Accusé de cyberharcèlement d'une journaliste lyonnaise, un proche de l'ultradroite relaxé en appel

Un sympathisant de l'ultradroite soupçonné d'avoir participé au harcèlement en ligne d'une journaliste lyonnaise, victime de menaces et insultes racistes depuis 2017, a été relaxé en appel jeudi 17 décembre, à Lyon. Les réactions indignées pleuvent sur les réseaux sociaux.
 

© France 3 RA

Jeudi 17 décembre, la Cour d'appel de Lyon a annulé la condamnation du prévenu, Sylvain C., à 6 mois de prison avec sursis prononcée en décembre 2019. Il a estimé que le délit d'insulte contre la journaliste Julie Hainaut "par le moyen du partage" d'un article publié sur le site raciste et antisémite "Démocratie participative" était en réalité prescrit. Un réquisitoire supplétif sur ce délit avait été émis plus d'un an après les faits.

Par ailleurs, le mis en cause a de nouveau été relaxé du délit d'injure publique contre la journaliste car il n'a encore une fois pas pu être prouvé qu'il est l'auteur de ce même article.

"Voilà comment sont maltraitées judiciairement les victimes de cyberharcèlement", s'est insurgé le conseil de Julie Hainaut, Éric Morain. "Depuis toujours nous avons été en colère sur la façon dont cette instruction a été menée ou plutôt malmenée", a-t-il ajouté, regrettant que les principaux auteurs de ces articles et insultes n'aient jamais été inquiétés.

"Quand la justice prend ce type de décision, on a l'impression que c'est normal", a commenté pour sa part Damien Viguier, avocat du prévenu, saluant une "victoire de la justice".

"le message inquiétant et dangereux de la justice"


Julie Hainaut a tenté de faire condamner - sans succès - les responsables du site "Démocratie participative", hébergé aux États-Unis et aujourd'hui interdit. Son administrateur présumé, le blogueur ultranationaliste Boris Le Lay, localisé pour la dernière fois au Japon, demeure recherché après plusieurs condamnations par défaut, notamment pour provocation à la haine raciale et antisémitisme.

Sur Twitter, la journaliste a dénoncé "le message inquiétant et dangereux de la justice", et exhorté le gouvernement à "s'emparer" de la question du cyberharcèlement, mais pas "en pondant des lois qui restreignent la liberté d'expression et celle de la presse". 

"Vous n'êtes pas à la hauteur" a-t-elle lancé au président Emmanuel Macron, au ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et à la députée LREM Laetitia Avia, auteure d'une proposition de loi contre la haine en ligne en grande partie censurée par le Conseil Constitutionnel en juin.

Des réactions indignées


Partie civile avec le Syndicat national des journalistes (SNJ), l'ONG Reporters sans frontières a également dénoncé un "fiasco" imputable "à la lenteur et l'absence de réactivité de la justice".

L'association Prenons la Une a de son côté "enjoint les rédactions à se montrer plus solidaires de leurs journalistes" cyberharcelés.  "Commanditaire de l’article qui a valu sa campagne de cyber-harcèlement à la journaliste, Le Petit Bulletin ne s’est pas porté partie civile ni n’a soutenu Julie Hainaut," écrit l'association.

De nombreux journalistes ont adressé des messages sur twitter de soutien à la journaliste harcelée suite à cette décision de justice.

Polémique après un article sur un bar lyonnais

L'article relayé par le mis en cause et signé sous le pseudonyme "Heinrich" avait été le premier acte d'une série de harcèlements en ligne déclenchée par la publication d'un papier de la journaliste, en septembre 2017, dans l'hebdomadaire culturel lyonnais "Le Petit bulletin". Elle y racontait une soirée passée dans un bar dont les gérants faisaient devant elle l'apologie de la colonisation.

Les auteurs de "Démocratie participative" avaient alors immédiatement rédigé un article intitulé: "Une p... à nègres féministe veut détruire un bar à rhum colonialiste: mobilisation!", et un flot de violentes insultes contre Julie Hainaut s'était ensuite déversé sur ce site. Dans la foulée, la journaliste avait été la cible de nombreuses attaques sur les réseaux sociaux et avait reçu plusieurs courriers électroniques menaçants. En mars 2018, elle assurait à la police avoir été suivie par des individus qui l'attendaient devant chez elle.

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