Confinement : entre résignation et adaptation, Lyon tente de faire face à la "3e vague" du coronavirus

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Écrit par Renaud Gardette, Vincent Diguat, et AFP
De nombreux Lyonnais profitaient du soleil sur les quais, vendredi 26 mars dans l'après-midi à quelques heures du début du 3e confinement, qui va durer un mois.
De nombreux Lyonnais profitaient du soleil sur les quais, vendredi 26 mars dans l'après-midi à quelques heures du début du 3e confinement, qui va durer un mois. © FTV

A Lyon, à quelques heures de l'entrée en vigueur du 3e confinement, les commerçants et les habitants se disent résignés et le coeur lourd. Ambiance dans les rues, les commerces et les entreprises qui vont fermer à nouveau pour un mois.

"Une injustice profonde": à Lyon, de nombreux commerçants affichaient leur incompréhension et leur lassitude face à une nouvelle fermeture imposée dès vendredi 26 mars au soir aux établissements dits non essentiels dans le Rhône, où les indicateurs sur le virus sont redevenus préoccupants.

Une bulle de 10 km, pas plus

À compter de minuit et pour 4 semaines, les Rhodaniens ne pourront plus se déplacer à plus de 10 km de leur domicile ou voyager dans une autre région, sauf motif impérieux ou professionnel. Et les commerces jugés "non-essentiels" doivent à nouveau fermer. En attendant, ceux-ci ne désemplissaient pas vendredi et de longues files d'attente se formaient devant les grandes enseignes de prêt-à-porter ou de produits de beauté.

Ce matin, à la veille de ces 4 nouvelles semaines d'abstinence, il y avait dans les rues lyonnaises comme une envie soudaine de remplir son dressing. Sur place nous rencontrons une femme qui vient faire quelques achats : "Je ne manque de rien, mais c'est par plaisir. Je me suis dis, je vais faire ma dernière petite balade aujourd'hui, et quelques emplettes."

"On avait des achats à faire pour des anniversaires et des rencontres à faire normalement ce week-end" nous affirme un homme. "On anticipe, en souhaitant être libéré le plus vite possible."

Le coeur lourd

Daniel Jeannerot, 64 ans, aura le "coeur lourd" au moment de baisser le rideau de sa petite boutique de vêtements haut de gamme, située dans une artère commerçante près de la place Bellecour.  "Je trouve qu'il y a une injustice profonde" souffle cet indépendant qui après 40 ans de carrière a désormais "la boule au ventre" quand il évoque l'avenir de son commerce. A l'instar, selon lui, des autres commerçants de sa rue. "Les coiffeurs (ndlr: qui restent ouverts), on y reste deux heures et nous, qui faisons notre travail avec les masques, le gel, le textile désinfecté, on est pénalisé", déplore le sexagénaire qui, après avoir perdu 30% de chiffre d'affaires l'an dernier, craint à ce rythme de "donner les clés au tribunal de commerce".  "J'ai déjà acheté mon hiver prochain, l'été est rentré. On navigue à vue", ajoute M. Jeannerot, évoquant ses nouvelles collections qu'il tentera de vendre en click & collect. "Mais ce n'est pas viable à terme", conclut le commerçant.

Pour l'un de ses clients fidèles, Jean-Pierre Sollier, 80 ans, qui habite le quartier "depuis toujours", les nouvelles restrictions qui frappent son fournisseur sont "une valse-hésitation", "un grand flou" auquel "on ne comprend plus rien".  "Ici, on est bien conseillé, bien guidé. Il y a un autre service que dans les chaînes où vous entrez, vous choisissez et vous passez à la caisse", souligne le retraité qui devait profiter de sa journée pour retrouver des amis près de Lyon.

"Une forme de désespoir"

Clément Chevalier, le directeur de "My Presqu'Île", dresse un sombre bilan de la situation. "Là, on repart sur un arrêt complet de l'activité pour la grande majorité d'entre-eux. Sachant que le confinement de novembre a été très compliqué économiquement à encaisser, là, pour les trésoreries, pour les charges des commerçants, c'est une très mauvaise nouvelle encore une fois", souligne-t-il .  "On est arrivé un peu au bout, dans une lassitude, une forme de désespoir" devant la politique sanitaire, ajoute-t-il mais "on va essayer à nouveau d'encaisser le choc et de repartir en avril".

Les bateaux restent encore à quai

La société "Les Bateaux Lyonnais" organise d'habitude des croisières pour les touristes de passage. Après un hiver à quai déjà, les promenades sur l'eau devaient reprendre normalement demain. C'est donc partie remise. Pour la responsable des opérations Laurence Cerclier, il y a "pas mal de frustration, parce qu'on a une seule envie, c'est de redémarrer. Les beaux jours sont arrivés. Toutes nos équipes étaient prêtes à accueillir des passagers. On se sent un peu les ailes coupées. Bien-sûr la sécurité sanitaire est plus importante. Mais on se sent coupés dans notre élan."

Un afflux de voyageurs en gare

Une respiration attendue aussi par d'autres Lyonnais qui ont dès le début de matinée pressé le pas sur le parvis de la gare Part-Dieu pour échapper à la ville. Le temps d'un week-end pour beaucoup.  Parmi le flot de voyageurs, Camille Jeangrand, 28 ans, en partance pour "un peu d'air" en Bourgogne. "De toute façon, il n'y a pas grand chose à faire si ce n'est qu'essayer de trouver des bulles qui nous font un peu du bien pour continuer. Parce que c'est un peu métro, boulot, dodo", estime la jeune Lyonnaise. 

Non loin d'elle, Florence Herubel, 46 ans, porte son jeune fils Antoine pour voir son père en Normandie justifiant pudiquement un "motif familial impérieux". "On subit et on s'adapte, il y a pas beaucoup le choix de toute façon", déclare-t-elle.  Elle espère néanmoins une amélioration rapide de la situation avec une couverture vaccinale "qui fasse son effet" et pour que "les hôpitaux soient désengorgés."

La décision du gouvernement jeudi était "attendue" pour Marcel Gallard, 68 ans, qui part avec son épouse se confiner chez leurs enfants en Allemagne. "On va faire avec, puisqu'on se déplace... on a des enfants à l'étranger, donc on va s'adapter". 

Outre le Rhône, l'Aube et la Nièvre rejoignent la liste des 16 autres départements soumis à des restrictions étendues depuis la semaine dernière.
 

 

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