La tristesse est une expérience normale de l’enfance, c'est quand elle dure que ça pose question

La tristesse est une expérience normale de la vie. C'est même important que les enfants la rencontrent pour mettre en place des stratégies pour lutter contre. C'est quand elle dure que ça pose question.

La tristesse est une expérience normale de l’enfance. Lorsqu’elle dure plus de 15 jours, on doit envisager l’existence d’une dépression. Les statistiques sont formelles : 4 % des enfants sont réellement déprimés.

Évoquer l’hypothèse d’une dépression de l’enfant est un vrai challenge médical. Contrairement à la souffrance physique, la douleur morale est encore sous-évaluée voire ignorée. Ses effets représentent pourtant un risque pour le développement de l’enfant.

Le diagnostic est difficile, car les parents risquent de ne pas repérer la tristesse, qui peut se cacher derrière des troubles du comportement. L’enjeu est important. Les conséquences peuvent être graves. Un dépistage précoce permet souvent un retour rapide à la normale.

Le docteur Revol, pédopsychiatre, et père de quatre enfants, vous éclaire, et vous donne quelques clés.

À chaque âge, sa peine

Dès que la situation dure, au-delà d'une quinzaine de jours, il va falloir se poser des questions pour comprendre et proposer des stratégies et des prises en charge. La difficulté, c'est de la reconnaître parce que chaque âge exprime sa peine différemment.

Le nourrisson n'a pas beaucoup de choix, il l'exprime avec son corps. Il ne mange pas, il ne dort pas et surtout, il arrête de gazouiller. Il y a une espèce de recul dans ses acquisitions.

L'enfant en maternelle et en primaire commence à avoir plus de possibilités de l'exprimer avec des mots. "Je suis nul", "je ne veux pas", et avec un comportement d'opposition. On a tendance à oublier que la première manifestation de la dépression du petit enfant, c'est l'agressivité, l'instabilité, l'hyperactivité motrice. Pas question de le punir systématiquement si déjà il est déprimé, sinon c'est un cercle vicieux infernal.

On voit apparaître chez l'enfant en primaire, des mensonges. Il s'invente une autre réalité parce que la sienne ne lui convient pas.

Enfin, l'adolescent a sa façon à lui d'exprimer sa tristesse : l'irritabilité, l'opposition, l'hostilité. Alors, on pourrait se dire, mais tous les ados sont comme ça. Oui, mais chez l'adolescent dépressif, c'est partout. Si c'est juste dédié au milieu familial, c'est plutôt un signe de bonne santé psychique. Si ça s'exporte à l'extérieur, là, c'est préoccupant.

Comment agir

On essaie de comprendre pourquoi et c'est souvent la même chose : un deuil, une perte. Une perte de quelqu'un qu'il aimait bien, mais ça peut être une perte plus subtile, un animal, un camarade qui est parti habiter ailleurs, ou la perte de l'illusion que ses parents l'aimaient, que ses parents s'aimaient.

À partir du moment où l'on a compris la cause, on peut essayer d'y remédier et de proposer des stratégies.

En dernier recours, il y a les médicaments pour apaiser la douleur morale, mais ce n'est jamais en première intention.

ET SURTOUT. La dépression de l'enfant, ce n'est pas dramatique. C'est même une superbe expérience pour l'adolescent et l'enfant de se rendre compte que l'on peut traverser une période compliquée et s'en sortir accompagné par quelqu'un qui nous a tendu la main, qui a ouvert le parapluie alors que la pluie tombait très fort et nous a accompagné jusqu'à l'arc-en-ciel qui ravive les couleurs de la vie. 

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Le Dr Olivier Revol,

Il a 64 ans et est l'auteur de nombreuses publications scientifiques concernant la précocité intellectuelle, l'hyperactivité et les difficultés scolaires.

Il dirige un service de Neuro-psychiatrie de l’enfant au CHU de Lyon. Il enseigne à l’Université Lyon 1 et milite depuis 30 ans pour que chaque enfant, quelles que soient ses compétences, découvre à l'école le plaisir d'apprendre.
Il a publié trois ouvrages chez JC Lattès : "Même pas grave ! L'échec scolaire, ça se soigne" en 2006, "J’ai un ado, mais je me soigne" en 2010, et "On se calme" en 2013. Il a co-écrit en 2019 « Les Philocognitifs » chez Odile Jacob et "100 idées pour accompagner les enfants à Haut Potentiel (Tom Pousse)" en 2021.
Il aide les parents et les professionnels à comprendre les nouveaux codes des enfants et des adolescents, avec un intérêt particulier pour les fratries d’enfants différents.

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