Violences des groupuscules d'extrême droite à Lyon : la dissolution est-elle vraiment la solution ?

Des groupes cagoulés, battes à la main, des manifestants de gauche pris à partie, des slogans identitaires : dans le centre de Lyon, la violence de groupuscules d'extrême droite est connue. Après plusieurs dissolutions, comment les mouvements s'organisent à Lyon et modifient leurs modes d'action.

Plusieurs dizaines de personnes vêtues de noir, prenant pour cible un local avec des barres de fer : cette scène surréaliste s’est déroulée dans le Vieux-Lyon samedi 11 novembre dans la soirée, alors que se tenait une conférence sur la Palestine.

Dans une vidéo diffusée sur X par Lyon Insurrection, "média alternatif et indépendant" d'extrême gauche, on voit des personnes cagoulées, armées de barres, de béquilles, scandant "La rue, la France, nous appartient."' L'action a été revendiquée sur la messagerie Telegram par le "Guignol Squad", un groupe informel d'extrême droite, habitué des actions violentes.

Appels à la dissolution

Après cette action en plein centre de Lyon, des élus demandent à nouveau la dissolution du groupe d'extrême droite Les Remparts et la fermeture de La Traboule, un bar situé dans le Vieux Lyon, connu pour être leur local.

“On est choqué par la violence de l’attaque et l'impunité dont jouissent ces bandes qui se baladent dans la Presqu’ile avec des barres de fer, à la recherche de personnes sur qui taper”, s'exaspère Eric Declais, militant d'Ensemble !, parti de gauche.

Selon le Collectif pour la fermeture des locaux fascistes à Lyon, dont il fait partie, ces agressions sont récurrentes à Lyon et visent des personnes racisées ou des personnes portant des signes ou ayant un style vestimentaire associé à la gauche”.

“Il y a aussi du profilage, alerte Eric Declais. Ces groupuscules diffusent les adresses personnelles de militants de gauche. C’est encore arrivé à un militant de Lyon, il y a deux semaines.”

D'une logique de territoire...

Dans la capitale des Gaules, les groupes d'extrême droite ont élu domicile depuis de nombreuses années. Le GUD (Groupe Union Défense) devenu Bastion Social, mais aussi Génération identitaire, tous deux dissous. Aujourd'hui, c'est le groupe Les Remparts, successeur de Génération identitaire, qui inquiète. Les dissolutions ne semblent pas empêcher la pérennité de leurs actions.

"Ce n'est pas la fermeture de leur local qui va les faire disparaître, reconnaît Eric Declais. Mais pour tous les groupes militants, les locaux sont essentiels pour l'organisation des actions."

Si les attaques et les manifestations des groupuscules d'extrême droite ne sont pas nouvelles dans la capitale des Gaules, leurs modes d'organisation sont eux en train de changer, selon Alain Chevarin, coauteur de l’ouvrage “Lyon et ses extrêmes droites”. "Le Guignol squad ne sont pas un groupe constitué officiel, c’est un prête-nom, explique l'auteur. Il y a 5 à 10 ans, les groupuscules d'extrême droite étaient des organisations avec un local, des responsables connus. Ils agissaient dans leur quartier."

... À une union des extrêmes droites

Une logique de territoire qui aurait évolué depuis deux ans. "Aujourd’hui, c’est plutôt une toile d’araignée sur toute la France. Les identitaires, vont agir avec les royalistes de l’Action française ou encore avec des supporters de foot pour mener leurs actions. Ils vont aussi prêter main-forte à Bordeaux ou à Clermont-Ferrand", détaille Alain Chevarin.

“Ces actions risquent de se multiplier avec l’ambiance actuelle autour du conflit entre Israël et le Hamas. Vous avez une partie de l’extrême droite, dont l’ennemi principal sont les musulmans, et une autre partie profondément antisémite. On peut avoir des difficultés pour savoir à qui ils vont s’en prendre.”

Alain Chevarin, coauteur "Lyon et ses extrêmes droites"

Des groupuscules qui auraient pour stratégie de se rendre visibles par des actions spectaculaires, pour attirer des sympathisants. "Alors que le Rassemblement National est entré dans le jeu politique, avec des personnes élues, les groupuscules veulent montrer qu'ils sont l'avant-garde, que "eux ils agissent"", détaille l'auteur.

Ultra-droite, extrême droite, fascistes : le choix des mots

Dans son communiqué annonçant le placement en détention d’un suspect arrêté samedi soir, le procureur de la République à Lyon, Nicolas Jacquet, parle de sa "proximité avec la mouvance ultra-droite lyonnaise".

Alors, faut-il parler d'ultra-droite ou d'extrême droite pour les groupuscules lyonnais ? 

"Il n'y a pas de définition très claire, pour moi, il faut parler d'extrême droite, tranche Alain Chevarin. Dans sa période de dédiabolisation, le Rassemblement National cherche à ne pas être associé à ces groupuscules. Mais si on parle d'ultra-droite pour ces groupes, quel terme utilise-t-on pour des groupes néonazis ou des groupes terroristes ?" 

De leur côté, les militants de gauche utilisent le terme de "fascistes" pour désigner ces groupes d'extrême droite."C'est une facilité, c'est un terme fort qui renvoie à l'histoire, analyse l'auteur. Mais pour moi ce n'est pas le bon terme à utiliser, car tous les groupes ne se réclament pas du fascisme."

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