Insécurité et tranquillité : en colère, les habitants et commerçants de la Guillotière à Lyon cherchent des solutions

Sécurité, propreté, tranquillité... A Lyon, les riverains de la Guillotière, basés à quelques minutes de la place Bellecour, n'en peuvent plus. Ils ont monté une association et réclament aux pouvoirs publics des actions concrètes pour rétablir l'ordre dans leur quartier. Etat des lieux.

La Guillotière, tristement connue pour ses problèmes de sécurité et de propreté, à quelques pas de la place Bellecour. Les riverains aimeraient que la maire Grégory Doucet vienne à leur rencontre pour dialoguer
La Guillotière, tristement connue pour ses problèmes de sécurité et de propreté, à quelques pas de la place Bellecour. Les riverains aimeraient que la maire Grégory Doucet vienne à leur rencontre pour dialoguer © Laure Crozat

"On s'est rendu compte de la dégradation du quartier dans trois domaines : sécurité, tranquillité publique et propreté" décrit d'emblée Nathalie Balmat, la présidente de l'association apolitique "Guillotière en colère", qui regroupe les commerçants et les riverains, et dont les statuts ont été déposés en septembre 2019. "Nous avons aussi identifié trois phases pour réagir : se faire connaître, dénoncer et proposer des solutions. Cette dernière phase a débuté en ce début d'année." résume-t-elle."On a déjà beaucoup travaillé sur le problème de la propreté et cela va un peu mieux. La tranquillité s'est aussi un peu améliorée du simple fait des couvre-feux et confinements, bien qu'ils n'aient pas vraiment été respectés. En revanche, le problème d'insécurité reste plein et entier." ajoute la présidente.

Propreté : rétablir l'hygiène dans chaque rue

En 2020, les membres de l'association ont organisé des tours de quartier avec des élus responsables de ce secteur à la ville comme à la Métropole. Il s'agissait d'identifier les gros points noirs "qui sont en fait plutôt des points urinoirs..." souligne Nathalie Balmat. "On a réclamé une accélération du nettoyage. On a fait le grand tour des rues, pour que ces responsables se rendent bien compte de la réalité. Souvent, on s'est aperçu qu'il existait de réelles dissonances entre ce que l'on vivait et ce qu'ils s'imaginaient." La méthode semble avoir payé. " Pour le coup, ça va mieux, et tout le monde nous le dit. Le nettoyage est beaucoup plus pertinent". 

Tranquillité : une occupation bruyante et délinquante de l'espace public

L'association a estimé que le problème était lié à une appropriation de l'espace public. "Une occupation bruyante et délinquante -tout le monde l'a constaté. Entre les personnes qui s'alcoolisent jour et nuit sur les trottoirs, celles qui s'adonnent à des ventes illicites sur la place Gabriel Péri, par exemple." Pour tenter de diagnostiquer cette gêne, une étude acoustique a été réalisée à la demande de l'association en juin dernier. "C'était une période relativement calme et pourtant on constate que l'on dépasse tous les seuils recommandés par l'Union européenne dans 100% des cas. Sachant que la nuit est souvent plus bruyante que le jour", résume notre interlocutrice. Cette démarche a été importante pour l'association qui voulait acter cette pollution sonore, et la faire écrire noir sur blanc.

Nous avons pu consulter cette étude, réalisée par Acoucités. Elle conclut effectivement que les valeurs limites de bruit critique sont dépassées 100% des jours (supérieurs à 68 décibels) et 63% des nuits (supérieurs à 62 décibels). L’analyse des données a également mis en évidence :
• Un nombre important d’évènements bruyants (supérieurs à 75 décibels). Entre 12 et 16 évènements par heure durant la période de soirée.
• Peu de temps de pause sonore. En soirée par exemple, le niveau sonore n’est jamais inférieur à 50 décibels.
Une attention particulière a été portée sur trois nuits (un vendredi et deux samedis) afin d’identifier la nature des évènements sonores les plus forts. Il en ressort que dans 57 % des cas les deux roues en sont à l’origine, les klaxons dans 22% des cas, les voitures dans 12% des cas, et les voix (cris, rires) dans 10% des cas.

"On n'est pas seulement en colère. On essaye aussi d'être très constructif et on voudrait que cela puisse aboutir", explique Nathalie Balmat, présidente de l'association "Guillotière en colère"
"On n'est pas seulement en colère. On essaye aussi d'être très constructif et on voudrait que cela puisse aboutir", explique Nathalie Balmat, présidente de l'association "Guillotière en colère" © Laure Crozat

Insécurité : "Vis ma vie de femme place Gabriel Péri"

Entre humour et dépit, Nathalie Balmat résume le problème par une formule "C'est vis ma vie de femme place Gabriel Péri". Elle décrit au quotidien avec ironie ce que certains qualifient de "fameux sentiment d'insécurité". Cela inclue le harcèlement, les attouchements, des interpellations déplacées, à destination des femmes. "On constate aussi régulièrement des bagarres dans la rue. La dernière fois, une quarantaine de personnes étaient impliquées." L'association attire l'attention sur la dangerosité de ces bagarres, notamment pour les passants et les usagers des pistes cyclables qui traversent le quartier à ce moment-là. "Il y a beaucoup de couteaux, de machettes, des armes qui traînent. Ce n'est pas vraiment reluisant." Nathalie précise que la situation est bien pire que ce genre de constats "On n'est pas au courant de tout. La police non plus car les victimes de vol, par exemple, ne vont pas nécessairement porter plainte. Mais on assiste à une augmentation récente des vols à l'arrachée de bijoux et de téléphones portables, par exemple."

Proposer des solutions aux pouvoirs publics

Pour répondre à ce tableau noir de l'état de leur quartier, les riverains et commerçants ont donc décidé de dresser une liste de solutions. "On pense qu'une bonne partie des réponses se trouvent dans un volet urbanisme, mais aussi un aspect mobilité et transport. Sans négliger les aspects sociaux. Il est temps de prendre un peu de hauteur et de voir tous ces problèmes qui s'imbriquent." L'association attend que l'on apporte des solutions pérennes "et non plus des petits pansements sous forme de chantiers qui ne changent pas grand-chose". 

Les membres attendent à présent que les pouvoirs publics jouent pleinement leur rôle, en tenant compte de l'analyse des riverains. "Parmi nous il y a toute sortes de profils. Un ingénieur en urbanisme, un architecte, une experte du social... On souhaite utiliser les compétences et les connaissances de nos habitants, ou de ceux qui veulent aider, pour concevoir des solutions et ensuite les porter, avec l'association, en mairie, en préfecture. C'est notre objectif pour 2021"

On a l'impression que Grégory doucet ne veut pas nous parler

Nathalie Balmat, présidente de l'association "la Guillotière en colère"

Sur ce sujet, notre rédaction a sollicité la Ville de Lyon et son maire, ainsi que les services du préfet à la sécurité. Nous n'avons pas, pour le moment, reçu de réponse. Seul indice : Grégory Doucet et le préfet Pascal Mailhos devraient prochainement tenir ensemble une conférence de presse sur le thème de la sécurité. 

En attendant, l'association "Guillotière en colère" participe, régulièrement, à des réunions avec les services de la Préfecture. La dernière réunion de travail a eu lieu il y a quelques jours pour faire le point. "Le dialogue existe, et il est très franc." se réjouit l'association.

C'est plus compliqué avec Grégory Doucet, explique la présidente. "Cela ne date pas d'hier. Nous avions sensibilisé tous les candidats à la mairie en février 2020, en leur demandant de se positionner sur les problèmes de la Guillotière. Nous avions posé huit questions -allant de la sécurité aux transports- à tous. Grégory Doucet ne nous a pas répondu, ça débutait mal. Et, encore aujourd'hui, on a l'impression qu'il ne veut pas nous voir. On ne sait pas." Un climat tendu qui ne s'est pas amélioré lorsque le Maire de Lyon a déclaré récemment dans la presse "ne pas vouloir d’un quartier où la moitié des gens dans la rue sont des policiers." Un vrai problème... de communication.

La présidente reconnait tout de même avoir été invitée à des ateliers de réflexions autour du bien-vivre ensemble, par les mairies des 3e et 7e arrondissements de Lyon. Malgré des rencontres avec les maires d'arrondissement, elle constate qu'il n'y a jamais de réponses concrètes à leurs demandes. "C'est dommage. On n'est pas seulement en colère. On essaye aussi d'être très constructif et on voudrait que cela puisse aboutir".

 

 

 

 

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