Lyon : mobilisation des agriculteurs à l'appel de la Confédération Paysanne

Ce lundi 12 avril 2021, les agriculteurs ont appelé à une nouvelle manifestation à Lyon. La mobilisation, à l'appel de la Confédération Paysanne, vise à réclamer un rééquilibrage des aides de la PAC. 

Une nouvelle manifestation d'agriculteurs ce lundi 12 avril 2021 à Lyon. La mobilisation débute place de l'Europe.
Une nouvelle manifestation d'agriculteurs ce lundi 12 avril 2021 à Lyon. La mobilisation débute place de l'Europe. © D.Pajonk

Deux cent agriculteurs ont décidé de marquer leur colère en se regroupant sur une place lyonnaise au nom emblématique d'une politique agricole commune dont ils ne veulent plus. La place de l'Europe dans le 3e arrondissement. Certes, cette politique, cela fait longtemps qu'ils la dénoncent. Mais l'opinion publique a considérablement modifié son regard sur l'agriculture. De plus en plus de gens sont attachés à la production locale, à l'alimentation de qualité, au bio.

"Des mesures catastrophiques" 

"De plus en plus se détournent des productions intensives synonymes, souvent, d'usages immodérés de pesticides, d'intrants de synthèse et de gros rendements à tous prix", souligne Xavier Fromont, co-porte-parole de la Confédération paysanne dans la région. Deux semaines après les manifestations de la FNSEA, c'est donc au tour de la Confédération paysanne d'exprimer ses revendications pour la nouvelle PAC. Ses orientations portent sur les six années à venir. Pour le syndicat paysan, "elles s'annoncent catastrophiques si rien ne change."

Un tas de bottes place Bellecour symbole de protestation 

Porteur de bottes venu poser symboliquement son outil de travail place Bellecour à Lyon le 12 avril 2021
Porteur de bottes venu poser symboliquement son outil de travail place Bellecour à Lyon le 12 avril 2021 © D.Pajonk


Le cortège a emmené les manifestants vers la place Bellecour où ils ont prévu de jeter leurs bottes, en signe de mécontentement. Un clin d’œil au tas de chaussures de l'ONG Handicap International, qui a contribué à populariser ses actions dans le monde. La Confédération paysanne n'en est pas là. Mais elle joue sur les ressorts de la dénonciation. "Nous voulons une PAC qui favorise les paysans et non pas les propriétaires qui alignent des centaines et des centaines d'hectares, ce qui leur permet de toucher beaucoup d'aides", demande un autre porte-parole qu condamne des aides outrancières aux céréaliers entre-autres.

Charles Redon, producteur de châtaignes et de myrtilles près de Lamastre, en Ardèche.
Charles Redon, producteur de châtaignes et de myrtilles près de Lamastre, en Ardèche. © D.Pajonk

Car l'indexation des aides s'effectue sur les surfaces cultivées et sur le matériel. "Sans limitation", se désole Charles Redon, un producteur de châtaignes et de myrtilles près de Lamastre, en Ardèche.
Ce que demandent les paysans de la Confédération ? Que les aides "aux premiers hectares" soient accordées à ceux qui exploitent en deçà de 52 hectares. Or, en agriculture bio, en maraîchage ou même en élevage ovin ou avicole (en plein air), les surfaces utilisées sont très inférieures à ce fameux seuil minimal de 52 hectares.

Favoriser les petites exploitations à dimension humaine

Ce que réclame le syndicat paysan reviendrait en quelque sorte à une aide forfaitaire pour les petites structures qui n'ont droit, jusqu’ici, à aucune aide européenne spécifiquement agricole. Seraient concernés la plupart des maraîchers, les producteurs de fruits, ces fermes qui abondent de plus en plus régulièrement aux besoins de la clientèle des villes proches.

Certains éleveurs, comme ce producteur de lait à Chalmazel, dans la Loire, ose même parler de "hold-up". Pour lui, la vocation du budget de la PAC est détourné par les industriels de l'agriculture et des dérivés issus des produits agricoles. "Il faut réabonder en urgence le deuxième pilier, celui qui est dédié à tout ce qui n'est pas intensif et relatif aux filières d'exportation", explique cet éleveur dont le troupeau se limite à 25 vaches.

Renaud Daumas, maraîcher en Haute-Loire, ose même parler de "hold-up".
Renaud Daumas, maraîcher en Haute-Loire, ose même parler de "hold-up". © D.Pajonk


Installé en Haute-Loire, Renaud Daumas travaille en Gaec. Surface travaillée : 3 hectares de légumes bio dont 1500 m2 en tunnels. Aucune aide donc. Il a un associé et leur petite ferme emploie deux personnes à temps partiel, soit au total, co-gérants compris 3,2 ETP tient-il à préciser. "Aujourd'hui, ce sont nos exploitations qui créent des emplois locaux, pas les grands industriels qui automatisent à tout va, estime t-il. Sur les petites surfaces, le besoin de main d’œuvre est réel. Nous voulons une autre PAC, basée sur l'humain, sur les autres formes de la société civile." Dans son département, un tiers de la superficie est agricole et le bio pèse plus de 10 % de ces terres cultivées. "Pour autant, nous ne percevons rien au titre d la PAC", se désole t-il.

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