Covid19 et bien-être mental menacé : quel soutien pour les étudiants à Lyon ?

Souvent très jeunes, en perte quasi totale de vie sociale, les étudiants affrontent avec beaucoup de difficultés la pandémie actuelle. Isolés et en manque de soutien, ils subissent des troubles de leur bien-être mental, et risquent à minima de décrocher. Exemples et tentatives de solutions, à Lyon.

Les étudiants, souvent très jeunes, affrontent à la fois une perte de repères et un manque de soutien.
Les étudiants, souvent très jeunes, affrontent à la fois une perte de repères et un manque de soutien. © Marie Redortier

Dans la nuit du vendredi 8 au samedi 9 janvier, un étudiant de la faculté de droit de l’université de Lyon 3 a tenté de se suicider en se jetant par la fenêtre de sa résidence universitaire. Les causes de son geste sont encore inconnues, et les réactions des autres étudiants sont prudentes.

C'est le cas de Gaelis, le Groupement des Associations et élu.e.s Etudiant.e.s de Lyon, Indépendant et Solidaire, qui fait partie de la FAGE (Fédération des Associations Générales Étudiantes). " Nous tenons à garder une certaine vigilance à ce que des syllogismes ne soient pas faits trop précipitamment. De plus, par respect pour cet étudiant et ses proches, il nous semblait essentiel de garder des propos mesurés." précise leur communiqué. Difficile, toutefois, de ne pas pointer du doigt les risques que font porter les restrictions liées à la pandémie sur l'équilibre et la santé mentale de ces jeunes, souvent isolés. 

Un contexte trop lourd à supporter seul

A Villeurbanne, Romain Narbonnet travaille seul dans sa résidence universitaire, dans une chambre de dix mètres carrés qu'il ne quitte plus, et d'où il suit les cours à distance. L'isolement lui pèse. Au mur, il a affiché les photos des visages de ses proches et amis, dès le premier confinement. Le jeune étudiant en droit confie qu'il a appelé les services d'aide psychologique mis à sa disposition. Mais il est déçu : "Déjà, on ne parlera pas avec un psychologue au premier rendez-vous. Et ce premier rendez-vous, ce sera au bout de un... voire deux mois. Donc quand vous en avez besoin, enfermé, que vous ressassez, vraiment... et que l'on vous dit de venir dans deux mois, c'est juste pas possible." commente-t-il.

Isolé dans sa résidence universitaire, Romain a tenté de contacter l'aide psychologique, mais n'y a pas trouvé son compte
Isolé dans sa résidence universitaire, Romain a tenté de contacter l'aide psychologique, mais n'y a pas trouvé son compte © Valérie Benais

Le Centre régional des œuvres sociales universitaires de Lyon rappelle qu'il a mis en place depuis 10 ans un réseau de soutien psychologique. Cela s'est traduit, depuis le printemps, par 700 heures de permanences d'écoute. "Nous hébergeons 9500 étudiants. A titre d'exemple, sur l'année universitaire 2019-2020, nous avons eu 150 sollicitations. Est-ce que c'est beaucoup, ou est-ce que c'est peu ? C'est difficile de le dire. Tous les étudiants qui ont un besoin viennent-ils vers nous ?  En tout cas nous sommes en état de répondre aux sollicitations des étudiants" rappelle Christian Chazal, directeur général du CROUS de Lyon.

"nous sommes en état de répondre aux sollicitations des étudiants" assure Christian Chazal, directeur général du CROUS de Lyon
"nous sommes en état de répondre aux sollicitations des étudiants" assure Christian Chazal, directeur général du CROUS de Lyon © Valérie Benais

Plusieurs alertes déjà émises

Resto universitaire ou bibliothèque fermés... Autant de lieux de rencontre qui manquent à ces jeunes. Un isolement qui peut provoquer une réelle détresse psychologique. C'est en tous cas ce qu'une étude, menée par le service de santé l'université de Lyon 1, a mis en évidence en novembre dernier. "Fêter le bac, fêter ses 18 ans, fêter tous ces rituels de communauté... C'est, pour les étudiants, essentiel à leur structure et à leur bien-être. Là, ils en en sont privés, et pour certains c'est la double-peine" explique le docteur Caroline Combes, médecin en chef du service de santé universitaire Lyon 1.
 

"Pour certains c'est la double-peine" estime le docteur Caroline Combes, médecin en chef du service de santé universitaire Lyon 1.
"Pour certains c'est la double-peine" estime le docteur Caroline Combes, médecin en chef du service de santé universitaire Lyon 1. © Valérie Benais

En novembre dernier, déjà, le professeur Nicolas Franck, psychiatre et chef de service au Vinatier à Lyon, alertait sur les conséquences lourdes des confinements et autres restrictions de liberté, en particulier sur les étudiants : «Dans notre enquête réalisée au printemps, on est plutôt resté sur des manifestations de mal-être. C’est la première étape. A laquelle succèdent des manifestations plus spécifiques : être irritable, être tendu, subir des troubles du sommeil, avoir l’impression d’avoir un obstacle devant soi, des ruminations mentales etc. Au bout d’un certain temps se constitue soit un trouble dépressif, soit anxieux. C’est très progressif. Il y a des étapes. Et cela diffère en fonction des individus» expliquait-il alors. 

De son côté, le groupement d'étudiants Gaelis met la priorité sur l’information et la prévention auprès des étudiants afin qu’ils se sentent accompagnés et puissent être orientés vers les dispositifs d’écoute. "Cela s’est fait via une publication sur nos réseaux sociaux, recensant les différents dispositifs de soutien (financiers, psychologiques) dont les étudiants peuvent bénéficier", nous rappelle-t-il.

Bonsoir à toutes et à tous, Suite au drame survenu hier, il nous semble important de vous rappeler que nous sommes...

Publiée par GAELIS : les assos et élus étudiants de Lyon sur Dimanche 10 janvier 2021

Le groupement d'étudiants interpelle l'état et réclame des changements concrets : "A notre sens, l’heure n’est plus à la prise de conscience mais à l’action, à la construction et le développement de solutions viables et pérennes. Pour cela, le gouvernement doit faire de ces problématiques une priorité."

L'année solidaire Lyon 3, pour éviter de décrocher

Au second semestre prochain, les étudiants les plus fragiles pourraient retrouver les amphis par petits groupes. Les autres continueraient l'enseignement à distance. En attendant, à l'université Lyon 3, un dispositif, prévu de longue date, a été mis en place ce lundi 11 janvier, pour lutter contre le décrochage de certains de ces jeunes. Intitulée "l'année solidaire Lyon 3", cette opération vise plusieurs objectifs, parmi lesquels, d'abord... créer une dynamique de groupe, à l'aide d'une expérience théâtrale. "L'année solidaire va permettre d'essayer de réduire un certain nombre de fractures et supprimer un certain nombre de difficultés matérielles ou psychologiques, que peuvent rencontrer nos étudiants, avec le contexte sanitaires que l'on connaît " résume Michel Wissler, enseignant et directeur "Information et Orientation" à l'université Jean-Moulin - Lyon 3

Pour ces étudiants, renouer des liens sociaux, est une priorité. Tous veulent retrouver ici l'envie de reprendre leurs études. "Je suivais de moins en moins les cours. J'ai failli décrocher. Heureusement qu'il y a eu cela, sinon j'aurais arrêté l'école" avoue Ahmed Fawzi, étudiant en 1ère année de Droit à l'université Jean Moulin - Lyon 3. 

"J'ai failli décrocher" avoue Ahmed Fawzi, étudiant en 1ère année de Droit
"J'ai failli décrocher" avoue Ahmed Fawzi, étudiant en 1ère année de Droit © Marie Redortier

Le confinement, la difficulté d'étudier seul devant son écran. Des épreuves, pour lesquels ces jeunes, tout juste sortis de l'adolescence, n'étaient pas préparés. "Oui, la solitude, ça pesait aussi beaucoup. Solitude + incertitude + doute... ça fait beaucoup pour quelqu'un qui a tout juste 18 ans" raconte llona Rigaud, étudiante en 1ère année Droit & Philosophie à l'université Jean Moulin - Lyon 3. 

"Solitude + incertitude + doute... ça fait beaucoup que quelqu'un qui a tout juste 18 ans" raconte llona Rigaud, étudiante en 1ère année Droit & Philosophie
"Solitude + incertitude + doute... ça fait beaucoup que quelqu'un qui a tout juste 18 ans" raconte llona Rigaud, étudiante en 1ère année Droit & Philosophie © Marie Redortier

Durant 12 semaines, ce petit groupe d'étudiants aura donc le privilège de retourner à la fac, pour envisager, une nouvelle orientation.  

 

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