Espionnage : l'ancien directeur du service informatique de la région Auvergne-Rhône-Alpes condamné à 6 mois de prison avec sursis

Publié le
Écrit par Alexandra Huctin .

Soupçonné d'avoir espionné les mails d'un syndicat de la Région Auvergne-Rhône-Alpes en 2016, l'ancien directeur des services informatiques est condamné à six mois de prison avec sursis et 5 000 euros d'amende. Les courriels étaient filtrés avec des mots clés après des soupçons de fuite d'informations dans la presse.

Un ancien directeur du service informatique (DSI) de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, accusé d'avoir mis en place un système d'espionnage d'agents et d'élus fin 2015, a été condamné vendredi à Lyon à six mois de prison avec sursis et 5.000 euros d'amende.

Aujourd'hui en poste en Occitanie, l'ingénieur Benoît Dehais, 53 ans, a été reconnu coupable d'"atteinte au secret de correspondances par un agent chargé de service, accès et maintien frauduleux dans un système de traitement automatisé de données" par le tribunal correctionnel qui a suivi les réquisitions du parquet.

Les courriels filtrés par des mots clés



Dans son délibéré, le tribunal a en outre accordé un euro symbolique au syndicat SUD, qui avait le premier détecté l'accès irrégulier à ses boîtes mail au sein de la région Rhône-Alpes en 2016. Les juges ont aussi octroyé 1.000 euros de dommages et intérêts pour préjudice moral à la Région Auvergne-Rhône-Alpes, constituée partie-civile.

Benoît Dehais était suspecté d'avoir fait ouvrir à son bénéfice un accès aux boîtes mails de l'administration de la Région, en organisant une détection du mot clé "dangele" dans les courriels de la collectivité. 

Il s'agissait alors de détecter des fuites à destination de l'ancien hebdomadaire satirique lyonnais "Les potins d'Angèle", qui multipliait à l'époque les révélations sur la fin de mandat de l'ancien président socialiste Jean-Jack Queyranne. 



L'affaire avait été découverte lorsque SUD a voulu faire reconfigurer sa boîte mail. Selon des mails retrouvés par les enquêteurs, Benoît Dehais avait exigé la recherche du mot clé auprès de son service et du prestataire informatique. 

A cause de fuites dans la presse ?



"On est en face de quelque chose de complètement opaque", avait estimé à l'audience, en mai dernier, la procureure de la République Hélène Descout. 

Le prévenu avait pour sa part contesté avoir voulu espionner le contenu des messages des agents ou élus. Selon lui, l'accès aux messageries avait été mis en place "à des fins de contrôle d'audit", mais "sans aucune intrusion dans les contenus". Il a affirmé que son supérieur lui avait demandé de rechercher les sources à l'origine des fuites dans la presse.

" Rien n'indique qu'il l'a fait en dehors d'une demande de ses supérieurs", avait plaidé son avocat Me Frédéric Doyez, qui a fait appel de la décision vendredi.

Cité comme témoin, l'ancien directeur général des services (DGS) de la région Auvergne-Rhône-Alpes Philippe de Mester avait affirmé à la barre n'avoir donné aucune consigne pour effectuer des recherches dans les mails de la région. "Les raisons étaient techniques", avait-t-il déclaré. 

" Ils ont installé un système d'espionnage médiocre ", a lancé de son côté André Soulier, constitué partie civile pour l'ancien journaliste Gérard Angel.

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer des newsletters. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas des e-mails. Notre politique de confidentialité