Face à l'impuissance administrative et aux attaques antisémites, le maire de Mions démissionne

Claude Cohen, maire de cette commune de la métropole de Lyon, se dit découragé par le manque d'écoute des collectivités d'une part, et ne supporte plus des propos antisémites dont il fait l'objet.

Il abandonne. Claude Cohen, maire LR de Mions depuis dix ans, a décidé de présenter sa démission, annonce-t-il ce samedi 20 avril.

"J'en peux plus"

C'est sur page Facebook qu'il annonce sa décision : "c'est avec une grande émotion que je m'adresse à vous (...) pour vous informer que j'ai envoyé ma lettre de démission à Madame la Préfète de Région le 17 avril. (...) Je suis convaincu que le changement ouvrira la voie à un nouveau chapitre pour la municipalité," explique-t-il. Contacté par France 3, le maire évoque les raisons qui le poussent à abandonner son mandat : "un maire a beaucoup de complications à gérer, les dossiers sont très lourds, et je pensais que la métropole faciliterait des dossiers, ce qui n'est pas du tout le cas. Ensuite, la préfète m'a carencée (privé de la compétence de délivrance de permis de construire, NDLR) sans raison. Et enfin, les propos antisémites à cause de mon nom et de ma fonction sont permanents. J'en peux plus."

Trois motifs de ras-le-bol

  • Premier motif : l'absence d'écoute de la métropole de Lyon. Le président écologiste de la métropole, Bruno Bernard, est régulièrement accusé d'imposer ses décisions aux maires des petites communes sans les écouter. En 2021, 45 "maires en colère" sur les 59 de la métropole dénonçaient, dans une tribune, la gouvernance de la majorité écologiste. La situation ne s'est pas améliorée selon l'élu de Mions.  
  • Second motif : la décision de la préfète du Rhône, en janvier dernier, de sanctionner financièrement et en privant certaines communes, dont Mions, de leur possibilité de délivrer les permis de construire. Elle estime que ces communes ne font pas suffisamment de place aux logements sociaux dans leurs constructions. Le maire de Mions ne décolère pas : " je n'ai jamais refusé un seul permis de construire pour des logements sociaux. Il se trouve simplement qu'ici, il n'y a pas de foncier disponible ! J'ai reçu tous les prédécesseurs de la préfète pour leur montrer cette réalité. C'est la seule qui n'est jamais venue, et c'est la seule qui décide de nous carencer lourdement." 
  • Dernier motif : les propos antisémites récurrents dont il est victime. Des insultes ou des images ambigües ciblant Claude Cohen ont été relevées ces dernières années, essentiellement sur les réseaux sociaux. L'élu déclare avoir déposé plusieurs plaintes*, mais regrette qu'elles soient à chaque fois finalement classées sans suite. "J'ai encore déposé plainte hier", confie-t-il à ce sujet. À ce contexte, s'ajoute une violence accrue, dont le maire avait également été victime en 2022 (une tentative d'agression au couteau sans motivation antisémite).

Sur ce sujet, la préfecture du Rhône signale qu'à sa connaissance, il n'y a pas eu de plainte déposée par le maire pour motifs antisémites, ni en 2023, ni en 2024.

Le désarroi des maires

Le maire quitte son mandat, mais souhaite rester actif et disponible, "au service de la ville que j'aime tant et où il fait bon vivre," précise-t-il. "J'accompagnerai mon successeur comme conseiller municipal s'il me le demande". Le maire indique également son désir de rester élu de la Métropole de Lyon, pour continuer à soutenir ses "amis" politiquement.

La préfecture dispose d'un délai pouvant aller jusqu'à deux mois pour valider la démission. Ensuite, un Conseil Municipal sera réuni pour désigner un successeur.

Ce désistement illustre une nouvelle fois la crise profonde qui touche les maires de petites et moyennes communes de France, confrontés à la multiplication des incivilités, à une faible rémunération, et aux lourdeurs administratives. Selon un chiffre de l'Association des Maires de France (AMF), 72% des maires actuels ne veulent pas se représenter. Et selon David Lisnard, président de l'AMF, on comptait en moyenne 40 démissions de maires par mois en 2023 sur le territoire français.