Coronavirus : le confinement, un risque non négligeable de dépression selon la psychiatre Mylène Lefebvre

Publié le Mis à jour le
Écrit par Fred Llop

C’est l’avis du docteur Mylène Lefebvre qui dirige l’Unité "Michel Jouvet", un laboratoire du sommeil situé au Centre Hospitalier du Vinatier, à Lyon. Ce laboratoire vient de lancer une étude en ligne* sur l’impact du confinement sur notre moral. Entretien.

Votre étude se nomme : "Impact du confinement sur les rythmes circadiens et le risque de dépression". Qu’est-ce qu’un rythme circadien ?



ML : C’est ce qui caractérise notre rythme "veille/sommeil" en 24 heures. Ce rythme est comme notre horloge biologique interne, il est propre à chacun d’entre nous et assez stable dans notre vie d’adulte. Il y a des grandes familles comme les gros dormeurs, ou les petits dormeurs, ceux qui sont du soir ou ceux, plutôt du matin. Nous savons que chez les personnes en dépression, il y a des perturbations de ce rythme circadien. Avec cette étude, nous cherchons à savoir si le confinement qui, de fait, perturbe profondément notre quotidien, peut mener certains d’entre nous à la dépression.

 

En quoi est-ce une étude inédite ?



ML : Ce confinement est par lui-même inédit, et cela nous ouvre des perspectives de recherches inédites également: d’habitude, les études que nous menons au Vinatier sont centrées sur des patients, alors qu’ici, cette étude est adressée à un très large public grâce à internet. Elle devrait donc être représentative de la population générale. C’est là tout l’intérêt.

 

L’intérêt ?



ML : Oui ! Notre rythme circadien est influencé par tout ce qui se passe à l’extérieur. Depuis 5 semaines maintenant, le confinement modifie durablement notre vie : toutes nos habitudes, ces marqueurs quotidiens comme le lever, les repas, le trajet domicile/travail etc… tout cela est bouleversé pour une grande majorité d’entre nous. Nous ne nous levons plus, ne mangeons plus, et ne nous couchons plus forcément aux mêmes heures, et cela perturbe notre "horloge biologique". Notre étude sur un très large public est donc très intéressante et j’espère qu’elle nous permettra de comprendre ces modifications et ce qu’elles entrainent sur notre santé mentale.

 

Comment se présente votre étude ?



ML : C’est un questionnaire avec des cases réponses à « cliquer ». C’est très simple et ça se remplit en moins de quinze minutes. Tout d’abord nous dressons un portrait de votre rythme circadien, de vos habitudes de sommeil avant le confinement, puis après le confinement. La dernière page de questions nous permet de savoir comment vous vous sentez aujourd’hui.

 

Vous avez déjà des réponses ?



ML : Oui, le questionnaire est en ligne depuis le 17 avril et ce matin (21 avril) nous avions déjà près de 1600 participations. En compilant rapidement ces premières données, on remarque sur la forme, que les personnes qui ont répondu sont au deux tiers des femmes. Sur le fond, même s’il est beaucoup trop tôt pour donner des conclusions, on remarque qu’un grand nombre de réponses concernant l’état de santé mentale montre des premiers signes de dépression.



Alors justement, dans cette période anxiogène où notre « rythme circadien » est malmené, comment peut-on se prémunir de la dépression ?



ML : A la fin du questionnaire, il y a un lien vers un site qui donne des conseils d’hygiène du sommeil à adopter durant cette période de confinement. Il y a plusieurs points et suggestions à suivre tous les jours comme :
  1. Se lever à heure fixe.
  2. Maintenir le rythme des repas.
  3. Organiser sa journée en programmant des activités : (travail/lecture/sport/échanges téléphoniques…).
  4. Limiter les siestes (pas plus de 20 minutes).
  5. Prendre l’air et la lumière (même à sa fenêtre).


*L'étude sur l’impact du confinement sur notre santé mentale est disponible ici.
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