Quelle pression Michel Neyret exerçait-il sur la PJ de Grenoble pour récupérer de la drogue?

Michel Neyret et Christophe Gavat / © Nathalie Rapuc
Michel Neyret et Christophe Gavat / © Nathalie Rapuc

Alors que l'ancien numéro 2 de la PJ de Lyon a lâché peu à peu du lest depuis le début de son procès, reconnaissant "ne pas avoir fait preuve de prudence" vis-à-vis de ses indics, l'heure était aux témoignages d'autres prévenus, ce mardi 10 mai, notamment des anciens de la PJ de Grenoble. 

Par France 3 Alpes avec AFP

"Christophe Gavat arrive à Grenoble en septembre 2010, il a en face de lui une des légendes de la Police Judiciaire française. Lorsqu'il est sollicité par Monsieur Neyret, il n'a pas envie de le court-circuiter en alertant la hiérarchie. A-t-il eu tort? Oui, et il le reconnaît. Est-ce que c'est un infraction pénale, non!", explique le défenseur de l'ancien responsable de l'antenne grenobloise de la PJ. Avec son adjoint, Gilles Guillotin, ils sont soupçonnés d'avoir mis de côté des stupéfiants pour les indics de Neyret.  

Prélever de la drogue sur des saisies pour récompenser des informateurs, Michel Neyret a assumé cette pratique illégale, mais longtemps tolérée, devant le tribunal correctionnel de Paris. Poursuivi pour "transport, détention, offre et cession de stupéfiants, association de malfaiteurs en vue de la commission de ces faits et détournement d'objets placés sous scellés", il encourt dix ans de prison.

Mais Neyret a donné l'exemple de deux de ses indics, infiltrés dans des réseaux de trafiquants, qui lui ont permis, début 2010, de réaliser trois importantes saisies de plus d'une tonne de cannabis chacune. "J'étais obsédé par les résultats. Ma démarche était de faire tourner mon service avec des informations opérationnelles" et "les primes allouées aux informateurs étaient insuffisantes pour les fidéliser", a-t-il justifié.

On ne voulait pas être ceux qui écorcheraient l'image, la légende Neyret"

Christophe Gavat et Gilles Guillotin, mis en cause sur des écoutes où ils expliquent à Neyret avoir mis de côté des stupéfiants, ont assuré à l'audience avoir faussement fait croire à l'ex-commissaire qu'ils accédaient à ses demandes pour obtenir la tranquillité.

"On ne voulait pas entrer dans son jeu mais c'était compliqué de lui dire non. On ne voulait pas être ceux qui écorcheraient l'image, la légende Neyret", ont-ils expliqué.

Reportage Jean-Christophe Solari et Nathalie Rapuc
Procès Neyret: la position des "Grenoblois"
Intervenants: Maître Emmanuel Daoud, avocat de Christophe Gavat; Maître Anne Laure Compoint, avocate de Gilles Guillotin

L'ancien commissaire n'a pas contesté à la barre avoir mis la pression sur ces collaborateurs pour obtenir de quoi récompenser ses informateurs mais, d'après lui, "sans succès". Il dit s'être adressé en priorité aux policiers qui avaient "la même fibre policière, le même culte de la performance et du résultat".

"En d'autres termes, pour vous, les bons fonctionnaires étaient ceux qui étaient susceptibles de commettre des infractions et les mauvais ceux qui respectaient la loi", a souligné le président. "Mais le constat, c'est que je suis arrivé à aucune concrétisation", a affirmé Michel Neyret, sans vraiment convaincre.

"Les quantités évoquées au travers des conversations téléphoniques dépassent largement quelques centaines de grammes, il s'agit plutôt de dizaines de kg", a souligné dans son ordonnance le juge d'instruction, pour qui "la finalité" de l'action de Neyret aurait été "une satisfaction égocentrique".

"C'était une vision personnelle, une mission. Je veux bien admettre un aveuglement mais je voulais marquer une empreinte sur le banditisme à Lyon", a justifié l'ex-grand flic à la barre, semblant donner raison au magistrat.

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