A Lyon, des écoles "occupées" pour loger des familles sans abri

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Écrit par D.Mazzola (avec AFP)
Ecole Veyet (Lyon 7e) ARCHIVES
Ecole Veyet (Lyon 7e) ARCHIVES © PHILIPPE JUSTE / MAXPPP

Il est 19h45, les portes métalliques de l'école primaire Jean-Pierre Veyet, dans le 7e arrondissement de Lyon, se déverrouillent pour deux familles albanaises, accueillies en catimini sous une bise glaciale et escortées dans les couloirs vides jusqu'à la salle des maîtres.

"L'annonce de la vague de froid a joué un rôle de déclencheur. On s'est dit qu'on ne pouvait pas laisser ces gamins dormir dehors", raconte Sophie Pécourt, une des mères d'élèves à l'origine de l'opération d'hébergement sauvage menée dans cette école, à l'image d'une poignée d'autres à Lyon.

Un peu de chaleur et de sécurité


Dehors le thermomètre affiche zéro degré. A l'intérieur, sous les néons de la
vaste pièce généreusement chauffée, quatre bénévoles, enseignants et parents d'élèves, sont aux petits soins. Boissons chaudes et douceurs complètent le dîner consommé un peu plus tôt à l'Armée du Salut de Villeurbanne, en périphérie de Lyon. Des jouets sont distribués aux enfants, avant une séance d'essayage de bottes d'hiver. Manjola, 29 ans, savoure l'instant sourire aux lèvres. Avec son mari et ses deux enfants de huit et cinq ans, elle dort à l'école Veyet depuis le 22 novembre.
Du soir au matin, week-end compris, les volontaires se relaient auprès des familles. Un dortoir de fortune est installé dans le gymnase à l'aide de paravents et tapis de gymnastique, qui sont désinfectés et rangés au réveil. Un local a été ouvert pour stocker leurs effets.

"L'idée c'est de leur apporter un peu de chaleur et de sécurité. La première nuit ils n'ont presque pas dormi, ils n'avaient pas de repères, puis ils se sont adaptés, les enfants sont moins fatigués en classe, une familiarité s'est installée", observe Géraldine Andreo, une enseignante de CM1-CM2.

Un répit bienvenu pour Manjola, enceinte de cinq mois. Sa famille a dormi sous une tente dans un parc voisin et connu "le stress permanent" de la rue après avoir décliné un logement dans un Centre d'accueil des demandeurs d'asile (Cada) situé en rase campagne près de Brioude, en Haute-Loire. "On ne pensait pas que ça allait être si dur en France, mais on restera, pour nos enfants", assure son mari Plarent, les traits tirés.

Un mois après leur arrivée en France, un dossier de demande d'asile a été déposé en octobre à l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides), mais obtenir un hypothétique titre de séjour demande plusieurs mois de procédure.

- "Droit fondamental" -


Le collectif lyonnais "Jamais sans toit", qui conseille parents et enseignants pour ouvrir les écoles aux enfants scolarisés sans abri et à leurs familles, recensait en début de semaine à Lyon 34 familles sans abri, dont 72 enfants mineurs. Et près du double en métropole.
"Nous ne pouvons accepter que des familles n'aient pas accès au droit fondamental qu'est un hébergement, papiers français ou non", justifie Allan Maria, membre de "JST", qui milite pour ces "occupations" depuis 2013.


Les familles en quête d'asile doivent être hébergées par l' Ofii (Office français de l'immigration et de l'intégration), mais les places sont rares  en période hivernale et les solutions proposées pas toujours en phase avec la situation des sans-abri.
Pour les exclus du dispositif, la Maison de la veille sociale (MVS) qui gère le 115 est censée prendre le relais. Mais l'offre restreinte laisse certains sans solution d'hébergement.


A ce jour, six écoles lyonnaises abritent la nuit sept familles, dont 22 enfants, selon l'association Jamais Sans Toit.

Ce sont des Albanais mais aussi des Géorgiens, des Syriens, ou des Roumains. Propriétaire des murs, la mairie a fait savoir qu'il n'y aurait pas d'expulsion, salue Sophie Pécourt. Mais l'approche des congés de Noël, propices à l'éparpillement des bénévoles, l'inquiète.


Pour y remédier, la ville de Lyon veut libérer des locaux. Sandrine Runel, adjointe à l'inclusion et aux solidarités, doit présenter un dispositif "Zéro enfant à la rue" le 7 décembre. De son côté, la préfecture a promis des logements d'urgence supplémentaires. Manjola et Plarent veulent y croire. En attendant, ils doivent chaque matin enfiler leurs parkas et quitter discrètement l'école avant l'arrivée des premiers élèves.

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