Livre, « Solitudes mineures » de Lucie Desbordes. Rencontre d'une surdouée et d'un autiste

« Solitudes mineures » de Lucie Desbordes est sorti avant le confinement mais il fait partie des ouvrages retenus pour la rentrée des auteurs de la région Auvergne Rhône Alpes. Un roman qui ouvre les yeux sur l’autisme.

 

En fuguant à quelques jours de passer son Bac avec trois ans d’avance, Mina ne s’imaginait pas qu’elle allait grandir plus vite que prévu. Mina, 14 ans, est la principale narratrice de ce roman de la Lyonnaise Lucie Desbordes. L’avance scolaire et mentale de la jeune fille surdouée entraine pour elle un vrai décalage avec son entourage scolaire : « des jeunes parlant avec leurs hormones avant de brancher leur cerveau, rivés sur les réseaux sociaux, obnubilés par les marques qu’ils portent, les coiffures, le maquillage, et tout ce qu’on peut montrer de sous-vêtements, de tatouage, de nombrilisme et de vacuité. Je ne me suis pas du tout sentie à l’aise » dit-elle.

La rencontre de deux êtres différents

Alors elle fugue de Paris à Lyon, sans but premier et pour finalement se décider à se rendre sur la tombe de son père au cimetière de Loyasse. Le parcours serait simple et banal si elle ne rencontrait dans le TGV, Anatole, un enfant autiste Asperger de 10 ans qui a été oublié à l’arrivée du train. Entre enfants différents on pourrait imaginer qu’ils se sont d’emblée compris. Mais rien n’est simple et c’est là tout l’intérêt de ce livre de découverte et d’apprentissage. Un peu à l’instar des personnages souvent imaginés par l’auteur Eric-Emmanuel Schmitt cité parmi des auteurs lyonnais célèbres par le petit Anatole, Lucie Desbordes nous raconte en toute simplicité la découverte mutuelle de ces deux êtres différents.

Au fil de leur dérive une journée dans Lyon, de la gare de la Part Dieu à la place Bellecour en passant par le Centre pour Enfants Différents, le CPED de l’hôpital du Vinatier et le cimetière de Loyasse, Mina et Anatole découvrent l’autre. Si Mina mène le récit, petit à petit Lucie Desbordes laisse aussi la parole au jeune autiste ou plutôt nous fait entrer dans sa tête. Ainsi on peut lire dans le cahier d’Anatole annoté par sa mère « ces enfants ont un besoin profond d’assurer l’immuabilité des choses » Il va donc falloir que Mina comprenne comment « remplacer - Pourquoi il ne peut pas ? par - Comment il va pouvoir ? »
Comment va-t-elle pouvoir emmener Anatole dans le métro alors qu’il ne supporte pas le moindre contact physique ? Comment va-t-elle réussir à le guider alors qu’il est incapable de prendre en compte la moindre consigne ? Mina va devoir apprendre pour comprendre et Anatole progresser pour sortir de ses réflexes de protection, de son immobilisme. Comme se le dit Mina « il ne pouvait pas errer tout seul dans la vie ».

Mieux comprendre l'autisme

Lucie Desbordes nous fait ainsi toucher du doigt, très concrètement, la difficulté de vie avec une personne autiste. Les situations sont souvent cocasses, parfois agaçantes et quelques fois poétiques. La marginalité éphémère de la jeune fugueuse va perdre son sens pour en trouver un autre auprès de ce gamin. Mina perçoit cette différence comme un don.
En apprivoisant la différence et en se laissant apprivoiser par Anatole, pour l’année de son BAC, Mina aura passé un drôle de diplôme. Celui de la vie, du goût de vivre retrouvé.

« Solitudes mineures » de Lucie Desbordes aux éditions Anne Carrière

 
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