Féminicide : "Nathalie voulait vivre libre", la mère de 4 enfants a été victime de son ex-compagnon

Publié le Mis à jour le
Écrit par Dolores Mazzola

Nathalie, 33 ans, a été victime de son ex-conjoint et père de ses 4 enfants le 8 mai 2022. Elle a été poignardée devant chez elle, à Grézieu-la-Varenne, dans l'ouest lyonnais. Aujourd'hui sa sœur Marlène espère se voir confier la garde de ses neveux. Des cagnottes solidaires ont été lancées.

Sur la photo choisie par sa famille pour illustrer la cagnotte solidaire, Nathalie ressemble à petit rayon de soleil, ses mèches couleur de miel encadrent son visage et son regard pétille. "C'était lors d'une fête de famille, au château du Vivier, à Ecully. C'était une belle journée. Une merveilleuse journée", raconte Lydie, la cousine de la jeune femme. Mais les mots peinent à sortir. Il y a moins d'une semaine Nathalie souriait encore à la vie. 
La jeune femme est morte dimanche dernier, poignardée devant son domicile de Grézieu-la-Varenne par son ex-compagnon et père de ses quatre enfants. Nathalie avait 33 ans. Malgré la douleur de cette perte, Lydie et sa sœur Kelly ont voulu rendre hommage à leur jeune cousine et surtout "penser aux enfants".

"Vivre libre"

Nathalie était la mère d'un garçon de 13 ans et de trois fillettes âgées de 10 ans, 6 ans et 4 ans. La maman active travaillait en milieu scolaire. "Elle aimait les enfants, s'occuper des autres. La générosité, c'est le mot qui la caractérisait", confie sa cousine Lydie. L'heure du deuil n'a pas encore sonné, la jeune femme est partagée entre colère, désolation et stupéfaction. "La tête dans le brouillard", elle a encore du mal à réaliser la tragédie qui a frappé sa famille. Nathalie faisait des projets. "Deux heures avant sa mort, on s'échangeait des messages. On organisait une fête pour l'anniversaire de sa maman et de mon papa. Elle s'en faisait une joie," raconte sa cousine qui a du mal à parler au passé. "Elle voulait vivre libre", ajoute-t-elle.

Ses proches avaient-ils connaissance de ses difficultés, des violences? "Nathalie a toujours été discrète sur ce qui lui arrivait. Très digne. Elle était très équilibrée. Elle ne voulait pas qu'on la plaigne," assure sa cousine. 

"Féminicide : ça suffit !"

Le couple était séparé depuis plusieurs semaines. Nathalie avait même porté plainte contre son ex-compagnon. Ce dernier avait interdiction d'approcher la jeune femme. Placé sous contrôle judiciaire, il devait être jugé en août prochain. Dimanche 8 mai, l'impensable s'est produit. Elle a succombé à ses blessures malgré l'intervention des secours alertés par des riverains. Décompte macabre des féminicides : Nathalie fait partie des 40 victimes enregistrées depuis le début de l'année 2022. Aujourd'hui ses proches sont accablés et surtout indignés.

"Il faut que les choses bougent. Ma cousine avait porté plainte, elle avait un téléphone grave danger sur elle. Mais dans son cas, ça n'a pas suffi", déplore la jeune femme. "Etre écoutée n'est pas suffisant, il faut prendre des mesures pour aider ces femmes qui alertent", ajoute-t-elle. Pour Lydie, il faut des mesures "plus drastiques pour lutter contre les violences et les féminicides". Les deux cousines de Nathalie et ses amies se sont rapprochées du collectif Nous Toutes. Elles veulent aujourd'hui se mobiliser en hommage à la mémoire de la victime mais aussi pour qu'un tel drame ne se reproduise pas. Une marche blanche devrait être prochainement organisée en mémoire de Nathalie et pour faire passer ce message

Régler les obsèques...

Malgré le chagrin, Lydie et Kelly ont voulu faire quelque chose. Les deux sœurs ont pris l'initiative de contacter la plateforme solidaire "La cagnotte des proches".

"Nous avons pensé faire appel à votre solidarité, pour ses obsèques afin de l’honorer comme elle le mérite", écrivent les proches de la victime sur le site. Lancée le 11 mai dernier, quelques jours à peine après la mort de la jeune maman, cette cagnotte en ligne a rassemblé un millier d'euros. 

Pourquoi avoir choisi ce site? Anne-Sophie Roturier, co-fondatrice de cette plateforme, avance une explication : "ceux qui nous contactent recherchent souvent des cagnottes alternatives. Les cagnottes généralistes, même si elles comportent un volet solidaire, sont davantage associées à l'idée de cadeau". Ce n'est pas la première fois que ce site est sollicité pour des cagnottes liées à la perte d'un proche : pour financer des obsèques, soutenir la famille d’un défunt ou honorer sa mémoire.

Entre les deux sœurs à l'origine de la démarche et les fondateurs du site, le courant est passé. "On recherchait quelque chose qui nous parle, qui nous corresponde. On a été sensible à cette cagnotte en raison de la sécurité de leurs services, de l'accompagnement et de l'écoute", explique Lydie. "Les factures peuvent être directement payées par la Cagnotte et le surplus peut servir à ouvrir des comptes bancaires destinés aux enfants. En cas de besoin, de l'argent peut être également débloqué pour aider Marlène à assurer les frais des enfants", explique Lydie.

Dans un premier temps, la cagnotte ouverte pour Nathalie va surtout servir à régler les obsèques de la jeune femme. Des funérailles qui ne sont pas encore à l'ordre du jour, car l'affaire est toujours en cours.  

Le sort des enfants ?

Que vont devenir les quatre enfants de Nathalie? "Les enfants n'ont plus leur mère et leur père est aujourd'hui en prison. Prendre soin des enfants, c'est aujourd'hui l'urgence", résume Lydie. La fratrie n'est pas encore fixée sur son sort et attend de savoir si leur tante Marlène va pouvoir les recevoir chez elle. Au lendemain du drame, les enfants ont été pris en charge et mis à l’abri au sein de l’hôpital Femme-Mère-Enfant (HFME) de Bron.

Marlène, c'est la sœur de Nathalie. Elle est aujourd'hui bien décidée à se battre pour obtenir que les quatre enfants lui soient confiés. Egalement mère de famille, la jeune coiffeuse professionnelle vit à Lyon. Cette cagnotte solidaire doit aussi lui venir en aide financièrement, pour "combler les dépenses liées à l'installation des enfants chez elle", ont écrit les deux sœurs à l'origine de l'initiative solidaire.

Leur sort cristallise aujourd'hui les inquiétudes de la famille endeuillée qui fait bloc après le drame. "C'est impensable de séparer les enfants. On veut respecter ce que leur mère voulait mettre en place pour eux : un foyer sain et stable. Je pense que Marlène a les épaules et elle est entourée", assure Lydie. Mais c'est la justice qui va devoir se prononcer. 

Une 2e cagnotte généraliste 

Parallèlement à cette cagnotte solidaire, une autre, plus généraliste a également été lancée par deux amies de Nathalie et de sa soeur Marlène sur la plateforme Leetchi.

"Marlène et sa maman sont entourées de leur famille et amis, qui font tout ce qu'ils peuvent pour aider mais nous craignons que cela ne soit pas suffisant. Nous essayons, nous les amis de Nathalie et Marlène de les soutenir au maximum et de les soulager comme nous pouvons." 

Ce vendredi 13 mai, cette cagnotte Leetchi a déjà récolté plus de 9000 euros.