Lyon : Entre révélations crues et silences, deux logiques s'affrontent au procès Barbarin

A Lyon, la deuxième journée d'audience du procès Barbarin a été marquée par la confrontation des silences et des révélations crues. Certains prévenus ont choisi de se taire tandis que les victimes expriment l'innommable. Le tribunal "fera sa religion" entre ces deux logiques.          

Elle est la seule avec le cardinal Barbarin à être citée à comparaître devant le tribunal correctionnel de Lyon pour "non dénonciation d'actes pédophiles et omission de porter secours ". Une accusation manifestement trop lourde pour Régine Maire, chargée en son temps par le diocèse de Lyon de recueillir la parole des victimes de prêtres pédophiles. "Mon histoire avec l'Eglise, c'est je t'aime, moi non plus" s’exclame-t-elle dans une formule énigmatique.

Au début de son audition, Régine Maire explique au tribunal qu'elle va lire sa déclaration et puis se taire. Comme d'autres l'ont fait avant elle. Mais il lui faut bien répondre aux questions de la présidente de la Cour, qui s'obstine et veut comprendre. Elle finit par raconter cette rencontre entre le père Preynat et l'une de ses victimes. Elle assiste à la scène. Le prêtre reconnaît devant elle l'agression sexuelle. "A la fin de l'entretien, j'ai invité a à faire une prière et cela fut interprêté comme une incitation à ne pas aller plus loin" déplore -t-elle.

La présidente demande alors à Regine Maire pourquoi elle n'a rien révélé à la justice : "Je n'ai jamais imaginé un seul instant devoir dénoncer à la justice les faits alors qu'Alexandre était un adulte posé, stable et donc en position de le faire lui-même."


"Tout a commencé à la paroisse" 

Alexandre Hezez est donc l'un des principaux acteurs de cette deuxième journée d'audience . C'est lui qui en 2015 saisit la justice après avoir compris l'inertie de l'Eglise. J'ai compris, dit-il, que rien ne se passait et que plein d'autres victimes qui pouvaient parler étaient réduites au silence."

Mgr Barbarin, jusque là mutique, demande à intervenir. Il affirme que lors de leur entretien en 2014, il avait suggéré à Alexandre de trouver d'autres victimes pour agir en justice. Et qu'il a agi dès lors "à la seconde" en prévenant le Vatican et en suspendant le père Preynat en août 2015, conformément aux injonctions de Rome.

Une version contestée par la partie civile ."Ce que je leur reproche, c'est que moi, je n'avais pas le pouvoir d'arrêter le père Preynat" explique Alexandre Hezez.

Le reportage de Yaëlle Marie et Laure Crozat : 

Le vicaire épiscopal Xavier Grillon, puis l'évêque de Nevers, à l'époque en poste auprès du cardinal Barbarin, vont se défendre à leur tour d'avoir jamais voulu cacher quoi que ce soit.

Mais l'horreur s'invite à la barre. Plusieurs victimes viennent décrire l'innommable. Laurent Duverger: "Ma virginité , je l'ai perdue avec Preynat". Pierre Emmanuel Germain Thil raconte aussi par le détail, de façon crue, les attouchements dont il a été victime. "C'était en 1988Tout a commencé à la paroisse St Luc, puis au collège en parallèle, à partir de septembre 1990 ". Il constate que les faits ne sont pas tous prescrits. Ils remontent à moins de trente ans pour certaines victimes. 

Francois Devaux, co-fondateur de la Parole Libérée, constate : "Nous n'étions pas nés que le diocèse de Lyon savait déjà" .