le vote en milieu rural : un sentiment d'abandon

Le vote R.N. semble l'avoir emporté dans les communes rurales. Une fracture, comme un abandon face aux grandes villes. Reportage dans une commune du Rhône, pas très loin de Lyon, où les explications sont multiples.

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-"Nous ne sommes finalement qu'à une heure de Lyon"

-"Tu exagères, il faut presque une heure trente".

Dans cette commune rurale, comme dans de nombreuses autres en France, les compteurs se sont inversés. Difficile de savoir ce qu'il s'est passé. Habitants comme élus avancent leurs explications : "éloignement", "relégation face aux grandes villes", "salaires trop bas" ou crainte face "aux petits trafics"...

Thizy-les-Bourgs est une commune située au Nord-Ouest de Lyon. Une commune du Beaujolais, terre traditionnellement de droite. Mais pas forcement extrême. Ici, c'est la droite centriste qui tient la mairie depuis plusieurs mandats avec l'une de ses figures les plus connues : Michel Mercier. Maire de la commune de 1977 à 2001, puis de 2013 à 2017. Ministre de la justice sous Sarkozy, et soutien de Macron en 2017... En 2017 justement : Emmanuel MACRON, dans la commune,  arrivait en tête avec près de 56% des voix contre 49% aujourd'hui.

Son adversaire était la même. Les scores se sont inversés. 51% en 2022 contre 44% en 2017.

Que s'est-il passé ?

Entre 2011 et 2019 (soit 8 ans), la population a baissé. La commune comptait, à l'époque, 6373 âmes contre 6100 aujourd'hui. Une population qui vieillit. Un habitant sur trois a désormais 55 ans et plus. De sa fenêtre, Marie, retraitée, résume ce sentiment d'isolement : "Marine LE PEN est une femme, avec des idées plus douces. J'ai travaillé toute ma vie, je n'ai jamais demandé d'aides à personne !"

Chrystelle est une jeune thizerote, elle s'est installée ici il y a trois mois pensant "qu'il y aurait du boulot", mais elle n'a rien trouvé, ou alors " à des salaires trop bas". Elle compte repartir en ville, à Roanne, pas très loin de là.

Où sont les services publics ?

un habitant de la commune

Henri, le boucher, trouve que "la population étrangère fait un peu peur". Selon lui ce n'est pas l'insécurité "mais les petits trafics qui gênent le quotidien" et puis il y a ce désert médical, "ici, on a du mal à trouver un médecin". Son collègue, Jérôme, plus jeune, rajoute : "on manque de services publics, par exemple, pôle emploi est à 25 km d'ici".

Pourtant, la commune ne manque pas d'atouts

Cinéma, collège, écoles, bibliothèque et médiathèque sont présents sur le territoire.

L'ancienne manufacture de couverture et molletons a bénéficié d'un soutien de la fondation pour le patrimoine pour sauver et rénover ce qu'il restait de ces usines. Malgré la baisse de l'activité textile dans la région dans les années 80, un tournant s'est opéré.

En 2019, une O.P.R. (Opération de Revitalisation du Territoire) a été signée avec l'État. Des aides financières, des réductions d'impôts pour les investisseurs ont été accordées. Des travaux ont été financé pour rénover une partie du centre bourg. Pas assez sans doute.

Un repli sur soi ?

Martin Sotton, maire (MoDem) de Thizy-les-Bourgs

Pour le maire Modem, Martin Sotton, ce vote illustre ce "sentiment d'enclavement du territoire, ces problèmes de mobilité… et ce climat de morosité". Son analyse est pragmatique : "plus on s'éloigne des centres urbains, plus ça devient un vote d'inquiétude". 

Sur les 6000 habitants, 3000 sont actifs, 1000 se rendent à l'extérieur de la commune pour aller travailler en voiture.