Confinement et psychologie : une équipe de chercheurs lyonnais analyse l'impact de la période sur nos rêves

De quoi rêve-t-on en ces temps de pandémie ? A Lyon, une équipe du Centre de Recherche en Neurosciences s'est penchée sur cette question pour faire avancer la recherche sur la vie onirique mais aussi mieux comprendre la période actuelle. Elle lance un appel aux hommes pour compléter son étude.

 

Début avril, Perrine Ruby et son "équipe Dynamique Cérébrale et Cognition" ont élaboré une enquête pour savoir de quoi les gens rêvent pendant que le Covid-19 sévit et que les Français doivent rester confinés.

"On sait qu'on rêve de ce qu'on vit, de notre quotidien, de ce qui nous préoccupe, et de nos souvenirs émotionnels. Donc il y avait toutes les raisons de penser que la pandémie allait s'incorporer dans les rêves", souligne cette chercheuse au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.

Le projet se poursuit au Centre Hospitalier Le Vinatier mais les résultats préliminaires montrent déjà que le sommeil et les rêves sont bien "chamboulés", d'après la chercheuse.

Un grand nombre des quelque 2.700 participants ont indiqué "dormir plus" mais aussi avoir "plus de mal à s'endormir", avoir "plus de réveils" au cours de la nuit. Beaucoup disent se rappeler davantage de leurs rêves. "Cela peut s'expliquer par deux choses au moins: le fait de se réveiller plus la nuit et le fait d'avoir une intensité émotionnelle plus importante", précise-t-elle.

Dans les récits oniriques, elle constate "deux tendances": "maladie, hôpital, mort, étouffement, isolement... tous ces thèmes sont très représentés" mais "en contrepoids, il y a aussi beaucoup de thèmes très positifs: interactions avec autrui, fêtes, coopération" et un "érotisme accentué".
"Il y a vraisemblablement un côté cathartique - les émotions très pénibles qu'on vit dans la journée s'expriment à travers le rêve - et il y a aussi le côté compensation: tout ce qu'on ne peut pas vivre la journée, on le vit dans les rêves", explique-t-elle

Un appel aux témoignages des hommes
L'enquête a déjà permi de collecter près de 3000 témoignages, mais l'équipe en manque encore.
En particulier, elle lance aujourd'hui un appel plus spcécifique aux hommes. Ce qui permettrait à cette étude d'être plus représentative. Il serait également profitable que les habitants de l'Est de la France puissent se manifester... Il suffit de remplir ce questionnaire en ligne

A quoi ça sert ?
Le confinement peut être perçu par ces chercheurs "comme une espèce d'expérience de laboratoire à l'échelle du pays dans des proportions inégalées". explique Perrine Ruby, qui retourne la question "On aurait pu se demander : Comment réagiraient les rêves si on forçait les gens à rester chez eux pendant deux mois? ". Une situation aussi extrême, tant au niveau individuel que sociétal, n'a jamais pu être étudiée. Elle va permettre de voir si les règles connues en matière de sommeil et de rêves continuent de s'appliquer dans un tel contexte." Ca va dans les deux sens, ajoute-t-elle. Ce genre d'étude permet de mieux comprendre le rêve, mais les témoignages sur le rêve que nous aurons récoltés permettront, aussi, de mieux comprendre l'époque que nous avons traversée". 

Une autre étude sur le sommeil... pendant un deuil
Il faut dire que cette équipe est spécialisée dans ce domaine. Depuis plusieurs mois, elle mène déjà une autre étude, auprès de candidats qui répondent à un critère très spécifique : "nous avons besoin de personnes qui seraient d’accord pour raconter régulièrement leurs rêves (via un questionnaire court en ligne) après le décès de quelqu’un de leur entourage (qui a eu lieu depuis moins de 3 mois). Pour participer, il ne faut pas avoir d'antécédent de pathologies neurologiques ou psychiatriques avérées." précise le questionnaire, qui ajoute "Notez que plusieurs personnes connaissant la même personne décédée peuvent participer".

L'appel ayant été lancé bien avant la pandémie... Il aurait été sans doute particulièrement intéressant d'analyser les changements de réactions face au deuil pendant la pandémie. Malheureusement, cette enquête subit -elle aussi- les aleas du confinement. "Pour l'instant, une vingtaine de participants ont été inclus. On aurait pu logiquement en augmenter le nombre en cette période. Mais les règles sanitaires nous empêchent d'en ajouter d'autres avant septembre. On risque donc de perdre le bénéfice de cette période si particulière, où le deuil a effectivement été très présent, dans des circonstances inédites" précise Perrine Ruby.