Gilets jaunes : cinq ans après commerçants et forces de l'ordre se souviennent, l'occasion d'un rassemblement "anniversaire" ce samedi à Lyon

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Il y a 5 ans, la place Bellecour devenait le théâtre des affrontements entre manifestants, casseurs et force de l'ordre. ©FTV

Un rassemblement est prévu samedi 16 décembre place Bellecour à Lyon pour le 5e anniversaire du mouvement des gilets jaunes. Un mouvement inédit, très mobile, sans chef de file qui avait bougé les lignes et pris de cours commerçants et policiers.

Lors du mouvement de protestation des gilets jaunes, la place Bellecour fut le théâtre de manifestations en tout genre qui ont parfois débordé. Cinq ans plus tard, de nouveaux rassemblements sont prévus pour la date anniversaire.

Commerçants et force de l'ordre ont appris des événements passés.

 Des commerçants qui regrettent

Décembre 2017, dès l’acte 2 de violentes échauffourées éclatent. Le début d’une longue série de cortèges rapidement infiltrés par des casseurs avec à chaque fois son lot d'affrontements. Des débordements qui font fuir la clientèle 

En cinq semaines, certains commerces perdent jusqu'à 25 % de leur chiffre d'affaires. Ils n’imaginent pas que cela durera encore des mois. Dans son magasin de jouet, Catherine Chanove est en première ligne. "Nous avons aidé des personnes qui se trouvaient en difficulté. Ça faisait par moments penser à des scènes d'hôpital de brousse" se souvient-elle. En quatre mois, le chiffre d'affaires de la commerçante baisse de 40 %. Elle a craint de tout perdre. Aujourd’hui, elle a réussi à rebondir, mais se dit prête, s'il le faut, à baisser le rideau. "Je ne pense pas que ce fut une bonne idée de laisser la boutique ouverte le samedi. Au final, c'était plus dur qu'autre chose".

Je me fais le reproche de ne pas avoir assez abrité l'équipe. Je ne voulais pas licencier, je voulais garder l'activité ouverte et aujourd'hui, je pense que j'ai eu tort".

Catherine Chanove

commerçante place Bellecour

Des forces de l'ordre déstabilisées 

Les gilets jaunes. Une contestation citoyenne d’ampleur qui n’était pas organisée. De l’inédit pour les forces de l’ordre. Pendant des mois, elles ont fait face à des manifestants, très mobiles. Un mouvement devenu incontrôlable. 

"Ce fut un moment difficile pour les forces de l'ordre. On a été face à une grave crise relationnelle entre la population et les policiers. À la base, ça part d'un mouvement citoyen pour des revendications tout à fait légitimes. Chez nous, certains sont touchés par ça. On a des revenus modestes. Voir ce chaos dans la relation avec la police qui ne s'est toujours pas arrangé, ça fait mal"

Sébastien Gendraud,

secrétaire départemental Unité SGP Police du Rhône.

Auparavant, toute manifestation était déclarée, organisée. Pour les Gilets jaunes, l'absence d'interlocuteurs et la multiplicité des lieux concernés a perturbé le maintien de l'ordre. Au fil des journées de mobilisation, les forces de l'ordre ont dû s'adapter. "Il y a eu la peur du débordement et c'est pour ça que tout le monde était mobilisé. Les collègues étaient rappelés pendant leur repos et revenaient. Tout le monde a été rappelé pendant des mois et des mois", témoigne Sébastien Gendraud. "Durant des années, il n'y a pas eu de recrutement dans la police nationale, il a donc fallu prendre tout le monde, y compris des agents qui n'étaient pas formés, les mettre en deuxième ligne, leur donner de l'équipement. Ça a été compliqué".
300 gardes à vue ont été effectuées à Lyon. Lors des trois premiers mois, 70 policiers ont été blessés. On en compte 1 800 au niveau national pour la première année.

On est comme tout le monde. On est touché par le prix de l'essence. On comprend les manifestants, mais on ne comprend pas la haine.

Sébastien Gendraud

Secrétaire départemental Unité SGP Police du Rhône

Et sur le terrain aujourd’hui, il y a l’après. Les schémas d'intervention ont évolué. Les policiers de la Bac ont été formés au maintien de l’ordre. Ils sont dorénavant aux côtés des forces mobiles et sont chargés des interpellations. L'idée générale est de "protéger au mieux les manifestants et d'avoir une action beaucoup plus répressive envers les casseurs", résume le policier.

Cinq ans après place Bellecour, Gilets jaunes, commerçants et forces de l’ordre, face à face ou côte à côte ? Le rendez-vous est fixé ce samedi 16 décembre pour l’anniversaire de la contestation.