Coup d'envoi de la controversée campagne régionale de dépistage Covid en Auvergne-Rhône-Alpes

"Tous dépistés avant Noël", c'est le slogan de la vaste campagne de dépistage Covid, initiée par la Région Auvergne-Rhône-Alpes. L'opération débute ce mercredi 16 décembre 2020. Laurent Wauquiez défend, bec et ongles, l'utilité de ces tests massifs. Son opposition, elle, reste critique.

Un des centres temporaires de dépistage massif Covid, installé devant la gare de Lyon Part-Dieu, pour la campagne de la Région Auvergne-Rhône-Alpes.
Un des centres temporaires de dépistage massif Covid, installé devant la gare de Lyon Part-Dieu, pour la campagne de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. © FTV

Trois centres de dépistage, mis en place temporairement à Saint-Quentin-Fallavier et à Lyon, seront visités par Laurent Wauquiez, dans la matinée du mercredi 16 décembre 2020. Le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes assure lui-même le "service après-vente" de la campagne massive de tests Covid, qui va durer une semaine, dans douze départements.

1300 sites temporaires de dépistage, 2.2 millions de tests achetés, des milliers de personnes mobilisées, 8 millions de gants acheminés vers les centres pour cette campagne de dépistage. Les chiffres martelés par Laurent Wauquiez depuis plusieurs semaines, visent à démontrer l'ampleur de l'action, voulue par celui-ci, mais que certains assimilent à "un coup de comm" avant les élections de 2021.

Une campagne qui a "un peu du plomb dans l'aile"

"Deux à quatre millions de personnes testées dans tout Auvergne-Rhône-Alpes", c'était l'un des premiers objectifs fixés par Laurent Wauquiez, lors de l'annonce de cette campagne de dépistage d'avant les fêtes. Depuis, les chiffres ont été revus à la baisse, selon le conseiller régional d'opposition, Johann Cesa. L'élu de la Loire, membre du groupe Socialiste et Démocrate, dit avoir interrogé à ce sujet le vice-président régional, délégué à la santé. Yannick Neuder l'aurait reconnu lui-même, il serait plutôt question désormais de dépister 500.000 à 1 million d'habitants.

Mais ce qui inquiète, surtout, Johann Cesa, c'est la fiabilité des tests qui vont être réalisés. Le conseiller régional ligérien argumente sur la base de prises de position de médecins, notamment ceux d'une maison de santé du département de l'Ain. À la maison médicale du plateau d'Hauteville, pas question de prendre part à la campagne de dépistage massif, relayée par la commune. Ce qui les inquiète tout particulièrement, c'est la fiabilité des tests antigéniques.

"Peur de renvoyer dans la nature de faux négatifs"

Ce que redoutent ces médecins de l'Ain, c'est que cette campagne régionale de dépistage s'avère "contre-productive". Pourquoi ? La réponse se trouve dans les données scientifiques sur la fiabilité des différents tests Covid existants, et dans des études sur le respect des gestes barrière.
Concernant les tests, il faut rappeler que celui dit PCR est fiable à 95%, lorsqu'il est réalisé dans les 7 jours où les premiers symptômes apparaissent. Le test antigénique, lui, n'est pas aussi performant. Il doit être réalisé plus tôt, sur des personnes symptômatiques, et sa fiabilité oscille entre 40 et 50%.

Les médecins de la maison médicale d'Hauteville s'appuyent sur l'exemple d'un dépistage réalisé au sein d'un cluster à Lyon. "Le constat réalisé alors sur un échantillon de 500 personnes, c'est que 101 tests PCR se sont avérés positifs, contre 54 avec les tests antigéniques. En clair, 46 étaient de faux négatifs".

Johann Cesa résume l'enjeu sanitaire avec ces mots : le risque, et la peur avec ces tests, "c'est de renvoyer dans la nature, des faux négatifs", et de faire croire aux personnes testées, qu'elles peuvent fêter la fin d'année en toute sécurité.
Cette notion de fausse sécurité, a également été relevée par le Conseil scientifique le 12 décembre dernier. C'est ce qu'indiquent, dans un communiqué commun, les villes de Lyon et de Villeurbanne, qui ont sollicité l'avis de l'instance sur la pertinence et l'efficacité de la campagne régionale.

"Tester, tracer, isoler..."

Invité du 19/20 ce lundi 15 décembre 2020, Laurent Wauquiez a tenu bon face à la critique. Sur le plateau télévisé de Lyon, le président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes a tenu à répondre aux interrogations.
À rassurer, tout d'abord, concernant la prise en charge des cas positifs. "Un professionnel de santé sera présent sur chaque centre de dépistage". En cas de tests positifs, trois étapes ont été prévues : "tout cas positif sera transmis à l'Assurance maladie pour la mise en place d'un protocole d'accompagnement". La préfecture a également son rôle à jouer, "c'est de sa responsabilité". Et enfin, Laurent Wauquiez évoque un partenariat avec la Croix-Rouge pour cibler un public plus vulnérable.

Le test n'est pas un passeport pour faire n'importe quoi... C'est une précaution de plus.

Laurent Wauquiez, invité du 19/20 du 15 décembre 2020

Répondant aux critiques sur l'utilité de cette campagne organisée avant Noël, Laurent Wauquiez maintient le cap, intimant les uns et les autres "à garder un peu de bon sens". Rappelant que ces fêtes de fin d'année sont familiales, "que vous allez vous retrouver avec vos parents, vos grands-parents, des personnes potentiellement vulnérables", le président de la Région insiste sur l'enjeu de précaution : "c'est pour les protégez, eux". 

Une campagne à 19 millions d'euros

Cette semaine de dépistage massif, dans toute la région Auvergne-Rhône-Alpes va coûter 19 millions d'euros. C'est ce qui a été annoncé lors du conseil communautaire du 14 décembre 2020.
"C'est beaucoup d'argent public surtout pour la communication de notre président", a déclaré Fabienne Grébert, à nos confrères de France Bleu.  Pour la présidente du groupe Rassemblement Citoyen Ecologistes et Solidaires, ces "dizaines de milliers d'euros" auraient pu être investis dans d'autres domaines, notamment "dans des actions qui vont permettre de sortir nos habitants de la précarité".

 

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