Confinement et économie : les petites entreprises dans la tourmente du Coronavirus

Depuis trois semaines, Vanessa est à l'arrêt. Maman seule élevant son enfant, coiffeuse à domicile salariée et remplaçante temporaire dans une cantine d'un village du Revermont (Ain), elle n'a plus du tout de revenus. "Salaire zéro !", dit-elle dans un rire tinté d'angoisse. / © IP3 PRESS/MAXPPP
Depuis trois semaines, Vanessa est à l'arrêt. Maman seule élevant son enfant, coiffeuse à domicile salariée et remplaçante temporaire dans une cantine d'un village du Revermont (Ain), elle n'a plus du tout de revenus. "Salaire zéro !", dit-elle dans un rire tinté d'angoisse. / © IP3 PRESS/MAXPPP

Souvent les plus fragiles, les TPE et travailleurs indépendants sont les premiers à souffrir de la crise sanitaire. Pour elles, les annonces du gouvernement sont essentielles. Mais entre l'intention et la réalité sur le terrain, il subsiste des difficultés de mise en œuvre.

Par Daniel Pajonk


Les TPE et travailleurs indépendants sont les premiers à souffrir de la crise sanitaire qui entrave le fonctionnement de leur activité. Pour elles, les annonces du gouvernement sont essentielles. Mais entre l'intention et la réalité sur le terrain, subsistent des difficultés de mise en oeuvre.

Depuis trois semaines, Vanessa est à l'arrêt. Maman seule élevant son enfant, coiffeuse à domicile salariée et remplaçante temporaire dans une cantine d'un village du Revermont (Ain), elle n'a plus du tout de revenus. "Salaire zéro !", dit-elle dans un rire tinté d'angoisse.

Je suis en rien, ni en chômage partiel, ni aidée par une quelconque subvention.


Au chômage l'an passé après avoir pendant quatre années durant travaillé à son compte, en utilisant l'argent des Assedic pour créer sa petite entreprise individuelle de coiffure à domicile, Vanessa est exsangue. Elle est inquiète.

Dans deux mois, que va-t-il se passer ? J'ai peur que ma banque ne fasse pas de cadeaux et je risque de me retrouver rapidement à découvert, alors que mon loyer et mes charges continuent de courir.


Même frayeur à peine voilée chez cette gérante de salon de soins beauté lyonnais qui travaille seule à son compte. Elle est la seule source de revenus de sa famille, avec trois enfants à charge. Fermée pour cause de confinement, son affaire ne rapporte plus un euro.
Son statut ne lui permettant pas de toucher un chômage partiel, elle a droit à l'aide de 1500 euros annoncée par l'Etat. Mais entre l'annonce et la réalité, pour cette femme qui reconnaît ne pas être hyper à l'aise avec internet, c'est difficile. Grâce à son comptable, elle a pu rentrer les données nécessaires à l'indemnisation.
Mais il reste à prouver sa baisse de chiffre d'affaires (d'au moins 50 %) pour le mois de mars par rapport à la même période l'an passé. En attendant, les prélèvements n'ont pas été suspendus, notamment le loyer payé dès les premiers jours de mars tout comme l'électricité.

Dans son garage pour motos près de Belley (Ain), David a réussi à placer en chômage partiel sa secrétaire et son apprenti, jusqu'au 14 juin. Mais lui ne tire aucun revenu de ses activités qui n'ont pas encore repris. Difficile de sortir de l'argent pour payer le loyer de son local, "à la télé, le président avait dit que les loyers seraient suspendus. Mon propriétaire m'a dit que ce n'était pas son problème !"
 

"C'est un peu la cacophonie"

Dans les TPE (jusqu'à 10 salariés), l'angoisse est présente aussi.
Hervé Favrot, expert-comptable à Villefranche-sur-Saône (Rhône), le constate tous les jours. Comme bon nombre de ses confrères, il est sur le pont à longueur de journée pour accompagner ses clients, beaucoup d'artisans, de sous-traitants, de commerces.
Les annonces gouvernementales doivent être comparées à la réalité sur le terrain.

C'est un peu la cacophonie, reconnaît-il. A 9 heures, on dit blanc, à 11 heures, c'est gris et trois heures plus tard, on annonce noir. 


Difficile de s'y retrouver avec des informations contradictoires. Mais reconnaît-il, pour les fermetures administratives enregistrées en mars, la perception de l'aide de 1 500 euros fonctionne plutôt bien. A condition d'informer en continu ses clients, de leur livrer au fil de l'eau des informations techniques sur la manière de procéder.

La situation est plus délicate sur les mesures de chômage partiel. Les méthodes de calcul éditées ont été revues à plusieurs reprises au point qu'il a fallu refaire des bulletins de salaires plusieurs fois. Certains commerces de bouche qui devaient rester ouverts, et donc non éligibles au chômage partiel pour leurs salariés, ont dû se battre pour faire valoir que leur activité était au point mort. Par exemple, un de ses clients, une pâtisserie qui ne vendait plus que quelques rares gâteaux, pas suffisamment pour relever d'une activité "normale". Ou encore d'une agence de communication qui intervient pour une part importante de son business dans la réalisation de cartes pour la restauration.
 

Beaucoup de petites structures en voie d'exclusion

Le décalage entre la réalité et les annonces de Bercy est important. Les décrets qui énoncent des règles avec des paramètres complexes vont inéluctablement exclure des petites entreprises, déplore un autre expert-comptable villeurbannais. Outre le delta temporel entre les difficultés financières et la mise en oeuvre des aides pour leurs clients, la profession est en butte à une course contre le temps.

Tandis que nous devons arrêter les bilans des sociétés, nous sommes en plein dedans, nous passons notre temps à éplucher les infos qui sont communiquées jour après jour.


Il faut admettre que pour le chômage partiel, le problème est lié à l'afflux considérable de demandes auprès de la Direccte (Direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi), explique Jean-Guilheme Darré, le directeur général du Syndicat des indépendants, qui regroupe 25 000 adhérents en France.
Car ce ne sont pas moins de trois codes qu'il faut posséder pour pouvoir formuler une demande sur le site de l'Agence des services de paiement. "Or, certains ont reçu leurs codes il y a deux jours alors que leur demande remonte à près de trois semaines". Et entre temps, les salaires ont dû être versés, financés sur la trésorerie de l'entreprise... quand ils en avaient la possibilité.
 

Les banques ne jouent pas toutes le jeu

Parfois, les cas sont inextricables. Témoin ce qui arrive à Cédric Bonjour, qui a monté sa société de pyrotechnie il y a 7 ans à Mornant (Rhône). Et dont l'essentiel des commandes de feux d'artifice sont passées au printemps. Travaillant seul (il avait le projet de recruter un salarié), il peut demander l'aide gouvernementale.
Mais dans son métier, de février à juin, on ne gagne presque rien. C'est en été que se fait le chiffre d'affaires.

Alors quand on lui demande de comparer son chiffre avec celui de mars 2019, ça le fait sourire.

Dans ces périodes, on fait des devis, on ne rentre que des contrats. C'est en juillet, en août et au début de l'automne que l'on rentre des sous, pour moi la saison est pliée.


Une situation qui annonce un an et demie de retard d'activité. Heureusement, la banque lui octroie un report de ses crédits, mais pas de nouveaux crédits en perspective.

Selon la dernière enquête du SDI, " en ces temps exceptionnels, force est de constater que les banques n'ont pas fait évoluer leurs critères d'acceptation des crédits, ce qui présage de dizaines de milliers de liquidations judiciaires, en contradiction avec les affirmations du ministre de l'Économie.", note Jean-Guilheme Darré.

La question se pose de savoir combien d'entreprises pourront bénéficier des prêts bancaires garantis par la BPI. Jusque-là, selon lui, le constat est plutôt décevant et fait froid dans le dos, les critères ne se sont pas assouplis. Et les TPE dont les fonds propres sont négatifs (inférieurs au montant du capital) ont du souci à se faire. Vis-à-vis d'elles, les banques sont particulièrement frileuses. 47 % des TPE restent dans l'attente d'une réponse qu'elles espèrent positive.
 

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