Les écologistes de la métropole de Lyon doublent le budget des transports publics

Le Sytral, qui gère les transports en commun lyonnais, a voté ce jeudi 17 décembre un "plan d'investissement multimodal" de 2,55 milliards d'euros pour les cinq ans à venir, soit le double du montant investi lors du mandat précédent.
 

Bruno Bernard, lors du comité syndical du Sytral, le 17 décembre 2020.
Bruno Bernard, lors du comité syndical du Sytral, le 17 décembre 2020. © Joël Philippon/MAXPPP

Le Sytral (Syndicat Mixte des transports pour le Rhône et l'agglomération lyonnaise) est dirigé depuis la rentrée par le nouveau président de la métropole de Lyon Bruno Bernard. L'écologiste souhaite développer un projet "ambitieux au service de la cohésion des territoires et de la transition énergétique" pour la période 2021-2026.

Le Grand Lyon va connaître un big bang dans son offre de transports. Ainsi, quatre nouvelles lignes de tramway, extension des rames, bus à haut niveau de service, parc diesel renouvelé au profit de l'électrique et du gaz naturel de ville se réaliseront. Enfin, un téléphérique reliant le quartier de Gerland à l'ouest lyonnais sera la principale nouveauté. La livraison de cette ligne aérienne est prévue pour fin 2025, avec l'ambition de transporter entre 20.000 et 25.000 voyageurs par jour. 

La promesse de l'ancien maire de Lyon, Gérard Collomb, d'un métro E pour desservir l'ouest lyonnais n'est pas officiellement écartée. Elle sera mise en compétition avec trois autres projets d'extension du réseau souterrain qui feront l'objet d'une consultation publique à l'automne 2021. 

Cette année, les pertes sont estimées à plus de 100 millions d'euros en raison de la baisse de fréquentation des transports en commun liée à la situation sanitaire. Malgré cela, Bruno Bernard évoque le "devoir d'adopter un plan de relance à la hauteur des enjeux que constituent les mobilités".

Pour financer ces grands projets, le Sytral compte sur le retour des voyageurs, une hausse de 10 millions d'euros de la contribution de la métropole de Lyon, le soutien de l'État et de l'Union Européenne et le recours à l'endettement. Face à ses investissements inédits, l'autorité organisatrice se ménage tout de même "une clause de revoyure" en 2023, qui tiendra notamment compte de l'évolution de la crise économique.   
Bruno Bernard dit agir pour des "mobilités durables" face à l'urgence climatique. Il souhaite proposer "une alternative solide, crédible et efficace à la voiture individuelle", avec pour principal objectif "la lutte contre la pollution de l'air". 

Le mois dernier, la métropole de Lyon avait annoncé un renforcement à venir de la Zone à faibles émissions (ZFE) actuellement en vigueur à Lyon et Villeurbanne, synonyme de bannissement à terme du diesel. 

Questions au président de la métropole de Lyon, Bruno Bernard.

France 3: Cet investissement plus conséquent, c'est un choix assumé?

Bruno Bernard: Oui, nous avons doublé le budget d'investissement du Sytral pour le porter à 2,5 milliards d'euros, c'est 2 fois plus que sous le mandat précédent. C'est une politique ambitieuse pour donner des alternatives à la voiture, réduire la pollution, permettre aux gens de se déplacer plus facilement, de faire aussi des gains de pouvoir d'achat parce que les transports en commun coûte beaucoup moins cher que la voiture. Donc c'est une solution d'avenir pour toutes et tous. Et donc nous sommes ambitieux.

France 3: Quid du métro?

Bruno Bernard: Nous regardons entre plusieurs solutions. La ligne E sur l'ouest ou prolonger la ligne A à Meyzieu, la ligne B à Rillieux ou la ligne D à la Duchère. Nous étudierons ça en début d'année et en septembre 2021, nous ferons un débat citoyen pour voir quelle est la ligne la plus efficiente, en termes de déplacements et en termes de développement urbain à l'échelle de la métropole. On va demander l'avis des habitants et des experts. Le Sytral décidera alors d'engager une ou 2 lignes de métro selon nos capacités financières pour des projets, de toute façon, qui prendront 12 ou 15 ans. Et c'est pourquoi il faut prendre le temps de poser les choses et de faire le bon choix.

France 3: Mais vous voulez éviter les étalements urbains?

Bruno Bernard: Oui, on ne veut pas de métro tiré très loin qui pourrait favoriser l'étalement urbain et de toute façon, que nous ne savons pas financer. Donc, il faut être raisonnable, nous sommes déjà très ambitieux. Nous allons faire preuve de dynamisme pour ça. Mais il faut rester sur des choses réalistes. Il n'est plus temps de faire des propositions de campagne comme l'ont fait certains qui ne sont pas justifiées.

France 3: Sur l'étalement urbain, il est possible aussi que les gens n'aient plus forcément les moyens d'acheter à Lyon, donc ils vont être obligés de sortir de du centre-ville de Lyon.

Bruno Bernard: Enfin je vous redis, moi, je ne ferai pas d'étalement urbain. C'est un choix politique qui a beaucoup été fait dans les années passées, ça a conduit à la disparition de terres agricoles, à la disparition de la nature, à plus de pollution. C'est un modèle des années 80 qui a été catastrophique et ce n'est plus le modèle aujourd'hui.

France 3: Sur le transport par câble, quelles sont les premières informations?

Bruno Bernard: Nous prévoyons un transport par câble entre les communes de Francheville, Sainte-Foy-lès-Lyon, probablement la Mulatière, qui finirait à Lyon, probablement au métro Gerland. Ça permet par exemple de relier Sainte-Foy-lès-Lyon au métro Gerland en 11 minutes, contre 45 minutes en voiture. Et on pourrait avoir 20.000 voyageurs tous les jours dans cette télécabine.

France 3: Vous vous appuyez sur d'autres villes, comment ça marche pour ce transport innovant?

Bruno Bernard: On a naturellement un bureau d'études qui nous aide pour ce travail. Il y a d'autres villes comme Toulouse ou Grenoble qui vont en ouvrir avant nous. Il y a énormément d'expériences dans les villes du monde, notamment en Amérique du Sud. Donc tout ça est regardé de très près, pour que cette solution innovante offre de nouvelles possibilités sur un terrain de collines lyonnaises, où cette solution est la plus pertinente.

France 3: C'est la seule solution technique à cet endroit-là, sachant que c'est 20.000 voyageurs quotidiens pour une télécabine; un métro, c'est 150.000 par jour?

Bruno Bernard: Alors on peut difficilement comparer télécabine et métro. Ce n'est ni la même capacité ni les mêmes coûts. Ça peut être 8 ou 9 fois plus cher un métro. (Ce n'est ) ni le même délai de réalisation. Une télécabine c'est 3 ou 4 ans; un métro, c'est 15 ans et ce ne sont pas forcément les mêmes territoires desservis. Donc la télécabine, c'est une solution qui est pertinente à certains endroits.

France 3: Sur ces investissements élevés, pour le câble, notamment par rapport au nombre de voyageurs, vous n'avez pas peur de quelques dérapages?

Bruno Bernard: Non, sur la télécabine, c'est un projet à 160 millions d'euros, sur nos 2,5 milliards. Donc c'est un projets parmi d'autres. C'est plutôt le coût du tramway en terme de prix au kilomètre que du métro.

France 3: Sur ceux qui vous répondent que ça va engendrer une pollution visuelle, cette télécabine, vous répondez quoi?

Bruno Bernard: Toute construction en ville change la ville. Quand vous faites un tramway, ça peut changer son aspect. Quand vous faites des corridors bus, également. Qand vous faites une télécabine ou d'autres travaux, c'est le cas. La ville évolue au fil des années et il faut trouver les solutions pour l'intégrer au mieux et que ça soit le mieux accepté par les citoyens. Mais moi, ce que je vois, c'est que ce mode de transport - qui permet à un habitant de Francheville d'être en 20 minutes au métro Gerland, là où il a besoin de 50 minutes actuellement - est un vrai plus pour la population.

France 3: Un budget des transports doublé... Vous avez réellement les moyens d'aller jusqu'au bout?

Bruno Bernard: Alors oui, la capacité d'auto-financement du Sytral était d'1,6 milliard sous le mandat précédent. Là, on a un peu d'incertitude, vu la crise, mais on espère les retrouver relativement rapidement. La métropole de Lyon va augmenter fortement sa subvention pour la porter à 200 millions d'euros par an en 2026, soit 50% de plus. Et puis nous aurons naturellement recours à un emprunt modéré et raisonnable pour financer ses investissements du futur. 

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