"Ça ne sert pas qu'à faire des perruques", à Lyon les cheveux se récupèrent pour en faire des outils de dépollution

4000 tonnes de cheveux sont jetées à la poubelle tous les ans alors qu'ils pourraient être recyclés. À Lyon, le salon de coiffure Inside Studio, porté par un groupe d'étudiante de l'école 3A, a proposé de faire quelque chose de toutes ces chutes capillaires le temps d'une après-midi : des outils de dépollution des océans et de protection des plantes.

Saviez-vous qu’un cheveu est capable d’absorber naturellement jusqu’à 8 fois son poids en pétrole ? Qu’un kilo de cheveux permet d’économiser 200 litres d’eau ? Et que la kératine présente à 95 % dans nos cheveux peut servir à protéger notre peau des agressions extérieures ? 

Les coiffeurs en ont conscience et bon nombre d’entre eux choisissent de recycler leurs chutes capillaires. C’est ce qu’a fait le salon Inside Studio installé dans le 3ᵉ arrondissement de Lyon. Pendant toute une après-midi, l’établissement a proposé à ses clients de venir donner leurs cheveux. Frange, pointes, coupe simple, tout était gratuit, tant qu’il y avait des cheveux à récupérer. 

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"On vide facilement en moyenne un sac de 100 litres par semaine”, explique Melissa, gérante du salon. “Jusqu’à présent, on les jetait parce que l’on ne savait même pas que ça pouvait être récupéré dans un cadre différent”, ajoute la jeune femme, les ciseaux entre les mains. Chaque année, 4000 tonnes de cheveux sont jetées la poubelle, ne sachant pas qu’il existe des alternatives pour les recycler. 

Fabriquer des boudins pour dépolluer les océans

"Le point principal du projet, c'est de se rendre compte et de dire aux gens qu'on peut se servir du cheveu humain. On pense qu'on pourrait juste s'en servir pour faire des perruques, alors qu'en fait, il y a plein de domaines où on peut aussi le recycler”, affirme Alice, étudiante à l’école 3A à Lyon.

Avec Norane, Lou et Lucie-Marie, elles se partagent l’initiative du projet de Pop-Up Hair, engagé dans le cadre de leurs études. "On s’est dit, c’est quelque chose d’original”, exprime Norane.  

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Original, car dans ce salon de coiffure, les cheveux récoltés par Melissa, Loick, et Juliette, les trois coiffeurs bénévoles pour la journée, sont directement envoyés à l’entreprise Capillum basée à Clermont-Ferrand pour en faire... des boudins aidant à dépolluer les eaux et des paillages pour l’agriculture. 

Pour la petite anecdote, je sais qu’à l’Ile Maurice, quand le paquebot s’est cassé, ça a déversé beaucoup de pétrole dans la barrière de corail, donc ils ont mis des boudins sur des kilomètres pour absorber le pétrole. Et ça a fonctionné ! Ça a choqué beaucoup de monde. Je pense que les pays autres que la France sont au courant du pouvoir des cheveux.

Norane

Étudiante à l'école 3A, à l'initiative du Pop Up Hair

Le principe est simple, la matière grasse de l’huile va venir se fixer à la surface des cheveux et donc sur le boudin, l’empêchant de poursuivre son chemin dans les eaux. 

Concernant les paillages, qui mélangés avec de la laine, forment une espèce de tapis protecteur pour les plantes, ils permettent une bonne rétention d’eau, un plus en temps de sécheresse. Et le bonus, ça libère de façon assez lente une quantité d’azote autour de la plante, agissant ainsi comme un répulsif.

“Il n’y a pas de centimètre minimum"

Dans le salon de coiffure, les clients défilent. Comme ces deux jeunes étudiantes originaires du Mexique qui soulignent l’enjeu environnemental, mais aussi social de l’initiative, le coiffeur ayant un coût pour de simples étudiantes sans revenus. Elles sont venues couper une vingtaine de centimètres de leurs cheveux. 

Au total, Alice, Norane, Lou et Lucie-Marie ont vu passer 54 personnes sous les ciseaux des trois coiffeurs au cours de l’après-midi. “Les gens participent, on est ravi. Elles ont beaucoup coupé les filles, tous les créneaux ont été pris et elles avaient des longueurs assez importantes”, affirme Norane en souriant. Avec ses trois complices, elle espère que leur initiative ne s’arrêtera pas là.

Pour Melissa, l’essayer c’est déjà l’adopter.

Maintenant que je sais que cette entreprise existe et que c’est possible de participer à notre hauteur par des petits gestes, j’aimerais bien continuer à récolter des cheveux et à leur envoyer, d'autant que c’est quand même une ressource inépuisable.

Melissa

Coiffeuse à Inside Studio

Pour la jeune femme, c’est assez innovant et facile à mettre en place. “Il n’y a pas de centimètre minimum, c’est ça qui est bien !”, souligne Melissa, qui rassure sa cliente. Contrairement à la récolte permettant de concevoir des perruques qui nécessitent de donner au minimum 10 cm de cheveux, hommes comme femmes peuvent venir donner la longueur de cheveux qu’ils le souhaitent. 

Et ça colle parfaitement avec la ligne directrice de son salon. “Nous, on coupe sur cheveux secs, car on a tous les trois des techniques anglo-saxonnes”, explique la jeune femme. Un gain de temps considérable qui permet de récolter un maximum de cheveux.

La journée s’achève avec une grosse pile de cheveux sur le sol synonyme de réussite. De quoi venir remplir un sac-poubelle de 100 ml. 

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