Lyon: découvrez si vous êtes nomophobe (ou dépendant de votre téléphone portable)

En 1961 à Amsterdam, les néerlandais réfléchissaient déjà à la manière de se déplacer avec son téléphone. / © Keystone Pictures USA/ZUMAPRESS
En 1961 à Amsterdam, les néerlandais réfléchissaient déjà à la manière de se déplacer avec son téléphone. / © Keystone Pictures USA/ZUMAPRESS

La nomophobie est la peur de se retrouver sans téléphone. Une peur qui peut devenir une addiction. Entretien avec le psychiatre lyonnais Laurent Zukervar dans le cadre de la journée mondiale sans téléphone portable.

Par Arnaud Jacques

Le docteur Laurent Zukervar est psychiatre cognitivo-comportementaliste, en clair, il soigne les dépressions sévères. Dans sa clinique d'Ecully, il voit passer des patients nomophobes. Si le terme désigne une phobie, il s'agit aussi d'une addiction, car l'usage du téléphone peut être semblable à une drogue.
 

Définition

La nomophobie vient du terme anglais "No mobile phobia", la peur d'être sans téléphone portable. Cette pathologie est une "peur d'être sans relation, par manque de batterie ou de réseau ou pour être sûr de ne pas avoir reçu de texto par exemple. On reconnaît cette addiction sur les gens qui regardent tout le temps leur téléphone" décrit le Dr Zukervar.
 

Les effets de l'addiction

L'utilisation du téléphone peut être comparée à l'usage d'une drogue pour le médecin. "Dans l'utilisation d'un produit, il y a deux types de consommateurs. D'une part le consommateur excessif, qui va utiliser les produits (cigarette, alcool, cannabis etc...) parce que c'est socialement valorisé par exemple dans le milieu du travail", nous dit Dr Laurent Zukervar. Mais une fois sorti de ce milieu, le consommateur peut se passer du produit. "D'autre part, il y a les addicts qui ont un rapport de dépendance. Le nomophobe va être totalement addict. Il y a des troubles de la personnalité sous-jacents, notamment des troubles du lien affectif" que le médecin retrouve chez tous ses patients.
"Si le parent ne répond pas aux inquiétudes de l'enfant, celui-ci se tournera à l'adolescence vers des drogues, avec la sensation de maîtriser sa consommation avant de perdre le contrôle" explique le médecin. "C'est pareil pour le téléphone, l'adolescent sera anxieux s'il est coupé de son réseau. L'anxiété amène à l'addiction, et comme pour une drogue, le téléphone peut couper l'adolescent socialement."
 

À partir de quand on parle de pathologie

"On peut utiliser le téléphone plusieurs heures par jour, si c'est un outil de travail par exemple. Cela dépend de l'usage." nuance le Dr Zukervar. "C'est une pathologie quand la personne souffre ou quand la personne fait souffrir la société, son entourage."
 

Traitement et prévention

Si les personnes atteintes de cette addiction suivent en général une psychothérapie, le Dr Zukervar souligne l'importance du travail de prévention des parents sur les enfants. "Il faut suivre les recommandations des pédiatres. Pas d'écran avant 3 ans, pas de jeu vidéo avant 6 ans, pas d'internet non accompagné avant 9 ans, pas d'internet seul avant 12 ans" conseille le médecin. "Il faut également une modération le soir à la maison. Il faut couper les téléphones à 19 ou 20h. Les enfants et adolescents dorment mal et se réveillent la nuit pour communiquer."
 

Ne pas avoir honte

Le Dr Zukervar veut rassurer les personnes concernées par la nomophobie: "Le produit addictivant rend la personne honteuse. La personne doit comprendre que c'est un trouble, et pas un défaut."


Le Docteur Laurent Zukervar sera l'invité du 19/20 de France 3 Rhône-Alpes ce dimanche 9 février à midi.

 
Téléphonie mobile
En 1947, un reportage imaginait déjà notre addiction aux appareils mobiles. - INA

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