard, ce qui vient étayer, selon lui, la théorie du mensonge.

Que Fiona ait été enterrée ou mise dans une poubelle, les deux sont aussi ignobles ! - Me Marie Grimaud


Si les deux policiers clermontois trouvent bancale la théorie de l'enterrement de Fiona, leur confrère Christophe Molmy penche plutôt en faveur de cette thèse défendue par les accusés. Pour étayer sa position, le chef de l'Office Central pour la répression des Violences aux personnes fait référence à la manière dont Berkane Makhlouf est passé aux aveux en septembre 2013 à Perpignan. Les policiers lui ont lu la déposition de Cécile Bourgeon dans laquelle elle fait état d'une manche de pelle cassée pendant l'opération. "C'est ce détail qui a fait réagir son compagnon, il a alors compris que nous savions", dit le policier parisien. 

Mercredi matin, l'avocat général et les avocats des parties civiles ont tour à tour cherché à fragiliser la position de Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf qui ont, malgré tout, maintenu qu'ils n'avaient pas mis le corps de l'enfant dans un sac poubelle. Me Grimaud, avocate de l'association Innocence en Danger, se lève : "Que Fiona ait été enterrée ou mise dans une poubelle, les deux sont aussi ignobles !"

Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf sont jugés devant la Cour d'assises du Puy-de-Dôme à Riom depuis le 14 novembre 2016 pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur mineur de moins de 15 ans, en réunion, par ascendant ou personne ayant autorité. Le verdict est attendu pour le vendredi 25 novembre.

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